lundi 28 mai 2012

Le cinquantième jour c'est à dire : Pentecôte !

Récit du livre des Actes  ch 2 :

1  Quand le jour de la Pentecôte arriva, ils se trouvaient réunis tous ensemble.

2  Tout à coup il y eut un bruit qui venait du ciel comme le souffle d’un violent coup de vent : la maison où ils se tenaient en fut toute remplie ;

3  alors leur apparurent comme des langues de feu qui se partageaient et il s’en posa sur chacun d’eux.

4  Ils furent tous remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler d’autres langues, comme l’Esprit leur donnait de s’exprimer.

5 ¶  Or, à Jérusalem, résidaient des Juifs pieux, venus de toutes les nations qui sont sous le ciel.

6  A la rumeur qui se répandait, la foule se rassembla et se trouvait en plein désarroi, car chacun les entendait parler sa propre langue.

7  Déconcertés, émerveillés, ils disaient : « Tous ces gens qui parlent ne sont–ils pas des Galiléens ?

8  Comment se fait–il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ?

9  Parthes, Mèdes et Elamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, du Pont et de l’Asie,

10  de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Egypte et de la Libye cyrénaïque, ceux de Rome en résidence ici,

11  tous, tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons annoncer dans nos langues les merveilles de Dieu. »

12  Ils étaient tous déconcertés, et dans leur perplexité ils se disaient les uns aux autres : « Qu’est–ce que cela veut dire ? »

13  D’autres s’esclaffaient : « Ils sont pleins de vin doux. »

Il est bien probable que dans les débuts du christianisme des personnes abattues, découragées, mal préparées, peu instruites, un peu sentimentales ou rêveuses, qui se sentaient sans doute un peu à l’étroit dans leur religion ; un peu à l’étroit dans leur cadre de vie routinier, un peu coincés pourrait- on dire ; il est fort à parier que de telles personnes se sont senties pousser des ailes ; non pour devenir des anges, mais pour changer d’air radicalement.
Elles se sont senties promises à un avenir inattendu. Elles se sont dits : pourquoi pas nous ? Ou plutôt n’est-ce pas à nous, pour nous, avec nous que le prophète de Galilée continue de vivre, comme s’il nous pousse encore et plus que jamais à aller dire une grande nouvelle : il est possible de vivre avec amour, avec espérance ; avec lui il est possible de « commencer à chaque instant un nouvel avenir » Il est possible de recommencer sans cesse, de repartir et de franchir l’essoufflement de la vie par une charge nouvelle, une énergie nouvelle pour affronter une création nouvelle !
Dieu comme -souffle- Dieu comme énergie vitale, comme élan vital, qui pousse à une rencontre avec les autres avec des autres divers et différents.
C’est cette définition cette marque de la réalité de Dieu qui sera la nôtre ce matin pour ce temps de Pentecôte. Il n’y a pas de religion dans laquelle on nous dit que Dieu est comme un vent qui vient aérer et faire en quelque sorte un magistral courant d’air. D’habitude les atmosphères religieuses sont confinées voire enfermées sous le prétexte qu’il faut protéger et séparer ce qui serait sacré de ce qui serait profane. La présence de Dieu est fermée comme par exemple au temple Jérusalem lors qu’il existait et circonscrite au Saint des saints une pièce vide dans laquelle on ne pouvait pas entrer. Les Eglises ou les temples ou les mosquées ne sont pas ouvertes au tout venant au tout passant par peur légitime souvent de dégradation, mais l’idée que ces lieux ne sont pas accessibles sauf au heures autorisées, dit que la religion c’est préservée comme si cela était fragile. Comme si Dieu avait besoin de cadre d’espace clos et réservé aux spécialistes, aux croyants.
Dans la période qui s’ouvre le jour de la Pentecôte, la présence de Dieu n’est plus et ne sera plus enfermée : c’est cela au fond l’esprit saint comme l’image de la langue de feu  peu maîtrisable, comme une présence qui fait agir et qui fait parler hors du cadre habituel. Un peu comme le Buisson ardent de Moïse qui brûle et ne se consume pas et qui donne du sens et qui envoie vers une autre destination.
Ce sera finalement le sens et la destination de tous les pèlerins de tous les temps ; il s’agit de partir à la découverte il s’agit de se rassembler en plein air dans un endroit différent qui peu à peu va devenir à son tour habituel et traditionnel. On devrait célébrer le culte de Pentecôte toujours ailleurs. On devrait célébrer le culte de Pentecôte avec des gens différents et variés ceux qui ont l’habitude et ceux qui ne sont pas habitués. Bref on devrait au moins célébrer la Pentecôte au moins sur le seuil des temples des églises et des synagogues.     
Le jour de la première Pentecôte celle qui est décrite dans le livre des Actes des Apôtres a lieu à Jérusalem ; elle est la rencontre des représentants des peuples connus d’origines juives plus ou moins croyants venus là célébrer dans un pèlerinage traditionnel le don de la loi, des tables de la Loi à Moïse sur le mont Sinaï. C’était une coutume ; on était peu ou pas pratiquant mais finalement de temps en temps il était bon de souvenir d’où on venait ; il était utile de prendre conscience de ce qui relie entre eux toutes ces personnes aux cultures si différentes aux langues si étranges les unes pour les autres ; un vaste rassemblement annuel où on venait faire le service minimum de la religion sans rencontrer vraiment les autres.
Simplement participer ensemble à un souvenir commun. Au fond ils venaient prendre l’air, le grand air comme dans tout déplacement mais ils venaient célébrer en quelque sorte une réalité immuable ; le don, une fois pour toute, de la loi divine. On veut bien se déplacer à condition qu’au moins Dieu ou sa Parole ne change pas et reste identique à ce qu’on croit à ce qu’on a connu à ce qu’on nous a enseigné. 
Pentecôte sera la prise de conscience inattendue non pas d’un souvenir, non pas d’un culte commun non d’un pèlerinage traditionnel mais la prise de conscience d’une présence, d’un élan et d’un souffle qu’on ne connaissait pas. On avait entendu parler de Dieu ; on avait reçu une forme de catéchisme, on savait que les ancêtres y avaient cru et on voulait être fidèle à leur souvenir comme on le fait dans toute commémoration.
Ce jour là un violent coup de vent passe sur eux, remplit la maison balaie la grande place et le temple et le miracle de la communication réussie s’opère ; la relation s’établit les uns avec les autres. Grâce à cet air frais, au courant d’air divin, je me mets à comprendre mon voisin, ma femme mon mari, mes parents, même mon fils et ma fille, mon père et même ma mère ; soudain Dieu où la Présence où celui est le nom au-dessus de tout nom devient non un objet non une croyance non un mythe, non une réalité au-dessus de toute réalité, il devient ce qui existe lorsque je me mets à comprendre l’autre. Le vis à vis le prochain, celui d’à-côté devient celui ou celle par lequel par laquelle, je me mets à comprendre Dieu lui-même.
Où encore Dieu n’est plus ici celui qui demande et exige il n’est plus celui qui se réduit à l’application d’une loi même morale ;  il est et devient celui qui me fait dire comme dans le texte de la Pentecôte : Comment se fait-il que j’entende les autres si bien qu’on croirait qu’ils s’expriment dans ma langue maternelle. Comment se fait que ce qui m’est le plus personnel et le plus proche, ma langue maternelle devienne universelle. 
Pour qui tout cela ?
·         Des habitués, des pèlerins ceux qui y croient….
·         Ceux qui sont des nouveaux et qui sont là par hasard….
·         Des anciens et des plus jeunes qui les accompagnent….
·         Ceux que cela fait rire et qui se tiennent à distance….
Certains pensent et croient que pour parler de Dieu il faut employer une langue particulière qu’il viendrait de temps à autre insuffler à ses disciples comme pour les assurer et leur donner confiance : les pentecôtistes de toutes sortes pensent et croient cela…  est-ce bien nécessaires et utiles… ne vaut-il pas mieux découvrir et croire en la force et la pertinence d’une parole qui soudain passe et se fait entendre et se fait comprendre.
Le souffle de Dieu qui fait vivre est présent quant soudain, quelqu'un entend et comprend ce que l’autre veut dire ; il est présent ce Dieu de la Pentecôte lorsque chacun exprime dans sa propre langue cette vie cet amour et cette espérance que le Souffle vient de déposer. Finalement ce sont les autres qui nous parlent de Dieu sans que nous les écoutions et les entendions ; ce sont les autres qui nous révèlent l’essentiel ; ce n’est pas en moi que réside l’essentiel. Et nous le savons bien : se comprendre et vivre de cette compréhension n’est pas chose simple pour chacune et chacun de nous, comme dans nos familles, comme dans nos pays, comme au sein des religions comme entre les cultures humaines ; or chaque fois que cela se passe alors la présence de Dieu est à l’œuvre ; chaque fois que je suis un réceptacle attentif chaque fois que je souhaite découvrir la valeur et la présence de l’autre alors, il se passe du divin ; alors s’élève et s’élèvera toujours une question toujours la même : qu’est ce que cela veut dire ? - qui est la question de la présence efficace-  de Dieu parmi nous.
Nous sommes promis à la réalité et à l’espérance de la Pentecôte, particulièrement les plus jeunes parmi nous, qui ont besoin de nous comme nous de leur question et de leur découverte.
Nous sommes tous promis non au confinement à l’enfermement du religieux mais au grand vent du large, au grand vent qui vient aussi du désert ; notre espérance c’est celle du souffle de Dieu qui nous relie, nous mettons en relation avec les autres seules garanties de la présence de Dieu.
Notre foi en ce souffle n’est pas l’enfermement de la secte, elle n’est pas l’embrigadement dans une religion dominatrice, elle n’est pas réservée au petit nombre des initiés et des religieux, elle est au service d’un projet de vie, pour nous mêmes pour nos enfants et pour celles et ceux qui s’approchent sans trop savoir mais qui ne resteront pas insensibles à un avenir plein de promesse.

samedi 5 mai 2012

Vigne, vignerons et sarments....


Evangile selon Matthieu ch. 21 :

33  « Ecoutez une autre parabole. Il y avait un propriétaire qui planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour ; puis il la donna en fermage à des vignerons et partit en voyage.

34  Quand le temps des fruits approcha, il envoya ses serviteurs aux vignerons pour recevoir les fruits qui lui revenaient.

35  Mais les vignerons saisirent ces serviteurs ; l’un, ils le rouèrent de coups ; un autre, ils le tuèrent ; un autre, ils le lapidèrent.

36  Il envoya encore d’autres serviteurs, plus nombreux que les premiers ; ils les traitèrent de même.

37  Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : Ils respecteront mon fils.

38  Mais les vignerons, voyant le fils, se dirent entre eux : C’est l’héritier. Venez ! Tuons–le et emparons–nous de l’héritage.

39  Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent.

40  Eh bien ! lorsque viendra le maître de la vigne, que fera–t–il à ces vignerons–là ? »

41  Ils lui répondirent : « Il fera périr misérablement ces misérables, et il donnera la vigne en fermage à d’autres vignerons, qui lui remettront les fruits en temps voulu. »

42  Jésus leur dit : « N’avez–vous jamais lu dans les Ecritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs, c’est elle qui est devenue la pierre angulaire ; c’est là l’oeuvre du Seigneur : Quelle merveille à nos yeux.

43  Aussi je vous le déclare : le Royaume de Dieu vous sera enlevé, et il sera donné à un peuple qui en produira les fruits.

44  Celui qui tombera sur cette pierre sera brisé, et celui sur qui elle tombera, elle l’écrasera. »

45  En entendant ses paraboles, les grands prêtres et les Pharisiens comprirent que c’était d’eux qu’il parlait.

46  Ils cherchaient à l’arrêter, mais ils eurent peur des foules, car elles le tenaient pour un prophète.

Lire aussi Evangile de Jean ch15

La vigne, les ceps et les sarments, les fruits, le vin  sont les supports, les images les métaphores pour dire comment Dieu agit, rencontre, attend, espère et désespère.
La vigne a fasciné toutes les cultures et religions du bassin méditerranéen : en effet elle implique une relation nécessaire avec le soleil ; une proximité avec lui, en est la condition première comme si la vigne n’était ni le fruit du hasard ni du n’importe où. Fascination aussi car son fruit bon en lui-même, peut encore être transformé en breuvage énergétique, précieux, savoureux de mille manières, troublant jusqu’à l’ivresse, jadis assimilée au monde des Dieux. La vigne et son produit, fruit à la fois, de la terre et du travail des hommes sont devenus les marqueurs de cultures et de religions
Israël et ses anciennes traditions utilisent la réalité de la vigne du vignoble et de ses fruits. Dès les premières pages de la Bible on nous dit que  Noé premier agriculteur, planta une vigne, il en but le vin, s’enivra et se trouva nu à l’intérieur de sa tente (Gen. 9, 20).et ses fils durent déployer pudiquement son manteau pour cacher tout cela. La vigne c’est aussi central dans les banquets, c’est la réalité et la possibilité d’une expérience troublante où la vie et la mort se mêlent, mais c’est aussi la fête par la vendange et ses débordements, c’est aussi l’échange et la richesse par le commerce. Bref la vigne et ses fruits sont les supports possibles d’expériences fortes, limites, divines. Il n’est donc pas étonnant que les fruits de la vigne soient admirés et craints à la fois,  utilisés ou interdits par les religions.
2 grands chemins sont repérables dans les traditions bibliques à propos de la vigne ; le premier est celui de l’identification  du peuple d’Israël avec la vigne  celle que Dieu s’est choisie que Dieu a aimé et qui a déçu, c’est celui d’Esaie ; Le 2° chemin est celui de Jean et de l’identification de Jésus  avec la vraie vigne. Ce qui rassemble et réunit ces deux chemins c’est l’affirmation et la conviction que Dieu est le vigneron. La parabole des métayers révoltés, qui est l’évangile de ce jour  (Matth. 21,33-42) est un essai pour rassembler et unir ces deux voies.

Dans cette parabole je voudrais maintenant en relever en souligner quelques aspects qui seront pour nous parole de vie et espérance, qui seront encouragements et exigences qui seront pour nous breuvage et nourriture comme dans le repas préparé et partagé.  
La vigne c’est le peuple de Dieu ce sont celles et ceux qui appartiennent au Seigneur et qui se reconnaissent en lui. Il planta une vigne, l’entoura, creusa, bâtit et la donna. La vigne est la part la parcelle le lot du Seigneur. La vigne ne possède pas le propriétaire, elle ne possède rien elle est possédée par lui.
L’Eglise ne possède rien, les chrétiens ne sont pas les propriétaires de l’Eglise, ni de Dieu, ni des Ecritures. Alors que nous sommes si prompts a élevé des clôtures pour nous protéger des menaces qui croyons-nous, nous guettent, voici que l’évangile nous dit que le Seigneur s’en occupe et qu’il est le propriétaire qui prend soin de sa propriété pour laquelle il manifeste attention vigilance et amour.
La vie chrétienne c’est ici la certitude que nous avons été plantés choisis, protégés et qu’il est mis à notre disposition comme un prêt sans intérêt, ce dont nous avons besoin pour vivre notre foi et notre vie sans crainte, dans rien défendre en acceptant d’être là en fermage en location pour d’autres, pour les autres et pour Dieu. Etre là pour Dieu c’est le recevoir comme propriétaire sans accaparer ce qu’il donne.
Le propriétaire partit en voyage. C’est le Tsimtsoum juif. Le fait que Dieu après la création en réalité se retire et laisse place à l’humain….
Nous aimons bien que Dieu à la rigueur nous accompagne ; nous pensons et croyons qu’il est toujours là qu’il est toujours présent. Et voici qu’ici le Seigneur partit en voyage, des variantes dans des paraboles nous disent même, qu’il partît au loin dans des pays lointains. Il arrive que Dieu s’éloigne et qu’il nous laisse là non pas livrer à nous-mêmes mais avec ce qu’il nous a laissé. Dieu ne nous surveille pas sans cesse, il nous laisse parfois seul, libre et responsable de ce qu’il a préparé ; Nous aimons croire qu’il est à notre disposition et le voici ailleurs, sans doute pour d’autres ou avec d’autres.  Mais que fait Dieu ? où est votre Dieu ? ne pourrait-il pas intervenir, voyez tout ce qu’il laisse faire ! Oui il laisse faire ce que nous ne faisons pas suffisamment ; oui il est momentanément indisponible pour nous ; prière de ne pas déranger, injoignable provisoirement pour que nous existions comme ses fils et ses filles adultes dans la vie de la foi.
Le Seigneur est parti tranquille et confiant, il a fait ce qu’il fallait faire avant de partir ; il n’est plus là mais il se souvient ; ce qui caractérise la vigne comme les blés ou les arbres c’est bien la récolte, la vendange ou la moisson. Certes dans la parabole il y eut bien vendange, la récolte précieuse  a eu lieu mais elle n’est pas revenue à son destinataire ; les héritiers de la promesse n’ont pas respecté le contrat, ils ont compris l’absence du maître comme une bonne aubaine.
Ils se sont servis au lieu de servir. C’est ce qui est sans doute aujourd’hui le plus menaçant et le plus courant. C’est souvent aussi la marque des religions : c’est ce détournement du fond, c’est le refus de rendre à qui de droit, refus de rendre grâce, gloire, refus de rendre ce qui a été reçu comme si cette captation d’héritage allait nous accroître notre vie notre être, notre Eglise, notre foi. Là encore capter l’héritage c’est croire que nous pourrions être les seuls dépositaires de ce que Dieu fait et dit pour les hommes.
Selon l’Evangile,  faire la vendange c’est rendre la vendange. Agir dans l’Eglise, vivre notre foi dans notre travail, dans notre famille, dans toute notre vie, ce n’est pas d’abord convaincre les autres les ramener à nous, mais leur montrer que rendre service c’est bien rendre quelque chose, donner ce qui ne nous appartient pas, à quelqu’un qui est peut être parti en voyage et qui ne nous menace de rien du tout. Donner un sens à sa vie selon l’Evangile c’est  redonner, restituer et c’est cette restitution cette grâce rendue qui donne du prix à nos gestes nos paroles et à nos vies.
Dieu parfois est pris par sa propre audace ; sa confiance est bien souvent déçue les métayers s’occupent mal de la vigne. Ils veulent être héritiers et posséder et sont prêts pour cela à tout : tuer les envoyés du Maître, tuer les prophètes, tuer le fils. La violence ne caractérise pas notre temps. La mort de Jésus est signe de ce refus de rendre, elle est signe de cette incapacité  de croire que Dieu peut parler un autre langage que le nôtre.

Par Jésus, Dieu parle une nouvelle langue, un nouveau langage qui est désormais accessible au plus grand nombre et qui dépasse et franchit les frontières de la race du clan et même de la foi habituelle et sans cesse répétée et ritualisée dans la fidélité de son propre peuple.
En voyage le Seigneur a appris toutes les langues des hommes ; il a découvert si j’ose parler ainsi, que sa vigne n’était pas réservée aux métayers habituels et que d’autres serviteurs étaient intéressés par ce travail si particulier de planter de nouveaux ceps de remplacer les anciens, de creuser de nouvelles idées de nouvelles actions, de veiller sûr la fragilité de ses serviteurs.
Réapprenons sans cesse avec l’aide de Dieu à rendre ce qui a été donnée, à transmettre ce qui a été reçu, à élargir nos cordages, à ouvrir nos esprits et nos cœurs, à vivre de la promesse plutôt que d’héritage.
Au cœur de cette violence des hommes Dieu va trouver la force et le courage de bâtir à nouveau et de planter encore. La mort du fils va devenir la pierre d’achoppement pour celles et ceux qui ont une image de Dieu trop grandiose et trop sacrée ; elle va devenir la pierre angulaire, la pierre d’angle, sur qui  va reposer une nouvelle construction, d’une nouvelle vigne, de nouveaux serviteurs
sur qui vont reposer de nouvelles relations qui produiront de nouveaux fruits.
Cette nouvelle vigne manifestera une promesse d’amour dira l’ev. Jean entre le cep et les sarments ; je ne vous laisserai pas orphelins et même si je pars ailleurs sachez que je viens à vous.
La vigne réclame beaucoup de soins elle peut produire le meilleur et le pire ; le maître de la vigne est exigeant sur la qualité, il nous laisse libre et responsable et nous propose encore aujourd’hui de vivre en relation avec lui et de vivre nos vies comme un cadeau, une récolte qu’il vient recevoir avec plaisir et reconnaissance.        




lundi 30 avril 2012

Pour un christianisme du partage et non de la croisade. Chrétiens, nous votons Saint Martin !


Le 12 février, Jean-Luc Mélenchon était l’invité de Radio France Politique. Il a dénoncé les dérives extrême-droitistes de la majorité, illustrées par les récentes déclarations de Claude Guéant et Nicolas Sarkozy. Il a salué la prise de position de François Bayrou et en a appelé aux chrétiens : "Il est temps quand même que des chrétiens, comme lui, commencent à dire que, au fond, il y a deux christianismes, celui des croisades et celui de Saint Martin : partager son manteau sans aller demander les papiers à celui à qui on donne le morceau pour qu’il ait chaud." Quelles que soient nos opinions sur Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou ou leurs programmes, nous affirmons fortement notre vision d’un christianisme du « manteau partagé ». C’est ce christianisme que nous faisons vivre sur le terrain, que nous – ou nos Eglises - défendons publiquement, sans toujours être entendus.

Nous dénonçons l’esprit de croisade pour la défense de la « France chrétienne » : l’extrême droite catholique s’attaque à l’art contemporain, la présidence de la République et sa majorité affirment une soi-disant supériorité d’une civilisation (chrétienne) sur d’autres, sans compter le discours du Front National, et nous en passons... Nous contestons la manipulation et l’accentuation des clivages dans notre pays : clivages raciaux, sociaux, religieux, ethniques, de couleur de peau qui font du jeune de banlieue, du musulman, du chômeur, du rom, le bouc-émissaire. Ces clivages sont utilisés par les médias, les pouvoirs et certaines forces politiques pour occulter le clivage de fond : le clivage social. Les discriminations ne sont plus des faits isolés, elles sont un système qui s’attaque aux habitants des quartiers populaires, aux noirs, aux arabes, aux musulmans. Elles créent une classe de citoyens à part. Jésus était du côté des parias pour mettre à bas les murs de séparation, nous sommes aux côtés de ceux d’aujourd’hui.

Nous défendons la laïcité de la loi de 1905 dans son esprit et dans sa lettre. Donc nous dénonçons son instrumentalisation pour mener l’assaut contre les musulmans et autres minorités religieuses. Cette croisade n’est possible que parce que d’aucuns renvoient dos à dos laïcité et religion comme deux entités inconciliables. La laïcité ne pourrait que s’opposer à des religions toujours présentées comme dogmatiques, obscurantistes, dangereuses. Le spirituel et ses valeurs ne seraient réservés qu’à la sphère intime ou privée, en l’opposant à la sphère sociale, politique, publique. Au contraire, il est urgent de promouvoir l’esprit des pères de la loi de 1905 : une laïcité inclusive qui n’exclut pas telle ou telle population, une laïcité qui permet le dialogue public de positions religieuses et non religieuses. C’est pour nous le meilleur moyen de renforcer des religions synonymes de liberté de conscience et de faire reculer les courants religieux d’aliénation. La peur du communautarisme ne doit pas occulter le rôle positif des communautés dans l’enrichissement du lien social et la construction d’une société une et diverse.

     Notre christianisme est bien celui de saint Martin, mais aussi de l’abbé Pierre, de Théodore Monod, de Dietrich Bonhoeffer, de Martin Luther King ou Desmmond Tutu. Le partage du manteau signifie aider l’autre, frère ou sœur en humanité, qu’il ait des papiers ou non, même si cela viole la loi. Mais il faut aller plus loin. Donner un bout de son manteau, c’est poser le problème du partage planétaire des richesses, rendu impossible par le système capitaliste qui repose sur la concurrence de tous et toutes contre toutes et tous, qui produit souffrances personnelles et violences sociales, qui permet l’émergence de peurs et de discriminations. Nous refusons le chantage sur la dette qui place des pays entiers sous l’emprise des banques et des systèmes financiers. Nous soutenons le peuple grec étranglé par un nouveau plan d’austérité. Nous contestons les politiques d’austérité qui engendrent la pauvreté pour des millions d’individus et mettent en danger l’action publique. Cessons de diaboliser l’impôt, instrument de la répartition des richesses, cessons de penser en « toujours plus » de production, de consommation, d’énergie... Au contraire, face à la crise écologique, posons-nous la question du mieux, du bien vivre ensemble.

Le vote pour l’extrême droite est incompatible avec les valeurs de l’évangile partagées bien au-delà des chrétiens. Nous disons aux chrétiens de droite inquiets de la tentation de l’extrême-droite, qu’ils se doivent d’interpeler leur camp sur les dérives des politiques et des propos, notamment sur l’immigration, qui ont depuis longtemps dépassé le niveau de l’humainement acceptable. Nous disons aux dirigeants de la gauche que leurs politiques passées et leurs propositions sont rarement à la hauteur des enjeux, que nous espérons mieux d’eux. Nous disons aux chrétiens, aux croyants des autres religions, à tous les humanistes, aux hommes et femmes de bonne volonté : retroussons-nous les manches ensemble, interpelons les partis et les candidats lors des élections présidentielles et législatives, organisons des débats, prenons position pour refuser l’esprit de croisade et défendre celui de saint Martin.

Chrétiens sociaux, nous continuerons à assumer dans notre travail associatif, ecclésial, diaconal, syndical, notre part de responsabilité : apprendre à vivre ensemble, dénoncer la manipulation des peurs, exhorter avec le message biblique à ne pas craindre l’autre. Croire que le dépassement de tous les clivages arrivera dans le Royaume des cieux est nécessaire, mais pas suffisant. Il faut assumer d’être dans la différence, dans le conflit : nommer ces clivages pour les penser et agir sur eux, travailler sur nos propres peurs, aider les personnes en souffrance à travailler les leurs...

Oui, aujourd’hui un profil public de la foi face aux idéologies et aux injustices est essentiel. Oui, nous voulons soutenir une diaconie (un travail social) de protestation, qui agisse en termes de résistance, de non-violence active, d’invention et bien sûr de justice, d’espérance et d’amour.

 Reproduction : Saint Martin et le pauvre, vers 1430, Sassetta, (Sienne, Collection Chigi Saracini).

 

jeudi 26 avril 2012

Le Bon Berger !

« Le Seigneur est mon berger »  Psaume 23

« Je suis le bon berger : le bon berger se dessaisit de sa vie pour ses brebis » Jean 10, 11

« Je suis le bon berger ». Parmi les formules, les affirmations évangéliques simples et claires, celle-là en est une bien connue, bien célèbre, elle a été le thème constant de l’iconographie chrétienne :  tableaux, vitraux, livres etc... Parmi tous les modèles d’identification, c’est celui du Berger qui a prévalu, face à d’autres qui ont écarté : par ex. celui du charpentier, du pêcheur, du guérisseur, du rabbin, du maître de sagesse et bien d’autres encore.

Ce choix est d’abord celui de l’évangéliste Jean qui en quelque sorte tente de répondre aux trois autres, Matthieu, Marc, Luc, qui ne cessent de poser la question de l’identité et de l’être même de Jésus. Qui dit-on que je suis ?

Qui dites-vous que je suis ? Si les 3 premiers évangiles poussent les interlocuteurs du Christ à confesser leur foi en lui, le 4° évangile, Jean affirme et atteste la singularité du Maître qu’il s’agit de suivre et de reconnaître comme Celui qui est : la lumière, le chemin, la vérité, la vie, la porte, la résurrection, la vraie vigne et aujourd’hui le vrai Berger. Oui il s’agit bien d’une affirmation solennelle qui va mêler le divin à l’humain qui va faire le lien avec la compréhension du Dieu de la première alliance comme celui qui est et qui sera.
A nos questions, à toutes nos questions, à toute notre foi, à toutes les manifestations de notre foi, à nos hésitations et tous  nos engagements, il y a une réponse, il y a un socle, une fondation : quelqu’un dit : je suis… pour toi. Dans un monde qu’on voudrait nous faire apparaître comme virtuel, dans ce monde on l’on veut nous faire rêver en consommant toujours plus, dans ce monde ou les certitudes passent comme des modes, dans le spectacle du monde, quelqu’un dit : pour toi, je suis… là pour toi, comme une boussole, comme un chemin sur lequel tu peux t’aventurer, comme une porte que tu peux franchir, comme une vérité donnée à recevoir, comme une vie à partager, comme une vigne dont on attend des fruits. L’être de Dieu s’exprime par un je suis.. qui nous précède comme si au commencement il y avait quelqu’un d’autre que nous mêmes. Un je suis qui appelle, qui entraîne, qui met et remet en route, un je suis là comme une parole dans le silence ou dans le bruit.

Je vous propose ce matin dans ce premier temps d’entendre et de recevoir  l’affirmation du : Je suis aussi pour toi Celui qui entend et qui te rencontre sans condition ; ce qui me fait être dit Dieu c’est cela que je te transmets. Tu peux être à ton tour car moi, je suis. Dans la banque de données de l’existence humaine, voici qu’il y a une réserve d’être, une source d’être ; lorsque nous croyons que tout s’épuise, voici encore de la ressource, de l’être à vivre, du don à donner et recevoir, de la présence à rencontrer, de la parole à échanger et à prier. Dieu c’est une réserve d’être qui se manifeste dans sa parole ; le Christ en disant rarement mais fortement : Je suis se révèle comme une possibilité toujours là, d’être celui qui est disponible pour donner vigueur et sens à notre existence, pour transmettre de l’être dans nos vies qui en manque bien souvent.

Cette présence s’affiche et s’affirme dans une réalité bien précise : Je suis le bon, le vrai le seul Berger. Seule profession commune en ce temps et banale à la fois accolée à la présence divine. Dieu dans la Bible n’est pas un horloger, il n’est pas une force, une vapeur, un code inconnu, un être supérieur, il est celui qui parle de l’être qui met à disposition de l’être sous la forme sous les apparences d’un Berger. Jésus lui-même est confessé comme le Dieu d’Israël sous la forme du Berger. Même si nos civilisations ont marginalisé cette fonction – elle parle encore, sous nos latitudes à nos mentalités rurales. L’humain et le divin se mêlent sans cesse. C’est David en Israël qui est l’image du Berger, que l’on va chercher de derrière son troupeau, pour être reconnu comme roi, comme chef et c’est lui qui installera Dieu comme véritable Berger d’Israël. A la fonction guerrière souvent exercée pourtant va se substituer prioritairement la fonction caritative, la fonction soignante et l’attention bienveillante portée à ceux qui sont gardés soignés accompagnés vers si possible de verts pâturages ; l’image et le symbole seront forts en un temps ou la rudesse, la ruse et le trafic des bergers s’exerçait et où ils n’avaient pas toujours bonne réputation. Ce  sont eux les bergers qui entendront et verront dans la nuit l’annonce d’une bonne nouvelle pour tout le peuple, lors de la naissance de Jésus selon l’évangile de Luc. Comme si les bergers allaient reconnaître dans le petit enfant naissant, l’un des leurs.
Les prophètes en Israël fustigeront les mauvais bergers, les conducteurs du peuple qui renonçent à leur fonction d’accompagnement au profit de leurs propres intérêts. Le bon berger est celui qui renonce à lui-même dans l’intérêt des autres et dont il a la garde provisoire. Sa fonction est d’être là, de faire face, de parler pour dire sa présence et d’éloigner le mal ou le loup toujours présent. Sa fonction c’est bien de permettre l’éclosion et la durée de la vie c’est bien de transmettre l’être qu’il a à ceux qui en manquent. Le premier berger de la Bible c’est Abel tué par son frère Caïn le cultivateur. Le nomadisme du Berger est insupportable au sédentaire. Non seulement le Berger, le bon et le vrai manifeste son attention bienveillante à son troupeau, mais il bouge et se déplace vers tous les lieux de vie propices à ses brebis. La fonction de Berger c’est aussi la tension voire l’opposition entre le déplacement et la stabilité. Cette tension court tout au long de l’Ecriture ; mais c’est toujours le nomadisme qui gagne.

L’Etre, la vie, c’est le déplacement ; notre vie dans la foi, notre foi orientée vers le bon Berger, c’est une foi en marche accompagnée de Celui qui marche en avant ou en arrière, avec nous. Notre foi notre espérance et l’exhortation à la bienveillance envers les autres se manifestent dans le déplacement : dans tous les sens, vers là où se tient la nourriture…. Il n’y aurait pas d’Eglise, pas de communautés croyantes si les premiers témoins ne s’étaient pas déplacés munis de la certitude que quelqu’un d’essentiel se déplaçait aussi avec eux. La stabilité de la foi est une incohérence ou alors il faut dire et croire que la stabilité même se déplace sans cesse ; non pour le plaisir de se déplacer mais par nécessité pour que la vie et l’être, pour que l’annonce de la parole s’effectuent, se manifestent.

Dire aujourd’hui comme hier, le Seigneur est mon Berger ou bien regarder et confesser le Christ en train de dire, je suis le bon Berger, c’est entrer dans un vaste déplacement : non seulement regarder autour de nous pour transmettre une espérance vitale, mais nous déplacer dans notre foi même : ce que nous avons l’habitude de dire et faire reçoit la force de s’exprimer et de se manifester autrement encore. Nous ne sommes pas arrêter dans notre manière de vivre cette foi et cette espérance ; nos traditions ne seront vivantes et utiles aux autres que si nous faisons mouvement vers eux en écoutant et recevant des autres leurs attentes, leurs questions leurs situations, leurs souhaits leurs désirs, en les accompagnant à partir de leurs réalités sans les contraindre ni les pousser impérativement vers où nous voudrions qu’ils aillent. Faire partager notre foi et notre espérance c’est accompagner les autres vers des lieux encore inconnus pour nous.

Le bon Berger lui, s'est déplacé vers des lieux inconnus, étrangers et étranges, il a mangé avec ceux qui n’avaient pas bonne réputation, il a rencontré celles et ceux qui ne lui ressemblaient pas, il a renoncé bien souvent à la doctrine de ses pères pour en dire une nouvelle, il a osé des mots et des gestes que personne n’avait osé dire ou faire ; bref il ne s’est pas prévalu de ce qu’il était, il a accepté de fondre le "Je suis" dans l’ensemble de la réalité, il ne s’est pas prévalu de sa condition divine, il y a renoncé pour donner de l’être et de la vie à d’autres, c’est pour cela dira l’apôtre Paul que Dieu l’a souverainement élevé.       

Etre l’Eglise du Bon Berger, c’est non seulement entendre sa voie et suivre son exemple, c’est aussi reconnaître le nomadisme de Dieu pour devenir des nomades dans la foi. C’est parfois renoncer à nous identifier à un troupeau pour devenir à notre tour les bergers les uns des autres, acceptant de livrer l’être qui nous constitue car dans cet abandon et cette livraison nous découvrirons la présence et l’accompagnement du seul vrai Berger qui ne retient pas qui ne garde pas, mais qui donne ce qu’il est Etre l’Eglise du bon Berger c’est savoir l’existence d’une réserve d’être d’une solidité qui assure et rasure nos existences bien légères…





dimanche 15 avril 2012

Connaissez-vous ce mot ?

Schibboleth

Selon Littré :

1      Se dit d’une difficulté insurmontable ou d’une épreuve qui doit décider sans réplique de la capacité ou de l’incapacité d’une personne, par allusion à un passage de l’Ecriture, Juges 12, 6 où l’on voit que les fuyards de la tribu d’Ephraïm étaient reconnus, par les gens de Galaad qui les poursuivaient, parce qu’ils prononçaient sibboleth. Schibboleth veut dire épi.

2      Fig. Langage ou manières qui appartiennent à des groupes exclusifs, et qui désignent ceux qui en sont et excluent ceux qui n’en sont pas.

Citation : livre des Juges selon Pléiade (Dhorme) :

12, 5-6 : «  Puis Galaad s’empara des gués du Jourdain, vers Ephraïm. Lors donc qu’un des fuyards d’Ephraïm disait : « je veux passer ! » les hommes de Galaad lui disaient : « Es-tu d’Ephraïm ? » Et s’il disait : Non ! ils lui disaient : « prononce donc Shibboleth » et il prononçait Sibboleth, car il ne réussissait pas à parler correctement… »

Note du traducteur : La population d’Ephraïm se distinguait des autres tribus par une prononciation défectueuse de la chuintante Shin qui devenait Sin dans leur bouche. Le mot choisi comme test est shibboleth « épi », qui correspond à l’araméen shubaltâ et à l’assyro-babylonien shubultu. A noter qu’en arabe le mot commence par in sin, comme dans la prononciation éphraïmite : Sunbulat


Dans le NT on trouve l’épisode célèbre du reniement du Pierre qui est reconnu selon la seule version de Matthieu par son accent :


26, 73 Tob : « Peu après, ceux qui étaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : « A coup sûr, toi aussi tu es des leurs ! Et puis ton accent te trahit. »


Note du traducteur : On pouvait distinguer le dialecte galiléen et le judéen par certains détails caractéristiques de grammaire et de prononciation.

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·         « Ton accent » : -lalia sou- : ta petite parole originaire, ta manière de parler lorsque tu as appris au commencement de ton existence ! Ta langue maternelle ou paternelle…ta langue clanique, ton particularisme qui résiste à l’universel de la condition humaine.



·         Nous avons tous nos accents nos manières nos shibbolets, nos tics de langage. Ils sont souvent pittoresques, agréables. Ils peuvent devenir redoutables et dangereux.



·         Venons-nous vraiment d’un lieu, galaad, galilée, judée, nord, sud… oui et non sans doute. Jésus a rassemblé des accents variés ? Paul a mis à table des gens différents et c’est précisément cela qui a fait du christianisme une religion différente où il n’y avait plus de moule identitaire, où le sujet est une valeur sûre en dépit de ses origines ou capacités…


dimanche 8 avril 2012

Jour de Pâques !

     « Rappelez-vous comment il vous a parlé quand il était en Galilée ; alors elles se rappelèrent ses paroles, elle revinrent du tombeau et rapportèrent tout cela au Onze et à tous les autres ; C’étaient Marie de Magdala et Jeanne et Marie de Jacques ; Les autres compagnes le disaient aussi aux apôtres. »



La fête de Pâques est un exode, c’est un exil ; c’est un passage et une sortie ; c’est une libération, c’est une sortie de prison ; c’est une naissance comme éblouissement ; la fête de Pâques ce sont toutes les forces de vie qui entourent et font diminuer toutes les forces de mort.

Pâques c’est la foi en une création qui fait vivre et qui s’exprime par la rencontre vitale de tous les autres ; c’est la célébration du premier jour ; dans le déroulement inexorable des semaines et des jours, Voici l’arrêt et l’étonnement au cœur de ce premier jour de ce temps nouveau, neuf, comme une nouvelle étape de vie pour des témoins surpris. Tout ne se déroule pas sans fin, tout ne coule pas comme le disaient les Grecs ; il y a des jours et des moments usés et des jours et des moments neufs ; il y a des temps qui inaugurent, il y a des temps de ressaisissement, de recueillement et de récupération.

Après et avec l’échec et la capitulation voici venu le temps de la récapitulation, avec et après le temps de la mort voici venu celui de la vie.

Les auteurs évangéliques et Luc en particulier, en écrivant dans la foi, les récits de Pâques ont été confrontés à une grande difficulté fondatrice du christianisme et de la foi elle-même : il fallait montrer et dire la bonne nouvelle de la vie, la bonne nouvelle de Jésus le Christ vivant en tenant compte à la fois de la réalité, de l’objectivité et d’un certain réalisme : il fallait qu’il n’y ait pas de doute : le Vivant le ressuscité, c’était bien Jésus de Nazareth, le crucifié ; et c’est alors l’insistance dans les textes des mentions de mort, celles des aromates celles des bandelettes, celle de la pierre, celle du corps et du tombeau. A ce niveau là il fallait affirmer que l’action de Dieu et son projet concernent bien Jésus mort : on parlait bien du même. Mais en même temps, il fallait exprimer et annoncer que la résurrection et Pâques ne ressemblaient en rien, n’avaient rien à voir, avec un joyeux happy end, une fin heureuse, une bonne conclusion à un épisode de la vie mouvementée et tragique.

Le jour de Pâques il fallait, il faudra et il faut annoncer que la foi qui prend naissance le premier jour de la semaine n’est pas fondée sur la régénération d’un cadavre qui aurait un jour à nouveau mourir. On ne nous raconte pas la sortie victorieuse et en gloire du tombeau. Tous les évangélistes ont pris soins d’éloigner les apparitions du ressuscité du tombeau lui-même. On ne décrit pas la sortie on ne raconte pas la résurrection, on ne détaille pas le comment, on affirme  et c’est la marque de l’Evangile de Luc, la disparition de Jésus, il n’est plus là. La victoire de Dieu sera dite par et dans l’absence : ce que les femmes étaient venues rencontrer, le corps de Jésus, elles ne le trouvèrent pas et en furent très décontenancées, dit le texte.

La foi de Pâques tient en ces deux perspectives : réalisme de la mort et du tombeau et en même temps béance, vacuité de ce tombeau désormais sans objet, sans corps. Absence et vide qui laissent place à des mots  à des paroles qui vont atténuer le choc et la brutalité de cette disparition qui vont orienter la foi et l’espérance en train de naître. Le corps mort de Jésus n’est pas objet de foi ni d’adoration, seul le corps absent seules les paroles vivantes fondent la foi de Pâques.  

En ce premier jour de la semaine nous sommes invités à nous mettre à l’écoute de cette foi de cette confiance en train de naître : la foi de Pâques, l’espérance vitale et dynamique qu’elle contient a pour cadre le réalisme de l’existence humaine qui s’exprime par le vide la béance et l’absence dans un tombeau désormais inutile car il ne répond plus à sa fonction.

 Dieu intervient dans le cadre et non hors du cadre de l’existence humaine et son intervention peut s’opérer sous le signe du vide et de l’absence habités par des paroles vivantes pour des personnes en train de vivre et de revivre.

Ce sont bien des personnages de chair et de sang des êtres qui nous ressemblent ; ce sont des hommes, mais surtout des femmes apeurées et meurtris qui vont découvrir l’efficacité de Dieu l’efficacité de sa parole, la réalisation de ses promesses sur le lieu même de l’absence et du vide. Jésus n’est plus là mais finalement qu’importe, les marques, les traces, l’écho, le souvenir de son passage, de sa vie de ses actions sont ce jour-là tellement là, que sa disparition son éloignement va se transformer en dynamisme nouveau, en responsabilité nouvelle, en nouvelle marche, nouvelle parole en semaine nouvelle, en création nouvelle. Il n’ est plus là ! mais qu’importe, nous sommes là ;  les disciples sont là,  porteurs de son espérance, porteurs de ses réalisations à vivre, annonciateurs de son projet de vie. Le premier jour de la semaine, le jour de Pâques, soudain les disciples déconcertés et affolés, découvrent qu’ils deviennent utiles et nécessaires, qu’ils sont les agents préférentiels et agréés de la vie de Jésus.

 Le miracle incompréhensible de Pâques réside là tout entier. L’action souveraine de Dieu est à jamais inséparable de la vie de  ses témoins. Pâques n’aurait aucun sens et nous ne serions pas là pour le célébrer encore, si les témoins du premier jour de la semaine ne s’étaient pas mis à l’œuvre pour annoncer de grand bouleversement de grand déplacement :

-         Le tombeau de Jésus n’est pas le bon lieu, il nous est inconnu il échappe à toutes nos tentations et nos envies de figer dans l’espace et le temps la réalité de Pâques.

-         – On ne parlera plus ce jour là de Jérusalem et de la Judée lieux des pouvoirs et de la gloire fragile. – On ne parle plus du temple, lieu du sacré et de pèlerinage

-         – Le jour de Pâques seule la Galilée compte, lieu de la mouvance et des déplacements de Jésus, lieu des rencontres avec celles et ceux qui en manquaient. Là où Jésus avait rencontré les paralysés de l’existence, là où il avait enseigné. Cet espace et ces moments historiques acquièrent soudain une dimension universelle et éternelle. Ce qui était un coin de terre devient figure du monde entier. Dans l’évangile de Luc la Galilée devient l’espace de la résurrection. (actualité) Rappelez-vous comment il vous a parlé en Galilée. Ce qui s’y était passé et dit devient ce qui se passera toujours et partout.

La foi de Pâques prend figure de l’épopée galiléenne. Le passé soudain devient présent qui est orienté vers un avenir à vivre, non à répéter mais à reconstruire, nos vies, nos histoires nos espaces. Les frontières sont repoussées. La fête de Pâques grâce à Dieu c’est l’élargissement de tous les lieux étriqués, même ceux que Jésus avaient parcouru. Celui qui est vivant vivifie les espaces les tempos et les moments il vivifie celles et ceux qui désormais auront pour raison de vivre l’annonce de cet élargissement possible et indispensable.

Des femmes d’abord  qui reçoivent une mission une identité elles qui découvrent l’impossibilité de rencontrer Jésus rencontrent deux hommes vivants parlant disant le sens et la perspective nouvelle. Celui qui est mort n’est plus là, mais faites de la vie en Galilée l’affaire de votre vie, allez le dire et le faire. La peur la crainte le visage de la tristesse se transforment peu à peu en message porteur de vie et d’espérance tellement porteur de vie et de simplicité que les hommes y voient de  la folie.

Des hommes ensuite. Deux hommes ont pris la ^place du corps mort de Jésus. Seul Luc a  cette audace, les autres parlent d’anges ! . Le premier jour de la semaine ce que Jésus auraient pu dire des hommes découvrent qu’ils peuvent le dire et le faire, ils comprennent que le Vivant c’est bien pour des vivants. Ils comprennent que la Galilée c était important, tout y était contenu : la croix, les rencontres les signes, la vie. Désormais il faudra vivre de tout cela. Les Onze et les autres et Pierre en particulier reçoivent de la part de Dieu, par des femmes et des hommes neufs leur ultime enseignement. Certes ils iront, Pierre ira vérifier la béance et la vacuité du tombeau, mais il faudra repartir avec le souvenir puissant de la Galilée et de la vie.

 Pâques n’est pas une théorie c’est la rencontre d’une possibilité de vivre autrement et vraiment. En ce premier jour d’une semaine nouvelle nous sommes appelés à nous mettre à l’écoute des témoins de Pâques : ouverture d’un tombeau, disparité, parole et souvenir, découverte que sans témoins e train de se mettre en marche Pâques risque d’être une pseudo réalité magique. ; le Vivant ne joue pas avec la mort il dit le primat de la vie, il propose dans l’étonnement une parole et une action pour des hommes et des femmes celles de devenir des disciples des annonciateurs des témoins d’un monde transformé et transfiguré pour leur propre vie pour la vie des hommes et des femmes autour de nous.


On ne peut pas vivre et croire Pâques en restant immobile dans nos vies nos conceptions nos orientations nos projets. Seuls des hommes et des femmes ressuscités et grâce à Dieu en train de le devenir reçoivent pleinement l’annonce, la force et la joie de ce jour. Ressusciter c’est faire mémoire ,c’est être rendu capable de faire mémoire des gestes et des paroles de Jésus lorsqu’il était en Galilée. Nous avons tous des Galilées personnelles, nos vies et nos habitudes à revisiter, la rencontre avec la Galilée de Jésus va élargir nos espaces et les parcourir d’espérances à vivre.

Alors, rappelez-vous comment il vous a parlé lorsqu’il était en Galilée ! 

Le pain multiplié et le vin en abondance comme à Cana, sont partagés ; ils  sont le souvenir vivant de cette vie et de cette mort transfigurées, à recevoir et à annoncer. En les partageant puissions-nous là où nous sommes et comme nous sommes, découvrir des signes de résurrection. Grâce à Dieu Il est Vivant pour que nous vivions.

Amen ! 

Culte de Pâques à Libourne le 8 avril 2012