lundi 8 octobre 2018

Expo Bible à Rouen : 15ième anniversaire !

Lecture : Actes 8, 26-40 :

L’ange du Seigneur s’adressa à Philippe : « Tu vas aller vers le midi, lui dit-il, sur la route qui descend de Jérusalem à Gaza ; elle est déserte. » Et Philippe partit sans tarder. Or un eunuque éthiopien, haut fonctionnaire de Candace, la reine d’Ethiopie, et administrateur général de son trésor, qui était allé à Jérusalem en pèlerinage, retournait chez lui ; assis sur son char, il lisait le prophète Esaïe. L’Esprit dit à Philippe : « avance et rejoins ce char. Philippe y courut, entendit l’eunuque qui lisait le prophète Esaïe et lui dit : « Comprends-tu vraiment ce que tu lis ? » Et comment le pourrais-je, répondit-il, si je n’ai pas de guide ? » Et il invita Philippe à monter s’asseoir près de lui. Et voici le passage de l’Ecriture qu’il lisait : Comme une brebis que l’on conduit pour l’égorger, comme un agneau muet devant celui qui le tond, c’est ainsi qu’il n’ouvre pas la bouche. Dans son abaissement il a été privé de son droit. Sa génération, qui la racontera ? Car elle est enlevée de la terre, sa vie.
S’adressant à Philippe, l’eunuque lui dit : « Je t’en prie, de qui le prophète parle- t-il ainsi ? De lui-même ou de quelqu’un d’autre ? Philippe ouvrit alors la bouche et, partant de ce texte, il lui annonça la Bonne Nouvelle de Jésus. Poursuivant leur chemin, ils tombèrent sur un point d’eau, et l’eunuque dit : « Voici de l’eau. Qu’est-ce qui empêche que je reçoive le baptême ? »
 Il donna l’ordre d’arrêter son char ; tous les deux descendirent dans l’eau, Philippe et l’eunuque et Philippe le baptisa. Quand ils furent sortis de l’eau, l’Esprit du Seigneur emporta Philippe et l’eunuque ne le vit plus, mais il poursuivit sont chemin dans la joie. Quant à Philippe, il se retrouva à Azôtos et il annonçait la Bonne Nouvelle dans toutes les villes ou il passait jusqu’à son arrivée à Césarée.

« Comprends-tu vraiment ce que tu lis ? »

Ce texte est pour moi un point de repère, une anecdote décisive, une rencontre à tous les niveaux ; cette narration qui ressemble - vous en conviendrez peut être - à un petit film publicitaire, mais pour qui, pour quoi ? On peut hésiter : pour une marque de char – de voiture – ou de chevaux pas encore vapeur : Philippe qui aime les chevaux - comme son nom l’indique - est envoyé sur les traces, à la poursuite sur une route non encombrée -déserte dit e texte- de chevaux superbes et royaux. Une pub pour la lecture d’un ouvrage étonnant en cette rentrée littéraire, celui d’Esaïe par exemple, ou encore une publicité pour une oasis ou coule un oued où l’on peut être immergé en cette saison dans le calme, loin de l’agitation de la ville ; savoir en quelque sorte faire une halte salutaire, sur la route celle de la vie où tout va vite et au tout est bousculé ! Tout cela est possible stimulant car cela attire notre attention peut être même notre curiosité, mais cela n’est pas très sûr en vérité.
Ce qui sûr, véritable et troublant à la fois c’est bien la réalité de ce texte donné à lire à la fin du premier siècle de notre ère, une lecture qui nous montre quelqu’un en train de lire. Une écriture somme toute nouvelle, pour nous montrer un personnage bizarre haut en couleur élevé par sa fonction, mutilé dans son corps, un personnage sympathique venu pèleriner à Jérusalem, une sorte de Falacha de la première heure à la découverte d’une lecture renouvelée et d’un acte : le baptême lui aussi nouveau pour lui. Comme si la lecture, comme si une relecture en compagnie d’un autre à côté d’un autre devenait soudain stimulante et décisive au point de tout arrêter, arrêter la belle mécanique, arrêter les considérations sur sa situation sociale, arrêter toute spéculation sur sa sexualité, sur ses croyances, son goût du pèlerinage ; arrêter un moment de sa vie pour lire, relire, entendre comprendre, accepter d’être lui-même lu par le texte ; tout arrêter pour repartir pour poursuivre non plus sur la route mais poursuivre dit le texte « son chemin dans la joie ».
Frères et sœurs le christianisme nait (du verbe naitre) d’un acte de lecture qui soudain me concerne : on pourrait dire me concerne curieusement d’ailleurs de façon radicale et ultime.
Je voudrais avec vous parcourir maintenant au moins trois ou quatre conséquences ou stimulations ou encore encouragements pour continuer à nous mettre joyeusement à la suite de cette rencontre de lecture, sur la route, pour la faire nôtre.
1-      Du sacrifice à la lecture ; on devrait dire aussi quand le temps de la catastrophe devient un nouvel avenir. Les religions nous le savons bien ne tombent pas du ciel. L’Israël ancien comme les premiers disciples de Jésus ont dû faire face à des événements imprévisibles : le temple de Jérusalem est détruit ; Jésus meurt sur une croix tel un esclave. La fin du temple va susciter alors une religion renouvelée avec son « temple portatif » la Loi la Thorah juive, qui va changer les habitudes ; il faudra du temps et des débats pour s’habituer comme il en faudra aux premiers chrétiens juifs d’abord puis se remettre de la mort inattendue, brutale, injuste du Juste Jésus. Il faudra du temps pour raconter, décrire, interpréter et avancer dans la certitude fragile que tout va tenir ou être résumé, sur une feuille de papier, enfin sur une peau de bête, ou sur un papyrus.
Le choc que les uns et les autres avaient reçu ils l’ont exprimé avec des mots, des images des certitudes, des doutes et cela dans une langue particulière. Probablement ces Ecrits avant d’être reconnus comme un peu sacrés avaient pour fonction de suppléer de combler la disparition progressive des témoins visuels. Ils ne sont plus sous le coup de l’émotion mais de la distance de la compréhension de la relecture de la composition dans laquelle il faudra élaguer.
 Le passage de l’évènement à la lecture de l’évènement, la narration fait de nous des proches de l’évènement. Certes nous ne sommes pas les premiers destinataires ni les premiers lecteurs. Pourtant La narration du baptême de l’Ethiopien nous rend contemporain de la scène, au moment même ou sous nos yeux des baptêmes sont vécus et célébrés. C’est par la lecture de la Pâques que les juifs ont la conviction de la vivre à nouveau et de passer de l’esclavage à la liberté ; c’est par le récit de la Cène que nous sommes aussi concernés par la présence du Christ au milieu de nous. La lecture nous concerne car nous n’avons pas vécu les événements qu’elle raconte.

2-      Seul et avec d’autres. Ces récits et cette lecture ont une dimension personnelle et communautaire à la fois. Jamais l’une sans l’autre. On pourrait croire que la vraie lecture, comme aujourd’hui, s’effectue à l’Eglise au temple à la synagogue à la mosquée. Le risque serait alors celui de l’autorité qui maitrise et dit le sens, l’institution qui dirait ce qu’il faut croire ce qu’il faut comprendre. La lecture communautaire dit que je ne suis pas seul à comprendre et même que le choc de nos compréhensions va dire le sens possible ; comme si la signification n’était pas close et univoque. La lecture personnelle va nous rendre cette liberté qui nous est donnée personnellement de nous approprier notre lecture afin de croire pour comprendre.
Il ne s’agit pas de comprendre seulement ce que l’on croit, ce qui n’est pas si mal, il s’agit ici de croire que les événements racontés me concernent moi aussi ; Moi, qui n’étais pas l’objectif, le destinataire premier, voici que je suis invité à vivre cette lecture avec la nuée des témoins et des lecteurs des siècles passés, comme avec mes contemporains.  Je crois afin de comprendre « credo ut intelligam » disait déjà Saint Augustin et plus tard encore Anselme de Cantorbury au 11ième siècle comme si les lecteurs et les chrétiens devaient devenir non pas seulement cultivés mais surtout intelligents, rendus capables par la présence de Dieu dans l’acte même de lire de découvrir autrement le monde et les humains pour en devenir acteurs.
La lecture chrétienne devrait nous rendre intelligent, et non voués à la répétition et non enfermés dans des certitudes illusoires plus dogmatiques ou religieuses ; impossible dès lors de vivre un fondamentalisme ou un ritualisme qui enferme et ne tient pas la route des textes et des traditions spirituelles.

Philippe aide notre Ethiopien à sortir du texte ; les chants du Serviteur du livre d’Esaïe lus  selon Philippe, ne concernent ni l’auteur, ni un inconnu mais bien quelqu’un d’inattendu dans le texte :  Jésus comme une parole de vie, une parole qui accompagne.
Cela change tout : Le lecteur ordinaire ne pouvait pas penser seul tout seul que la présence de Dieu, de la divinité, pouvait résider dans la faiblesse et l’humilité ; pour lui Dieu c’était comme toujours la puissance et la gloire ; Dieu c’était plutôt vers le haut et non le bas ; voici que la compréhension proposée, selon l’Evangile de Philippe, bouleverse les schémas bien établis et intouchables.
Oui désormais le Dieu de Jésus m’accompagne non pas seulement au sommet mais dans la plaine au cœur de l’humanité, celles et ceux qui ont faim ; celles et ceux qui par exemple flottent désespérés sur la mer ou marchent sur les chemins et les routes que nous croyons être les nôtres et pas les leurs…

Oui la lecture renouvelée d’Esaïe commence à parler dans la proximité et non dans le lointain commence à parler dans le monde non plus de l’écrivain seulement mais aussi dans celui du lecteur ou de la communauté de lecture qui partage sa lecture et désormais plus que sa lecture : comme si on discerner une nouvelle vision du monde …

Résumons : Par la lecture des textes bibliques nous sommes invités à devenir proches, nous sommes rendus contemporains des événements fondateurs. Par la lecture personnelle et communautaire, nous sommes rendus capables de renouveler et de créer de la nouveauté dans l’interprétation comme l’on fait les auteurs bibliques en relisant l’Ecriture ancienne ; ils ont renouvelé le sens, ils ne l’ont pas supprimé par exemple l’ancienne écriture comme certains le voulaient, ils l’ont relue avec de nouvelles lunettes. C’est ce que nous sommes appelés à vivre aujourd’hui plus que jamais ; au cœur des menaces, dans un monde en quête de certitudes simplistes ; il nous faut lire et relire pour vivre des relations nouvelles dans la complexité de la vie dans la complexité joyeuse de la vie Christ.

Enfin je voudrais ajouter une troisième et ultime remarque. Je suis toujours surpris que dans notre texte, la lecture conduise aux gestes et à l’action ; comme si la lecture n’était pas un exercice réservé, à quelques-uns seulement ou à quelques parties de notre cerveau mais finalement concernait des personnes comme des institutions même les plus étonnantes : « Philippe annonçait l’Evangile dans toutes les cités où il passait ».

Ainsi il faudrait dire que la lecture des textes est aussi un exercice qui nous lit (du verbe lire) et qui lit aussi nos environnements. Lire pour croire et comprendre mais aussi pour nous comprendre et comprendre mieux le monde dans lequel nous sommes.

Nous pensions peut être seuls et tranquilles avec le texte, nous pensions sans doute que nous faisions un exercice spirituel, personnel peut être intimiste ou communautaire ; nous pensions même que notre Eglise avait gardé préservé la seule et bonne lecture, la vraie lecture et voici que soudain ce qui n’ était pas prévisible arrive : le texte parle ou plutôt retentit dans le texte une Parole de vie, une Parole de Dieu neuve pour moi pour toi pour nous ; Cette parole vivante n’est jamais le texte car alors nous serions dans l’idolâtrie comme une bibliolâtrie ; cette Parole survient lorsque se frottent les interprétations, lorsque les textes eux-mêmes s’interprètent et se parlent, lorsque nous acceptons de n’être plus le centre, lorsque nous laissons la place, lorsque nous faisons halte pour rencontrer l’autre.

Frères et sœurs, la lecture était là pour prendre du recul avec notre vie et voici que notre vie et la vie du monde sont là parcourues par la Parole qui retentit dans le texte ; Le face à face, le tête à tête devient une vision, une analyse, une injonction, un appel à agir et à rencontrer.

Les autres, les frères et sœurs en humanité sont là et toujours ceux des siècles passés ceux et celles dès début du christianisme comme celles et ceux qui sont nos contemporains du monde. La mondialisation, l’élargissement des mentalités et des peuples étaient déjà là ; l’Ethiopien est la figure même de l’étrange de l’étranger qui l’autre moi-même, qui était déjà mon frère afin que l’Erythrée d’aujourd’hui ne soit pas un ailleurs indifférent mais une proximité qui nous retient qui nous capte.

Le christianisme est né d’un acte de lecture non pour un retrait de monde mais pour une compréhension du monde que Dieu est venu en Jésus Christ.

Lire la Bible ce n’est pas y chercher des justifications à nos dogmes, à nos morales ; lire c’est se laisser lire, laisser croire et croitre en nous une Parole retentissante de générations en générations. Lire c’est être avec quelqu’un comme avec un frère une sœur pour voir le monde et apprendre à le changer pour le rendre juste et bon. Lire c’est faire halte et découvrir une liberté de comprendre par-delà les certitudes mortifères, les simplifications tyranniques. Lire c’est laisser place à une Parole de vie.


dimanche 9 septembre 2018

Avec l'Eglise protestante de la Réunion


Lecture : Marc 1, 29-45 :
« « ils lui dirent : tout le monde te cherche ! Et il leur dit : allons ailleurs… » Marc 1, 37-38.

Une vie c’est toujours un itinéraire, pour chacune chacun de nous, mais aujourd’hui ce rappel cette évidence vaut pour chacune et chacun. Pour les pasteurs c’est souvent vrai tant ils passent d’un lieu à un autre pour y vivre leur ministère, leur vocation. C’est vrai aussi pour leur vie personnelle, où les aléas de la vie succèdent aux joies et aux nouveaux départs ; cela est vrai pour vous, pour moi mais aussi aujourd’hui. On pourrait dire aussi que cela est vrai aussi pour Jésus, pour qui le but a été vraiment le chemin, le cheminement où se vivent les rencontres banales et essentielles.

On a trouvé une page de l’agenda de Jésus, agenda tenu par Marc ? ou quelqu’un qui accompagnait Jésus sur la route ; je vous propose que cet agenda devienne un peu le nôtre ou celui de notre Eglise par exemple celui de l’EPR. Essayons !
 Ici l’inventaire des lieux parcourus par Jésus, est en quelque sorte un code, qui va dire le chemin que doivent parcourir les suiveurs de Jésus ses disciples, une fois qu’il ne sera plus là. Ou mieux encore ce parcours sera celui des disciples et des apôtres qui vont ainsi justifier leur démarche en lui donnant pour cadre et enracinement ceux de Jésus lui-même.

Ici imiter Jésus ce n’est pas seulement essayer de vivre et d’accomplir des gestes et des paroles qui ont été les siennes ; mais imiter Jésus sera le suivre sur les lieux de son périple, le suivre sur les lieux de sa trajectoire. La démarche du Christ est un parcours, ce n’est pas tour complet une sorte de giratoire c’est une progression et un recommencement comme une boucle que l’on peut parcourir dans un sens et dans un autre ; dans le sens des aiguilles d’une montre et dans son sens contraire. Aucun lieu n’est meilleur que les autres ce qui compte c’est bien les parcourir tous.

La foi au Christ c’est se déplacer en son nom sur ces divers espaces. Ici la foi n’est plus aux prises avec le temps qui passe ou avec l’histoire ; elle est liée avec la géographie ; la foi est une topographie ; elle se déploie et s’exprime en quelque sorte dans un décor, bien précis et ressemble à un itinéraire banalisé.

« Juste en sortant de la synagogue » :
Le premier lieu est celui du savoir de la lecture du commentaire du chant et de la prière communautaire. F/S le christianisme est un apprentissage, une connaissance, un savoir discuté partagé ; il est d’abord cela : tout à l’heure nous avons accueilli l’école biblique ou enfants et adultes apprennent découvrent et partagent, comme si au commencement se tenait cette nécessité de l’écoute d’une parole qui n’est pas nôtre mais celle qui vient d’ailleurs ; ici nous ne sommes plus en train de parler de nous, mais de déplacer vers un Autre, vers une lecture pour moi et pour vous, lecture et compréhension toujours nouvelle, toujours forte, toujours créatrice ; une compréhension qui est capable de guérir ! Les protestants qui ne s’intéresseraient plus à ce partage exigent manqueraient à leur vocation.

 Après la synagogue, « ils allèrent avec Jacques et Jean, dans la maison de Simon et d’André » Ils y trouvèrent la belle-mère de Simon Pierre qui était malade. On était dans une sorte de domaine semi-public semi-privé comme la synagogue. Réservé plutôt aux juifs ; nous voici dans le domaine privé celui de la maison personnelle nous dit-on ; cet aspect privé devient même intime par la précision de la description même sommaire de la maladie de cette femme. On est au cœur après tout du secret médical.  Jésus ici n’est plus l’enseignant et le thérapeute de la synagogue il devient le médecin et le conseiller personnel d’une famille ; il fait une visite dans l’intimité d’une maison amicale. On est dans le cadre de la vie personnelle de ses disciples.

On pourrait dire que la foi se vit aussi bien à la synagogue qu’à la maison. Il faudrait dire que l’espérance de l’Evangile cette bonne nouvelle qui vient à notre rencontre n’est pas réservée à la synagogue à l’église au temple ou à la mosquée ; la bonne nouvelle en quelque sorte s’échappe de ces lieux pour se déployer ailleurs. En particulier dans le secret d’une intimité familiale, où se trouve la réalité de la maladie, de la conjugalité (ici représentée par la figure de la belle-mère), de la cordialité ou la vie relationnelle entre disciples, s’exprime.

En nous disant ce parcours de Jésus passant de la synagogue immédiatement à la maison, l’auteur de l’évangile de Marc nous dit son espérance et nous l’adresse. Ce que vous appris de Jésus comme enseignant ; ce que vous avez appris dans votre jeunesse comme catéchisme devient opératoire efficace aussi dans un cadre nouveau celui de l’intériorité familiale où tout parfois a l’air simple et où tout devient aussi difficile. Où tout peut être bouleversé par exemple à la suite d’une maladie. L’espérance de l’évangile de Jésus Christ nous accompagne dans notre vie la plus privé la plus personnelle. La présence de Dieu près de nous ne s’exprime pas seulement de façon visible en allant à la synagogue. Cette présence nous rejoint lorsque nous rentrons aussi à la maison. Enfin sans doute la foi c’est finalement ce qui fait que l’on va de la synagogue à la maison et de la maison à la synagogue.

« Le soir venu après le coucher du soleil on lui amenait des malades, à la porte de la ville, la ville entière était rassemblée à la porte ». C’est la dimension publique de la foi comprise comme un salut semblable à une guérison. La foi sauve ; non plus entre nous qui partageons et croyions des réalités semblables. La foi ce n’est plus une relation entre celles et ceux qui se ressemblent comme à la synagogue, ou entre celles et ceux qui habitent sous le même toit comme à la maison. Ici un nouveau lieu apparaît, résolument public, et non plus caché mais ouvert aux dimensions de la cité ; c’est à cet égard une dimension politique de l’espérance en Jésus Christ est manifestée. La foi, Dieu, la religion concerne, pas seulement ceux qui y croient, mais aussi la vie sociale, la vie en société organisée. On sait les dangers et les abus d’une telle dimension et d’un tel projet.

Il me semble que l’auteur de l’évangile est prudent. On se mit à lui amener les démoniaques… à la porte de la ville. Non pas au centre, sur la place, non pas sur l’Agora où se décide et se traite les affaires de la cité. Ce n’est pas au cœur du système que Jésus intervient. L’hôpital de la foi et de l’espérance n’est pas au centre et ne se confond pas avec les pouvoirs. Il reste à distance sur un lieu frontière entre intérieur et extérieur ; La foi se tient sur une frontière sur une zone de démarcation entre zone libre et zone occupée. Jésus comme la foi ne prend la place de personne. Il rend un service non plus aux siens, comme dans la maison, non plus seulement aux adeptes comme à la synagogue, mais à tous dans la généralité et l’anonymat de celles et ceux qui en ont besoin. La foi, notre foi trouve sa place et son enracinement aussi à la porte de la ville. Là où passent ceux qui entrent et ceux qui sortent. Là où l’étranger et celui que l’on rejette se trouve et passe nécessairement. Là où « ceux que tous repoussent, je les accueillerai au nom de mon maître » disait John Bost.

La foi au Christ concerne la vie de nos cités. Non pour y faire la loi. Non pour remplacer ceux qui ont autorité sur la cité ; mais pour y manifester une présence qui interpelle qui est active comme pour dire aussi qu’il y a encore des choses à faire et en particulier pour prendre soin de celles et ceux qui passent et qui souffrent.  Tous les Diaconats, les Entraides, les Ong, comme la Cimade par exemple, trouvent à cet endroit celui de la porte, leur raison d’être, leur justification et leur espérance.

« Au matin à la nuit noire Jésus se leva sortit et s’en alla dans un lieu désert, il priait ».  Je suis frappé de cette proximité entre l’abondance des personnes et leur rencontre comme traitement à la porte de la ville et le retirement de Jésus dans un lieu désert.

La foi c’est la traversée entre la porte de la ville et le lieu désert. C’est ce qui fait lien entre l’action sociale et la prière, entre l’enseignement et la rencontre personnelle. Pour nous en général le désert c’est la solitude et c’est souvent vrai. Dans une mentalité orientale c’est aussi le lieu de la relation essentielle sans tricher. Jésus va au désert comme son peuple est allé au désert recevoir l’essentiel de son enseignement et de sa foi au Dieu du désert et de la montagne dans le désert. Désert c’est là où on reçoit la force et la réalité d’une rencontre d’une parole d’un échange vital avec les autres comme avec Dieu.

La vie de l’Eglise comme la vie personnelle de la foi ce n’est pas l’activisme qui nous fascine pourtant et qui nous guette et nous capte ; c’est aussi cette ascèse, cette relation avec Dieu qui fonde et nourrit toutes activités et relations avec les autres. C’est dans ce lieu désert que l’on cherche le Christ et qu’on le trouve. C’est dans ce désert aussi qu’il trouve la force et la capacité de nous entraîner ailleurs : « allons ailleurs dans les bourgs voisins pour que j’y proclame aussi l’Evangile ». C’est bien de là, du fondement que tout démarre et redémarre pour que l’annonce d’une bonne nouvelle soit accomplie, soit vécue. Le sens de la mission est au cœur de l’évangile. Il y a toujours des bourgs voisins à visiter et à parcourir. L’Eglise ne peut vivre sa mission que si elle ouvre de nouveaux espaces ; elle ne vit que dans la rencontre de nouveaux venus, rencontrés par ses membres.

Dans ce programme dans cette journée de Jésus, ce sont au moins 24h bien remplies et qui s’équilibrent et qui s’appellent dans une solidarité efficace.

La foi la relation à Dieu notre vie dans l’Eglise se compose de lieux ou de pôles différents : la synagogue (l’enseignement) la maison personnelle (l’intériorité) la porte de la ville (l’extériorité sociétale) le lieu désert (la relation à Dieu dans une ouverture la plus vaste possible) et les bourgs voisins qui attendent, nous attendent. C’est le passage de l’un à l’autre qui enrichit et dit complètement la réalité de la foi. Ce sont ces lieux qui édifient et fortifient notre foi.

Nous sommes plus sensibles et plus habitués à un ou des lieux, plus que d’autres. Le Seigneur nous attend aussi sur les autres moins connus moins familiers. Il nous y attend pour nous accompagner et soutenir notre espérance pour nous-mêmes, ceux qui nous entourent et les autres plus loin.

C’est bien pour vous conseillers, membres de l’Eglise protestante de la Réunion un défi non pas être comme Jésus, mais Le rejoindre sur les lieux où se tiennent des sœurs et des frères, des proches et des lointains, des amis, et non des ennemis !













dimanche 26 août 2018

Rencontre à Paris des Eglises protestantes francophones dans le monde


L’Assemblée générale de la Ceeefe a eu lieu à Paris dans les locaux du Défap (Service protestant de Mission) du 23 au 25 août 2018. 
Une quarantaine de délégués des Eglise membres ont pu partager leurs soucis, leurs joies et les perspectives d’avenir pour les communautés dans 16 pays du monde :  recherche de pasteur ici ou là, maintien équilibré des diversités culturelles et spirituelles, mais aussi donner un témoignage positif dans la société : accueillir des migrants, proposer des services d’entraide ; comment maintenir aussi l’usage de la langue française…enfin garder des relations entre les Eglises et avec le protestantisme français.

Une rencontre fraternelle et stimulante qui a aussi vécu un temps d’animation biblique avec le pasteur Hans Lung, qui a accueilli aussi la présidente du Conseil national de l’Epudf la pasteur Emmanuelle Seybold ainsi que le président de la Fédération Protestante de France, le pasteur François Clavairoly. Les participants de l’AG ont chanté, prié, écouté la Parole sous la conduite dynamique et joyeuse du pasteur Fidèle Muschidi (Francfort).
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