mardi 24 septembre 2019

A Clairac (Lot et Garonne) le 22 septembre


Lectures : Esaie 5, 1-7. Jean 15, 1-9 Matthieu 21, 33-46

La vigne, les ceps et les sarments, les fruits, le vin, sont les supports, les images les métaphores pour dire comment Dieu agit, rencontre, attend, espère et désespère.
La vigne a fasciné toutes les cultures et religions du bassin méditerranéen : en effet, elle implique une relation nécessaire avec le soleil ; une proximité avec lui, en est la condition première comme si la vigne n’était ni le fruit du hasard ni du n’importe où. Fascination aussi car son fruit bon en lui-même, peut encore être transformé en breuvage énergétique, précieux, savoureux de mille manières, et troublant jusqu’à l’ivresse, jadis assimilée au monde des Dieux. La vigne et son produit, fruit à la fois, de la terre et du travail des hommes sont devenus les marqueurs de cultures et de religions

Israël et ses anciennes traditions utilisent la réalité de la vigne du vignoble et de ses fruits. Dès les premières pages de la Bible on nous dit que Noé premier agriculteur, planta une vigne, il en but le vin, s’enivra et se trouva nu à l’intérieur de sa tente (Gen. 9, 20).et ses fils durent déployer pudiquement son manteau pour cacher tout cela. La vigne c’est aussi central dans les banquets, c’est la réalité et la possibilité d’une expérience troublante où la vie et la mort se mêlent, mais c’est aussi la fête par la vendange et ses débordements, c’est aussi l’échange et la richesse par le commerce. Bref la vigne et ses fruits sont les supports possibles d’expériences fortes, limites, divines. Il n’est donc pas étonnant que les fruits de la vigne soient admirés et craints à la fois, utilisés ou interdits par les religions.

2 grands chemins sont repérables dans les traditions bibliques à propos de la vigne ; le premier est celui de l’identification du peuple d’Israël avec la vigne,  celle que Dieu s’est choisie que Dieu a aimé et qui a déçu, c’est celui d’Esaie ; Le 2° chemin est celui de Jean et de l’identification de Jésus  avec la vraie vigne. Ce qui rassemble et réunit ces deux chemins c’est l’affirmation et la conviction que Dieu est le vigneron. La parabole des métayers révoltés (Matth.21,33-42) est un essai pour rassembler et unir ces deux voies.
Dans cette parabole je voudrai ce matin en relever en souligner quelques aspects qui seront pour nous parole de vie et espérance, qui seront encouragements et exigences qui seront pour nous breuvage et nourriture comme dans le repas préparé et partagé.  
La vigne c’est le peuple de Dieu ce sont celles et ceux qui appartiennent au Seigneur et qui se reconnaissent en lui. Il planta une vigne, l’entoura, creusa, bâtit et la donna. La vigne est la part la parcelle le lot du Seigneur. La vigne ne possède pas le propriétaire, elle ne possède rien elle est possédée par lui


1- L’Eglise ne possède rien, les chrétiens ne sont pas les propriétaires de l’Eglise, ni de Dieu, ni des Ecritures. Les juifs ne possèdent pas la Thora ! Les musulmans ne possèdent pas le Coran ! Alors que nous sommes si prompts a élevé des clôtures pour nous protéger des menaces qui croyons-nous, nous guettent, voici que l’évangile nous dit que le Seigneur s’en occupe et qu’il est le propriétaire qui prend soin de sa propriété pour laquelle il manifeste attention vigilance et amour.
La vie chrétienne c’est ici la certitude que nous avons été plantés choisis, protégés et qu’il est mis à notre disposition comme un prêt sans intérêt, ce dont nous avons besoin pour vivre notre foi et notre vie sans crainte, sans rien défendre en acceptant d’être là en fermage en location pour d’autres, pour les autres et pour Dieu. Etre là pour Dieu c’est le recevoir comme propriétaire sans accaparer ce qu’il donne : la gestion de la terre, de notre survie…

2- Le propriétaire partit en voyage. C’est le Tsimtsoum juif. Le fait que Dieu après la création en réalité se retire et laisse place à l’humain….
Nous aimons bien que Dieu à la rigueur nous accompagne ; nous pensons et croyons qu’il est toujours là qu’il est toujours présent. Et voici qu’ici le Seigneur partit en voyage, des variantes dans des paraboles nous disent même, qu’il partît au loin dans des pays lointains. Il arrive que Dieu s’éloigne et qu’il nous laisse là non pas livrer à nous-mêmes mais avec ce qu’il nous a laissé. Dieu ne nous surveille pas sans cesse, il nous laisse parfois seul, libre et responsable de ce qu’il a préparé ; Nous aimons croire qu’il est à notre disposition et le voici ailleurs, sans doute pour d’autres ou avec d’autres.  Mais que fait Dieu ? où est votre Dieu ? ne pourrait-il pas intervenir, voyez tout ce qu’il laisse faire ! Oui il laisse faire ce que nous ne faisons pas suffisamment ; oui il est momentanément indisponible pour nous ; prière de ne pas déranger ! injoignable provisoirement pour que nous existions comme ses fils et ses filles adultes dans la vie de la foi.
Le Seigneur est parti tranquille et confiant, il a fait ce qu’il fallait faire avant de partir ; il n’est plus là mais il se souvient ; ce qui caractérise la vigne comme les blés ou les arbres c’est bien la récolte, la vendange ou la moisson. Certes dans la parabole il y eut bien vendange, la récolte précieuse a eu lieu mais elle n’est pas revenue à son destinataire ; les héritiers de la promesse n’ont pas respecté le contrat, ils ont compris l’absence du maître comme une bonne aubaine.

 3- Ils se sont servis au lieu de servir. C’est ce qui est sans doute aujourd’hui le plus menaçant et le plus courant. C’est souvent aussi la marque des religions : c’est ce détournement du fond, c’est le refus de rendre à qui de droit, refus de rendre grâce, gloire, refus de rendre ce qui a été reçu comme si cette captation d’héritage allait nous accroître notre vie notre être, notre Eglise, notre foi. Là encore capter l’héritage c’est croire que nous pourrions être les seuls dépositaires de ce que Dieu fait et dit pour les hommes.
Selon l’Evangile, faire la vendange c’est rendre la vendange. Agir dans l’Eglise, vivre notre foi dans notre travail, dans notre famille, dans toute notre vie, ce n’est pas d’abord convaincre les autres les ramener à nous, mais leur montrer que rendre service c’est bien rendre quelque chose, donner ce qui ne nous appartient pas, à quelqu’un qui est, peut être parti en voyage et qui ne nous menace de rien du tout. Donner un sens à sa vie selon l’Evangile c’est redonner, restituer et c’est cette restitution cette grâce rendue qui donne du prix à nos gestes nos paroles et à nos vies.

Dieu parfois est pris par sa propre audace ; sa confiance est bien souvent déçue les métayers s’occupent mal de la vigne. Ils veulent être héritiers et posséder et sont prêts pour cela à tout : tuer les envoyés du Maître, tuer les prophètes, tuer le fils ; laisser mourir des humains dans la Méditerranée ! Aujourd’hui nous dirions : tuer la liberté, tuer l’amour, tuer la vie ! La violence ne caractérise pas notre temps. La mort de Jésus est signe de ce refus de rendre, elle est signe de cette incapacité de croire que Dieu peut parler un autre langage que le nôtre.
Par Jésus, Dieu parle une nouvelle langue, un nouveau langage qui est désormais accessible au plus grand nombre et qui dépasse et franchit les frontières de la race du clan et même de la foi habituelle et sans cesse répétée et ritualisée dans la fidélité de son propre peuple.

En voyage le Seigneur a appris toutes les langues des hommes ; il a découvert si j’ose parler ainsi, que sa vigne n’était pas réservée aux métayers habituels et que d’autres serviteurs étaient intéressés par ce travail si particulier de planter de nouveaux ceps de remplacer les anciens, de creuser de nouvelles idées de nouvelles actions, de veiller sur la fragilité de ses serviteurs.

Réapprenons sans cesse avec l’aide de Dieu à rendre ce qui a été donnée, à transmettre ce qui a été reçu, à élargir nos cordages, à ouvrir nos esprits et nos cœurs, à vivre de la promesse plutôt que d’héritage.
Au cœur de cette violence des hommes Dieu va trouver la force et le courage de bâtir à nouveau et de planter encore. La mort du fils va devenir la pierre d’achoppement pour celles et ceux qui ont une image de Dieu trop grandiose et trop sacrée ; elle va devenir la pierre angulaire, la pierre d’angle, sur qui va reposer une nouvelle construction, d’une nouvelle vigne, de nouveaux serviteurs
sur qui vont reposer de nouvelles relations qui produiront de nouveaux fruits : peut être sommes nous à un moment spécifique : celui du renouvellement en particulier du christianisme…faire du renouvelé, du neuf !
Cette nouvelle vigne manifestera une promesse d’amour dira l’Ev. Jean entre le cep et les sarments ; je ne vous laisserai pas orphelins et même si je pars ailleurs sachez que je viens à vous.
La vigne réclame beaucoup de soins elle peut produire le meilleur et le pire ; le maître de la vigne est exigeant sur la qualité, il nous laisse libre et responsable et nous propose encore aujourd’hui de vivre en relation avec lui et de vivre nos vies comme un cadeau, une récolte qu’il vient recevoir avec plaisir et reconnaissance.        




Château du Théron dans le Lot