lundi 17 décembre 2012

Que nous faut-il faire ? Dimanche 16 décembre à Foix (Ariège)

Evangile selon Luc ch 3 :
 
10  Les foules demandaient à Jean : « Que nous faut–il donc faire ? »

11  Il leur répondait : « Si quelqu’un a deux tuniques, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; si quelqu’un a de quoi manger, qu’il fasse de même. »

12  Des collecteurs d’impôts aussi vinrent se faire baptiser et lui dirent : « Maître, que nous faut–il faire ? »

13  Il leur dit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous a été fixé. »

14  Des militaires lui demandaient : « Et nous, que nous faut–il faire ? » Il leur dit : « Ne faites ni violence ni tort à personne, et contentez–vous de votre solde. »

15 ¶  Le peuple était dans l’attente et tous se posaient en eux–mêmes des questions au sujet de Jean : ne serait–il pas le Messie ?

16  Jean répondit à tous : « Moi, c’est d’eau que je vous baptise ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la lanière de ses sandales. Lui, il vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu ;

17  il a sa pelle à vanner à la main pour nettoyer son aire et pour recueillir le blé dans son grenier ; mais la bale, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »

18  Ainsi, avec bien d’autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.

Les gens sont plus curieux qu’on ne le croit parfois ; nos contemporains s’interrogent à cœur ouvert ou dans le secret de leur for intérieur, ou bien encore dans des discussions de café du commerce : Que faut il faire pour échapper à la grippe ? Que faut-il faire pour être  français ? Que faut-il faire pour sauver la planète ? Et bien d’autres questions encore…Que faut-il faire pour que des enfants ne soient pas tués dans une école....

Les humains et c’est sans doute une marque une trace de leur ressemblance divine les humains comme Dieu, s’interrogent.  On se souvient des questions initiales du Dieu de la Bible : Où es-tu ? Qu’as-tu fait ? Et pour parler de la subsistance voici que la manne – ce qui nourrit -  va se traduire par qu’est-ce que c’est ? Une autre vraie  question pour chaque jour ! Malheur à celles et ceux pour qui il n’y aurait pas ou plus de questions. Tristes sont ceux et celles qui ne se posent plus de questions ou une question au moins.

« Les foules demandaient à Jean : Que nous faut-il donc faire ? » Une relation étrange va s’établir entre Jean et Jésus, entre leurs disciples respectifs entre les premiers chrétiens qui vont se regrouper autour de l’un sans effacer l’autre. Leurs personnes sont difficiles à cerner à comprendre à mettre en harmonie et en perspective. Certes l’un est précurseur de l’autre ; l’un est la voix qui annonce celui qui vient ; l’un reconnaît l’autre mais l’autre reconnait aussi celui qui l’a précédé : « parmi ceux qui sont nés d’une femme, dira Jésus dans l’évangile de Matthieu (11,11) il ne s’en est pas levé de plus grand que Jean le Baptiste ».

Jean est celui qui peut répondre à la question du faire ; de l’agir ; du concret comme on dit aujourd’hui. Il parle de rémission de tout ce qui ne va pas – on dira des péchés – mais il fait des gestes et il est le prophète des signes visibles et aussi inoubliables pour celles et ceux qui les vivent : être plongés dans l’eau du Jourdain laisse le souvenir de sensations comme si le corps et l’esprit étaient concernés, comme si toute la personne était mobilisée par ce geste fort et réaliste.  Jean représente aussi celui qui a des idées bien précises, des convictions, une compréhension du monde des autres et des rapports avec Dieu ; il est l’intransigeant des évangiles ; il est le kamikaze même des évangiles ; il va mourir injustement pour une affaire de mœurs royales, c'est-à-dire pour un fait divers banal et commun. Il dérange et disparait sans histoire et sans suite.

Il nous intéresse car il donne des solutions simples et efficaces à nos problèmes à nos situations complexes, à nos questions pertinentes ; il donne des réponses claires à de banales questions existentielles. Avec lui l’existence concrète est concernée.

La nourriture et le vêtement : c’est du basique. Il vaut mieux ne pas s’alourdir avec ça. Avec la vie, la mienne avec mon existence il n’est pas nécessaire de trop s’appesantir sur son sens et sa destination ; il vaut mieux simplement partager avec quelqu’un d’autre. Sa morale son sens de la vie est compréhensible par tout un chacun ; c’est d’une grande clarté. Il vaut mieux que quelqu’un d’autre soit concerné par mon avoir plutôt que j’en sois le seul maître le seul gérant. Ce qui doit me protéger et me faire vivre concerne aussi celui qui a besoin de protection et de vie. 

Ce qui a été souvent observé c’est que Jean ne prêche pas dans les synoptiques un idéal de vie, un mode d’organisation, une conception des rapports humains ; Il n’annonce même pas une doctrine, il ne prêche pas une morale ou un idéal de pauvreté comme le feront plus tard bien des chrétiens célèbres comme par exemple St François d’Assises. Il ne dit pas qu’il faut se dépouiller pour vivre vraiment selon la volonté de Dieu.

Il dit simplement que le premier niveau de la vie chrétienne ou la vie avec et devant Dieu, c’est la découverte que je n’ai rien en double, je n’ai aucune sécurité et que ma vie est liée à la présence de l’autre qui n’a pas, non plus de sécurité.

Sa morale a aussi un second niveau, un second étage très curieux. C’est le mélange ; c’est l’affirmation de la non-séparation. Au fond il ne croit pas comme certains juifs de son époque et comme le croiront plus tard de nombreux chrétiens  qu’il y a des métiers indignes devant Dieu, qu’il y a des catégories d’activités qui représentent ce qui est mal, mauvais, impurs, incapables de connaître la vérité. Il ne croit pas que les collecteurs d’impôts sont tous des voleurs ; eux aussi ont accès à une conscience morale : de même pour les militaires qui en ce temps et en temps de crise se servent volontiers sur place sur le terrain ; aux uns et aux autres il demande de la retenue et de l’exigence dans la réalisation de leur activé choisie ou imposée ; au fond c’est dans la manière de vivre sa fonction que la personne apparaît en vérité. Ce ne sont pas les fonctions qui disent ce que sont les humains mais bien les humains qui font vivre en vérité les fonctions ou les activités les plus diverses.

On pourrait dire que Jean serait choqué devant des fonctionnaires ripoux ; devant des commerçants malhonnêtes, devant des personnages investis de l’autorité en train de profiter de leur situation. Cela est évident cela est en soit banal et voilà que cela revêt chez Jean le baptiste une grande importance ; voici que pour lui ces remarques de morale basique font de lui un personnage respecté qui suscite l’attente et l’interrogation : Le peuple était dans l’attente…

Jean nous intéresse ; il nous dit dans cette histoire qu’il y a des moments de l’histoire où le rappel de la simplicité et de l’évidence morale devient nécessaire utile et qu’elle trouve un accueil favorable. Paul dira que tout est permis mais que tout n’est pas édifiant et qu’il faut sans doute revenir à nos bases ; à des fondamentaux souvent oubliés ceux d’une morale limpide où la place de l’autre est décisive pour ma vie que je ne suis pas intéressant tout seul  et que la sens de ma vie de découvre lorsque je ne me dépossède pas mais lorsque je donne à l’autre comme par l’intermédiaire d’un Etat généreux, ou d’une Eglise qui ne vit plus pour elle-même.

Cependant L’Eglise chrétienne n’a pas suivi Jean mais Jésus comme Christ. L’apôtre Paul n’a  pas été le missionnaire de Jean mais de Jésus comme Christ. Qu’est-ce que Jésus apporte que Jean ne connaissait pas et qu’il devinait peut-être ? Voilà notre ultime question de ce jour.

Une tentative de répondre pourrait être contenue dans le mot et la réalité du Bonheur. Il sera nécessaire de passer d’une  morale juste et bonne à une étape supérieure qui va rejoindre la préoccupation de tous les humains celle de la recherche de la quête du Bonheur. Jésus dira : heureux vous qui … vous êtes heureux si votre recherche du royaume vous conduit à la rencontre de l’autre, au partage de ce qui vous encombre, de ce que vous avez en trop et qui n’est pas nécessaire. Le bonheur se tient là à votre porte de vos maisons, de vos fonctions, de vos Eglises, de vos pays, de votre humanité.

A la suite des traditions juives, la religion chrétienne est une religion d’annonce d’un bonheur qui prend corps dès ici-bas. Le psaume 4 disait déjà : Ah ! Qui nous enseignera le bonheur ?  Les béatitudes sont la manière dont le Christ dit le bonheur pour les artisans de paix et de justice, pour ceux qui pleurent avec ceux qui pleurent et qui se réjouissent avec ceux qui sont dans la joie.

Ici est affirmé « l’horizon d’une vie sous le signe de la bienveillance parce que le bonheur dira Ricoeur, ce n’est pas simplement ce que ne n’ai pas, ce que j’espère avoir, mais aussi ce que j’ai goûté. » La foi chrétienne va annoncer  la certitude qu’il y a encore quelque chose à attendre de la vie. Elle va dire : je m’attends encore à du bonheur. Quelque soit mon âge, ma situation, ma fonction.

Jean disait : pratique le partage ! Soit honnête avec les autres ; renonce à tes petits privilèges ; à la suite de Jésus comme Christ, ses témoins diront à leur manière : Sois heureux maintenant et demain. Sois heureux dans ta vie malgré les malheurs et les souffrances qui sont là ; regarde j’y succombe moi aussi et pourtant j’attends encore quelque chose de ma vie et de la tienne, de la nôtre.

Ceux qui ont lu « Réforme » cette semaine vont retrouver là, les traces d’un article de Ricoeur avec cette fameuse annonce de la foi chrétienne celle d’une pratique et « d’un désir d’une vie accomplie avec et pour les autres et cela dans des institutions justes ».

Jean c’est un pédagogue, il nous apprend à nous comporter avec les autres pour découvrir notre propre réalité. Jésus est un maître de sagesse, il nous entraîne vers la pratique et l’annonce d’un véritable bonheur de vivre aujourd’hui et demain. Nous préférons parfois sans le savoir l’existence concrète et banale de Jean le Baptiste ; pourtant Le Christ nous invite et nous appelle à sa suite vers la réalisation d’un bonheur partagé toujours neuf, toujours troublant.

mercredi 12 décembre 2012

Changements et permanences


Evangile selon Marc ch 1 :

1  Commencement de l’Evangile de Jésus Christ Fils de Dieu :

2  Ainsi qu’il est écrit dans le livre du prophète Esaïe, Voici, j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer ton chemin.

3  Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.

4  Jean le Baptiste parut dans le désert, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés.

5  Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui ; ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs péchés.

6  Jean était vêtu de poil de chameau avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.

7  Il proclamait : « Celui qui est plus fort que moi vient après moi, et je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la lanière de ses sandales.

8  Moi, je vous ai baptisés d’eau, mais lui vous baptisera d’Esprit Saint. »

Esaïe ch 40 :
 
1  Réconfortez, réconfortez mon peuple, dit votre Dieu,

2  parlez au coeur de Jérusalem et proclamez à son adresse que sa corvée est remplie, que son châtiment est accompli, qu’elle a reçu de la main du SEIGNEUR deux fois le prix de toutes ses fautes.

3   Une voix proclame : « Dans le désert dégagez un chemin pour le SEIGNEUR, nivelez dans la steppe une chaussée pour notre Dieu.

4  Que tout vallon soit relevé, que toute montagne et toute colline soient rabaissées, que l’éperon devienne une plaine et les mamelons, une trouée !

5  Alors la gloire du SEIGNEUR sera dévoilée et tous les êtres de chair ensemble verront que la bouche du SEIGNEUR a parlé. »

6  Une voix dit : « Proclame ! », l’autre dit : « Que proclamerai–je ? » –« Tous les êtres de chair sont de l’herbe et toute leur constance est comme la fleur des champs :

7  l’herbe sèche, la fleur se fane quand le souffle du SEIGNEUR vient sur elles en rafale. Oui, le peuple, c’est de l’herbe :

8  l’herbe sèche, la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu subsistera toujours ! »
 
Voici les temps de changements et de recommencements et dans ces temps troublés, y a t-il une réalité qui demeure, une réalité qui était qui est et qui vient : cette réalité ressemble à une parole, celle de Dieu, une parole comme une espérance. 
Parfois nous disons et croyons qu’avant c’était mieux ; un grand nombre de nos contemporains pensent et croient cela ; comme si nous avions besoin pour affronter les réalités difficiles d’aujourd’hui, d’embellir celles d’hier ou d’avant hier. Il est sans doute nécessaire aux humains de croire en un temps, un âge d’or ! voire en un moment stable positif agréable et heureux qui serait une aide efficace pour vivre les temps présents caractérisés souvent caricaturés parfois comme par exemple, le temps de la crise. Comme si la crise, la grande crise était celle que nous vivons celle de notre société de nos systèmes devait nécessairement s’exprimer dans l’oubli des crises violentes qu’ont vécu nos aïeux.
Nous vivons de changements en changements et peut-être de recommencements en recommencements ; non pas dans un cycle celui par exemple de l’éternel retour, mais dans un rythme parfois saccadé et peu mélodieux où nous avançons sans trop savoir où nous allons ; ces saccades de l’histoire celles de nos existences,  nous constituent.
 La liturgie est le retour de ce qui est semblable et chaque fois différent car je ne suis pas le même qu’hier ou que la semaine dernière ; les saisons, les fêtes expriment ces commencements sans cesse à revivre et à recommencer. De temps en temps nous avons envie de vivre les choses autrement ; faire du neuf et du nouveau ; vivre ce temps de préparation et d’attente de Noël d’une façon différente et neuve.
 
« Vivre Noël autrement » un groupe de chrétiens inter-églises sont concernés par ce genre de projet : il s’agit d’arrêter de consommer pour consommer ; il s’agit de tenir compte de la planète et de se mettre en souci pour nos contemporains proches ou lointains qui eux n’ont rien et sont sans espérance aucune. Il s’agit à ce niveau de ne plus faire seulement la charité mais dans la foi et à cause d’elle de s’enquérir plus que jamais des causes de ce qui empêche des humains d’être des humains. Vivre autrement, avoir d’autres idées, d’autres réflexes, d’autres actions. Comment conjuguer, articuler le neuf ou le nouveau que nous sentons en nous avec l’ancien, la vieille histoire qui est aussi la nôtre ?
Avant ce n’était pas vraiment mieux ; il n’y a pas d’âge d’or de l’humanité. Cela est vrai, en particulier pour les premières générations de chrétiens, nos ancêtres dans la foi qui ont dû affronter des paniques et des crises si fortes qu’elles sont arrivées jusqu’à nous dans les témoignages des Ecritures qu’ils nous ont laissés.
 Les textes que nous avons lus aujourd’hui dans la communion de l’Eglise universelle, disent 3 changements d’orientation et au moins 3 paroles qui peuvent nous intéresser et nous stimuler.
Le premier c’est au moment du retour de l’Exil de Babylone. Le deuxième est celui du retour non réalisé du Christ au temps de Paul et de Pierre. Le troisième c’est la fin d’une méthode celle de Jean le baptiste, le solitaire. Dans ces trois étapes ces trois moments difficiles et neufs retentit une Parole ; comme si la transmission d’une Parole résistait et accompagnait même ces grands changements. 
Le prophète Esaïe en annonçant la fin de l’Exil comme une immense nouveauté et un changement d’époque, dit une parole étonnante celle de la consolation : Consolez ! Consolez ! mon peuple dit Dieu ; le consoler de quoi, n’est il pas suffisamment satisfait de cette nouvelle ère qui s’ouvre devant lui ? Le peuple de Dieu a besoin qu’on vienne vers lui ; la consolation, cum-solatio c’est la rencontre d’une solitude. La plus grande nouvelle possible c’est la fin de la solitude triste ou joyeuse. Le peuple va rentrer chez lui et il a besoin d’être rejoint et rencontrer par quelqu’un par son Dieu. Quant tout va mal mais aussi quant tout va bien j’ai besoin d’être consoler, c’est dire que ma solitude soit rejointe par une Parole qui vient vers moi : ce qui est élevé sera abaissé ce qui est abaissé sera élevé. Par delà les vanités et les orgueils humains vient une Parole d’encouragement qui dure et demeure.
Ceci est vrai pour nous aussi, ceci nous entraîne à être les porteurs de ses paroles d’encouragements vers les autres autour de nous.
Le deuxième temps de crise (voir 2 Pierre 8-14) est celui des apôtres eux-mêmes qui comme Jésus lui-même attendaient la fin des temps ; ce qui se passait alors dans le monde était perçu et compris comme l’inauguration de grand retour et de la fin. Il a fallu se rendre à l’évidence : Dieu ne vient pas tout régler ; il manifeste dit l’apôtre Pierre, sa patience  envers nous : « il ne souhaite pas que quelqu’un se perde, mais que tous accède à un changement radical.» Ici la parole qui vient à notre rencontre c’est l’attente et la nécessité d’une vraie conversion de nos mentalités de notre foi de notre vie. Les témoins de la foi attestent que le monde ne se dissout pas ne roule pas inexorablement vers sa perte mais reste dans les mains de Dieu : nous sommes ses témoins. La fin d’un monde ce n’est pas la fin du monde. Il a fallu que ces premiers témoins de la foi abandonne cette idée du retour imminent du Seigneur pour se mettre à vie et à agir dans cette vie dans ce monde qui semblait perdu et condamné. La communauté chrétienne va trouver l’énergie nécessaire pour faire face à un changement radical de doctrine. On croyait à la fin et on se met à croire à la durée au temps qui passe et à retrouver Dieu non pas dans la catastrophe mais dans la fidélité de l’action et de la parole quotidiennes.
 La crise du monde nous entraîne à ne pas nous replier sur nous-mêmes en attendant que ça passe mais à voir les choses autrement ; à proposer d’autres manières de vivre peut-être, d’autres manières de croire, d’autres manières à inventer d’être l’Eglise de Jésus Christ dans ce monde.
Enfin troisième temps celui de Jean le Baptiste. Au début de l’évangile de Marc nous l’avons lu retentit cette affirmation : « Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ fils de Dieu » et très vite survint Jean celui qui baptisait dans le désert. Jean représente la vieille école ; il est l’ancien régime ; il est surprenant par ses habits sa nourriture son action et ses paroles ; il est anachronique. Il ne dit pas : revenez vers l’ancien mode de vie et de croire ! Ou revenez vers les origines et le passé et vous serez sauvés ; il dit plutôt : vient après moi, celui qui est plus que moi ! C’est de l’ancien que vient le neuf ; le commencement est un recommencement. Les prophéties anciennes sont renouvelées ; un temps nouveau est là ; il faudra le saisir et en prendre acte pour en vivre. L’ancien n’est pas un regret ou une nostalgie ; il est ce qui met en route, une réalité nouvelle. La parole ancienne garde toute sa valeur elle est dite dans un langage une forme radicalement nouvelle. On n’ira plus dans le Jourdain pour être baptisé ; on ne reproduira pas les actes anciens on en fera de nouveau. Le Christ lui-même sera une nouvelle compréhension de Dieu. Jean pointe vers Jésus pour passer le flambeau difficile et redoutable.
 Nous croyons parfois que ce qui est neuf et nouveau, remplace et condamne même ce qui est ancien et vieux. Nous croyons que la modernité est une critique des temps anciens qui sont souvent les nôtres et ceux que nous connaissons. Il n’en est pas ainsi dans la foi au Dieu ancien et neuf au Dieu de l’ancien testament et du nouveau testament. C’est de l’ancien que naît le neuf. Les difficultés du temps présent comme les joies du temps présent ont pris naissance dans le passé. La réconciliation entre hier et aujourd’hui est une promesse de l’Evangile. La rencontre et la réconciliation entre Jean et ses disciples avec Jésus et ses disciples est le gage de la naissance du neuf dans l’ancien.
Au cœur des crises des commencements et des recommencements nous recevons aujourd’hui des paroles qui durent qui demeurent et qui nous accompagnent :
·     La solitude des hommes et des femmes est visitée ; nous sommes les porteurs d’une parole de consolation.
·     Nous sommes appelés à voir à comprendre le monde, nous-mêmes et Dieu dans un changement radical de mentalités ; nous avons encore besoin de changer et de nous convertir à ce que Dieu attend de nous.
·     L’Evangile nous donne l’assurance que ce qui est ancien et vieux chez nous n’est pas rejeté mais sert à montrer à pointer ce qui est neuf et nouveau. Dieu se sert de nous pour attester que le Dieu d’Abraham est aussi celui qui suscite Jésus le Christ pour un grand et vaste renouvellement au service des autres et du monde.
Dieu nous accompagne dans le changement et le renouvellement de notre monde.

vendredi 30 novembre 2012

Temps de l'Avent : Prépare, réconforte, proclame...

Lecture : Esaïe 40, 1-13 et Marc 1, 1-8

Réconfortez, réconfortez mon peuple, dit votre Dieu.

Dans le désert… une voix dit : Prépare un chemin pour le Seigneur, relève le vallon, abaisse la montagne afin que la Gloire du Seigneur soit observée, vue et reconnue ; Une autre voix dit : Proclame mais que proclamerai-je ? Tous les êtres de chair sont de l’herbe et leur consistance est comme la fleur des champs, l’herbe sèche la fleur se fane mais la parole de notre Dieu subsistera toujours.

Le temps de l’Avent c’est le temps dit-on de la préparation de la venue du Seigneur. Mais tout cela est bien liturgique et répétitif comme pour nous entraîner à essayer de dire au cœur des fêtes de Noël, l’espérance de l’évangile de Jésus Christ.

En réalité le solstice d’hiver christianisé est devenu le moment de la naissance de Jésus ; aujourd’hui cette venue et ces conséquences sont perdues de vue par nos contemporains et nous voici aux prises avec une nouvelle tentative de proclamer à nouveau une espérance celle de l’Evangile ; et pour cela nous sommes tentés par la stratégie de la rupture : ce que vivent la plupart des hommes et des femmes qui nous entourent, avec cette débauche de lumières et de paillettes, cette course frénétique à la dépense maximum sans doute utile à notre économie nationale mais qui signale davantage encore la distance avec la foi en Christ comme renversement des valeurs. Nous sommes tentés par la stratégie de l’accommodation : au fond nous ne pouvons rien faire, rien dire : laissons faire et faisons ce que nous croyons bon pour nous et notre entourage. Participons mais avec modération et retenue.

Y-a t-il une autre voie à suivre et à vivre, entre la rupture et l’accommodation ?  Y a t-il une manière de nous préparer ou de préparer le chemin du Seigneur qui éviterait à la fois, l’isolement, le quant à soi des purs et de ce qui savent, des croyants véritables et le laxisme ou le relativisme des sans scrupules, prêts à brader l’exigence évangélique aux modes et à l’air du temps ?  

Je crois que les Ecritures nous donnent comme toujours des pistes à suivre, des codes à décrypter, des conseils à vivre, des élans qui nous portent, elles nous aident à ne pas renoncer, à ne pas nous couper des autres, à ne pas nous confondre et nous dissoudre dans le monde. Il s’agit bien de retrouver avec les autres, chez les autres, comme en nous-mêmes, ce qui semblait perdu et comme inaccessible.

La première indication c’est la consolation, le réconfort. Selon un sondage chez nous en France : la religion c’est d’abord un réconfort une consolation. Consolez mon peuple ! Consoler c’est rejoindre une solitude : cum-solatio.  Parlez à son cœur ; Parler au cœur c’est annoncer et vivre de la bienveillance de quelqu’un pour quelqu’un. C’est manifester dans notre vie que le Seigneur, le grand absent du monde, celui à qui, aucune place n’est faite, habite notre vie et se soucie d’elle et du monde. La préparation du chemin du Seigneur, l’évangélisation du temps de Noël c’est manifester que nous sommes, nous-mêmes réconfortez par la foi en sa Parole qui nous dit : je viens, je reviens.

Ici la question n’est pas de rétablir une vérité que les autres ou nous-mêmes auraient oubliée : Noël c’est la naissance de Jésus c’est bien plus que cela :l’attente de la venue c’est le retour c’est la marche c’est la rencontre du Seigneur vers nous et vers les autres. Celui qui était prisonnier revient, celui qui était loin s’approche, celui qui était absent nous croyons qu’il est là ; là où nous ne l’attendions pas, il revient autrement et bien plus que dans nos souhaits et nos désirs maladroits. Oui je crois qu’il faut dire que Dieu est absent du monde pour pouvoir l’attendre en vérité. Voilà notre consolation. La prise au sérieux de son absence est le gage de son attente et de sa venue. Le monde a raison : Dieu  n’est plus là ; mais vivre sans lui, vivre sans l’autre est-ce bien vivre ? Vivre dans la foi vivre de sa consolation et de son réconfort c’est vivre avec.

Dire à nos contemporains qu’ils vivent d’une absence et qu’ils s’agitent car cette absence est difficile et qu’elle suscite tous les élans de générosité éphémères tous les bons sentiments qui animent une quête sans fin vers on ne sait plus quoi ou qui. Dire et vivre car quelqu’un vient enfin apaiser et consoler ; quelqu’un vient à la rencontre de celles et ceux qui fabriquent et produisent d’innombrables relations passagères qui donnent le vertige. Consoler le peuple, consoler mon peuple c’est dire et croire que le vertige prend fin, enfin.

Evangéliser le temps de Noël c’est aussi parler ou prêcher… dans le désert. Je suis frappé de la place du désert dans les textes de Noël et ceux de son annonce. Le désert occupe on le sait dans la Bible une place centrale entre le Jardin initial et la Ville finale ; bien plus qu’une considération géographique il devient le lieu d’une résonance essentielle, d’une rencontre essentielle.

Dans le désert retentit une Parole. Parole et désert vont ensemble. Lorsqu’un juif dit le mot désert "midebar"  il entend si j’ose dire une parole "debar". De même qu’il fallait prendre au sérieux la réalité de l’absence de Dieu pour pouvoir annoncer qu’il vient. De même il faut prendre au sérieux la réalité du désert pour entendre une Parole. Le désert c’est là où ça parle vraiment. Le désert et la Parole qui fait vivre et qui donne un sens au monde, ne font qu’un. L’oasis c’est là où l’on discute. Un livre de la Bible s’appelle Désert c’est le livre des Nombres, c’est le livre où les hébreux vont se compter pour se rassurer et les traducteurs grecs et latins fascinés par les nombres l’ont appelé ainsi ; mais c’est le livre en même temps où l’on rencontre le plus souvent cette expression : Dieu parla à Moïse dans le désert. D’où son nom hébraïque.

Parler dans le désert – comme Jean Baptiste- est devenu pour nous synonyme de parole vaine, sans effet. Evangéliser Noël c’est laisser enfin parler la Parole qui vient du désert. Préparer le chemin du Seigneur c’est faire désert en nous. Non pas faire retraite et nous retirer, mais plutôt nous laisser envahir par la voix du désert où l’essentiel est enfin à sa place.

Le désert n’est pas toujours là où on le croit, il n’est pas toujours loin mais parfois tout prêt : notre vie ressemble parfois à un désert sans Parole, le monde et son agitation peuvent être comparés à un désert sans Parole ; Je suis frappé du bruit, de la sonorité de nos villes en particulier en ce temps de préparation de fêtes, du bruit surajouté dans les rues et les magasins toute sorte de musiquettes comme pour rendre inaudible une Parole comme pour empêcher l’acuité la qualité d’une Parole qui annoncerait une vraie bonne nouvelle celle de la venue de l’absent, celle de celui qui manque au sein du grouillement et de l’agitation des foules.

Croire en celui qui vient c’est passer par le désert. Le désert c’est le lieu nécessaire de la Parole qui fait vivre. Retrouver en nous le désert positif celui où l’on peut enfin entendre. Dire et montrer à nos contemporains qu’ils vivent dans un désert ce n’est pas juger ce monde c’est atténuer tous les bruits qui ne sont vraiment pas importants afin d’écouter enfin sans peur du vide ; c’est dire le cadre où une Parole de vie et d’espérance pourra retentir.  

Dire une consolation possible et vivre de cette consolation, Dieu vient : retrouver la vie du désert celle de la rencontre et celle de la tentation, entendre à nouveau une parole au sein de tous les bruissements du monde et enfin reconnaître la beauté, la simplicité et fragilité de ce que nous sommes.

 Que proclamerai-je ? Tous les êtres de chair sont comme de l’herbe, qui sèche même la fleur se fane peut importe. Nous ne sommes pas au centre. Malgré tous les efforts pour être importants nous sommes comme de l’herbe. Ce qui n’est pas rien d’ailleurs. Même dans le désert il y de l’herbe importante. Ceux qui se sentent piétinés et que l’on piétine : leur dire qu’ils ont leur place et que tous les êtres sont comme de l’herbe. L’herbe c’est la vie possible ; Que la terre, dit Dieu, se couvre d’herbe qui rend féconde sa semence, premier élément terrestre de la création. Oui de l’herbe pour servir à autre chose que nous-mêmes. Pour la joie et la vie des autres créatures. Pour mettre en valeur cela seul qui dure une Parole qui subsiste éternellement. Au sein du provisoire et de l’éphémère qui nous entourent nous pouvons croire enfin en ce qui demeure. Non pas nous-mêmes, non pas nos œuvres ni nos paroles mais être suffisamment dépouillés et simples pour accueillir celui qu vient.  Evangéliser la préparation de la fête c’est dire à chacun et à tous, notre condition devant Dieu. Notre condition devant les autres nous passons notre temps à la justifier à la valoriser. Recevoir avec reconnaissance notre condition d’être simple et fragile mais vivant devant Dieu voilà désormais l’essentiel. Nous vivons dans le grand théâtre du monde nous y jouons notre rôle plus ou moins bien ; Dieu se plaît à regarder la pièce que nous jouons, il nous en propose une autre, celle de l’histoire d’une rencontre avec lui qui devrait rendre éblouissante et plaisante toutes celles que nous jouons devant les hommes. 

Oui en ce temps de l’Avent il est encore temps d’attendre sa venue non plus de façon répétitive et liturgique mais avec l’élan renouvelé de notre foi. Le Seigneur absent, vient à notre rencontre c’est notre consolation et celle du monde. Il nous propose une rencontre dans un désert digne de ce nom ce lieu de retentissement de sa Parole, celle qui dure. Il nous prend comme nous sommes ni plus ni moins comme de l’herbe qui fleurie et qui se fane mais qui est utile et importante pour d’autres.

Le prophète Jean Baptiste résume bien notre condition d’enfant de Dieu il nous rappelle avec instance qu’au milieu de nous et non pas ailleurs, se tient quelqu’un que nous ne connaissons pas vraiment et qui veut nous rencontrer afin que nous puissions partager sa Parole et son amour avec tous ceux qui font du bruit et qui s’agitent.    

Parole de consolation,

Parole du désert,

Parole fragile, qui vient me rejoindre.

samedi 24 novembre 2012

Le livre ou l’histoire de Ruth...

Chapitre 3 par exemple :

1  Noémi sa belle–mère lui dit : « Ma fille, n’ai–je pas à chercher pour toi un état qui te rende heureuse ?

2  Et maintenant, n’est–il pas notre parent, ce Booz avec les domestiques de qui tu as été ? Le voici qui vanne l’orge sur l’aire cette nuit.

3  Lave–toi donc, parfume–toi, mets ton manteau et descends sur l’aire. Mais ne te fais pas connaître de cet homme jusqu’à ce qu’il ait achevé de manger et de boire.

4  Quand il se couchera, tu sauras le lieu où il se couche : arrive, découvre ses pieds et couche–toi. Lui t’indiquera ce que tu auras à faire. »

5  Elle lui dit : « Je ferai tout ce que tu m’as dit. »

6   Elle descendit donc sur l’aire et fit tout à fait comme le lui avait commandé sa belle–mère.

7  Booz mangea et but, et son coeur fut heureux ; et il vint se coucher au bord du tas. Alors elle vint furtivement, découvrit ses pieds et se coucha.

8  Puis, au milieu de la nuit, l’homme eut un frisson ; il se pencha donc en avant : voici qu’une femme était couchée à ses pieds !

9  « Qui es–tu ? » dit–il. Elle dit : « C’est moi, Ruth, ta servante. Epouse ta servante, car tu es racheteur. »

10  Alors il dit : « Bénie sois–tu du SEIGNEUR, ma fille. Tu as montré ta fidélité de façon encore plus heureuse cette fois–ci que la première, en ne courant pas après les garçons, pauvres ou
      riches.

11  Maintenant donc, ma fille, n’aie pas peur. Tout ce que tu diras je le ferai pour toi. Car tout le monde chez nous sait bien que tu es une femme de valeur.
 

 
L’abondance au passage des frontières….

L’homme frissonna. De froid, d’effroi, d’émoi. Il se tourna : et voici qu’une femme était couchée à ses pieds ! L’histoire est sublime, sobre mais de feu, toute de sensualité - des corps qui se découvrent - mais accordée à la pudeur - un tact de l’âme. Peut-on exprimer plus en disant moins ?

            La scène de nuit raconte un temps complet et une pointe du temps. Elle pourrait être une métonymie de tout le récit, contenir et déployer ce dont Noémi est le nom : ma douceur, ma grâce. L’histoire a commencé par une inversion et la grâce passe par une étrangère. Noémi est revenue amère des champs de Moab qui l’ont nourrie en période de famine mais lui ont dévoré ses hommes, époux et fils. La Juive exilée est de reste dans cette désolation : une peau de chagrin. En surplus cependant l’une de ses belles-filles, Ruth, l’étrangère, se fait compagne sur le chemin du retour, et comme retournée elle aussi du pays du malheur, offre une douceur de réserve au début de la saison des orges, présage source et ressources. Elle prend le relais, signifie un désir de vie, de jour a l’initiative et glane, de nuit se laisse conduire, accepte de s’exposer comme un épi sur le lopin de terre à racheter. A l’image de la jeune femme, le récit a un charme naturel, cultivé aussi, une élégance : de la grâce. Par son chant, la grâce de Dieu, son amour solidaire, sa bonté qui veille, s’écrit en minuscules dans les histoires humaines ; elle se joue dans la fidélité, l’acte de piété par excellence, et trouve ainsi grâce aux yeux d’autrui. Grains et corps, nourriture et filiation circulent en cette histoire qui raconte l’humain, pense les alliances, travaille aux frontières. Les deux registres élémentaires de la vie, se nourrir et s’épouser, superposent leurs figures et parfois les échangent,  pour traverser les distances, inventer aux oppositions du réel une médiation heureuse. Comme la nourriture est apprêtée, au repas des moissonneurs où la glaneuse est conviée - pain, vinaigrette, épis grillés -, le corps s’apprête pour la nuit de la rencontre - la peau est lavée, parfumée, revêtue. Et dans la réponse, la rondeur du châle où Booz a versé le grain, en abondance, à l’aube encore tiède où les formes restent floues, parle déjà, en secret, d’enfant.

            Au milieu de la nuit, à l’extrémité d’un tas d’orge, un frisson court à fleur de peau. L’homme s’éveille et découvre à ses pieds découverts une femme qui désire l’aile de son manteau pour la couvrir tout entière. Deux corps s’effleurent en leur frontière, la peau. Deux entités se touchent à travers eux, Israël, terre du Dieu roi, et Moab, antique contrée des filles de Lot qui ont extorqué à leur père ivre, en son sommeil, une descendance. Ruth rejoue le scénario autrement, elle qui a quitté père et mère, et pays natal, elle en qui Booz a reconnu ainsi une fille d’Abraham. Le récit ouvre-t-il une trace à la grâce dans les histoires d’inceste ? En tout cas, le frisson sépare la nuit en deux, il prélude à la reconnaissance. Une parole se lève dans le corps à corps, un dialogue s’instaure, l’admiration modèle la tendresse, l’estime se fait jour dans l’inégalité même et se montre réciproque. L’homme de valeur, le parent puissant qui peut racheter, n’est pas guerrier conquérant, il est celui qui reconnaît la femme de valeur. Sous le désir il déchiffre la loyauté et y accorde la sienne, il accueille le don mais respectera le droit. En un contrat social, il honorera la surabondance : elle se dévoile dans l’intimité mais fait passer les ponts.

dimanche 11 novembre 2012

dimanche 4 novembre 2012

Pierres Vivantes ...c'est Vous !

 Culte au temple de Libourne le 4 novembre 2012


Lire aussi : Josué 4, 9-24 – Actes 6, 1-7 et 7, 55 à 8,1.

 1 Pierre 2, 4-10 : « Vous aussi vous êtes comme des pierres vivantes ! Entrez dans la construction de la maison habitée par l’Esprit »

Depuis que l’humanité a quitté l’âge de pierre, elle n’a pas cessé de construire, d’édifier, de construire. Le travail de la pierre, son usage, sa complexité ont été les signes visibles d’une humanité qui s’est développé en construisant et en détruisant. La pierre c’est ce qui permet l’édification et en même temps ce qui permet la destruction : pierre sur pierre jusqu’à la pierre d’angle c’est le sommet de la construction et le caillou de la fronde comme le boulet du canon ou de la bombarde sont les premiers éléments les premières armes de la guerre. Il est un temps pour tout,  disait le sage : « un temps pour amasser des pierres et un temps pour lancer des pierres ».

Les pierres sont anciennes ; les grandes civilisations d’Assour à Babylone, des statuts géantes de l’Asie en passant par les ziggourats babyloniennes ou les pyramides d’Egypte , les routes, les arcs de triomphe, les aqueducs romains sont notre héritage direct comme le sont aussi les théâtres ou les amphithéâtres grecs ; la vie des hommes est lisible dans les pierres.  Pensons à la chute des tours jumelles à New York !

On pourrait dire que nos cultures et civilisations bien au-delà de nos individualités de nos personnes, sont de vastes lithographies c’est à dire littéralement des écrits sur de la pierre ou bien encore des pierres écrites. Même si nous ne les comprenons pas toujours comme les pierres dressées et sculptées de la civilisation celtique par exemple.

Dans cette permanence et cette priorité de la pierre construite détruite et reconstruite, apparaît le désir des hommes de se montrer, forts et puissants et en même temps signifier qu’il est utile important et nécessaire de durer. La pierre dans toutes ses manifestations apparaît comme le signe d’une espérance et d’une forme d’immortalité ou comme un gage contre l’oubli, un signe de mémoire, ce que deviendra ensuite le mémorial. Malgré l’usure ces monuments sont l’expression d’une volonté d’être là longtemps comme signe et gage de vérité ; les cathédrales qui deviennent des lieux de visites sont de cet ordre, un témoignage d’une foi d’une histoire passée et qui viennent à notre rencontre.

Le peuple d’Israël est probablement le seul peuple ancien qui n’est pas visible dans ces constructions et ces monuments. Comme s’il n’avait pas tout misé sur ce genre d’apparence ! Le mur du temple est particulièrement récent il est surtout symbolique et n’est pas un vrai monument : il ne se compare pas aux pyramides d’Egypte. Même si « un jour dans tes parvis en vaut mille ailleurs » et même si dit le psalmiste déjà : « j’ai choisi de rester  au seuil de la maison de mon Dieu et de loger sous la tente des infidèles » (Ps. 84,11) Le peuple d’Israël comme les autres a été fasciné par la capacité constructrice des hommes :  de Salomon en particulier discutant avec la reine Saba.

Mais la destruction a été plus forte et a été fondatrice de nouvelle  identité de nouvelle manière de vivre ensemble ; non plus autour ou dans le temple mais autour et dans une parole à lire à comprendre à prier à vivre.

Le Seigneur lui seul est mon rocher, ma forteresse, ma citadelle, mon asile protecteur.

On pourrait dire encore que la captivité égyptienne était celle de l’épreuve de la pierre à construire à édifier pour la gloire du pharaon ; casser des cailloux a toujours et partout signe d’humiliation du vaincu pour construire la gloire du vainqueur. Le peuple d’Israël ne se remettra jamais vraiment du souvenir reconstitué de cette épreuve de la dureté et il sera sera toujours présent.

De plus et comme pour renforcer ce souvenir difficile les tables de pierres celle de la loi divine directement écrite devront être brisées et détruites comme pour dire que cette loi fondatrice est gravée ailleurs que dans des pierres mais dans des vies dans des cœurs dans des histoires personnelles et communautaires. Bref, même les parvis, les degrés, les colonnes, les murs impressionnants, de tout cela, il ne restera pas pierre sur pierre.

"Tu es Petros et sur cette Pétra, c’est le latin de roc et rocher, j‘édifierai mon église" (Matth 16,18) Non pas je pétrifierai mon église, ni sur un trône ni dans un tombeau ; mais je la rendrai vivante comme le miracle d’une pierre vivante. Mon Eglise ne sera pas de pierre car elle risquerait de se lézarder sans cesse.

Etrange aventure de ce mot et cette réalité de la pierre. Jésus va s’en servir pour dire une nouvelle loi ou pour renouveler la loi de Dieu ; vous pouviez lapider et bien désormais c’est fini. Que celui d’entre vous qui est sans pécher lui jette la première pierre ! et le cercle se brisa et ils partirent les uns après les autres en commençants par les plus vieux. Et lui écrivait sur le sol (Jean 8, 1-11.) sur la poussière du sol…

Jeter des pierres non plus du faible vers le fort pour se libérer comme David à l’égard de Goliath, mais jeter des pierres par les forts vers le faible : jeter des pierres comme les gardiens du temple de la foi et de l’orthodoxie en jettent toujours et partout,  vers celui et ceux qui osent dire et faire une réalité, une parole et un geste nouveau. Ce sera par exemple, le meurtre d’Etienne le premier martyr ; ce sera l’approbation de ce meurtre par Paul ce sera son écharde à tout jamais au cœur de sa vie et de son corps.

Toujours une histoire de pierre. Qui nous ôtera la pierre, non seulement celle du tombeau qui nous empêche d’approcher du corps mais aussi la pierre qui pèse sur notre vie. Notre pierre, ce poids qui est là en nous et qui nous plombe disons-nous parfois. Le Seigneur, le Père, Dieu lui-même, vient ôter la pierre, trop lourde ; comme si quelqu’un était l à toujours là pour nous aider à remonter la pierre, pour la porter avec nous, tels de nouveaux Sisyphes ; pour la supporter, pour la remplacer par une autre peut être moins lourde.

Les pierres dressées par Josué au début de la conquête à Guilgal et cercle qui deviendra la Galilée, les 12 pierres dressées sont devenues vivantes ; elles se sont animées ; on pourrait dire qu’elles sont devenues les 12 fils les 12 tribus, les 12 apôtres, les premiers témoins de la foi à l’œuvre et en marche. Elles n’ont pas été transportées, adorées, elles n’avaient en elles-mêmes ni beauté ni prestance pour attirer nos regards ; elles étaient des signes, des réalités à imiter, des objets inanimés qui soudain avaient une âme, une vie pour la vie de l’autre et des autres.

L’image est étonnante : la pierre vivante. Il est plus usuel que les hommes soient transformés en pierre en statue pour qu’on ne les oublie pas. Ils sont morts et pétrifier propice parfois à l’adoration des autres.

Pierre et c’est un comble que ce soit uniquement Pierre l’apôtre ou son Eglise qui nous parle lui, de tout le contraire : « Approchez-vous de lui la pierre principale rejetée par les hommes mais choisie par Dieu, elle est précieuse ».

Devenez comme des pierres vivantes ! Ne devenez pas un poids lourds et morts  pour les autres mais soyez bien vivants !

Vous avez votre place, quelque soit votre forme voter compétence votre assurance votre foi, pour être un témoin actif et vivant de la construction commune ; ne méprisez pas les pierres, vous en êtes une ; observée votre place : où êtes-vous, du côté de la fondation, dans les murs qui ne se voient guère, du côté des façades, du côté du sol peut-être bref, il est sans doute possible de changer de place de faire l’expérience d’une nouvelle fonction d’un nouveau service.

Non pour la gloire de l’édifice, non pour la gloire des autres pierres, mais pour la seule gloire de la vraie pierre celle qui nous fait tenir tous ensemble pour que d’autres se sentent à leur tour pierres vivantes ; c’est dire témoins qui durent et s’usent mais attestent que la construction est en nous au service des autres pour les aider à porter et supporter ; grâce à Celui qui sans cesse est là pour transformer nos cœurs de pierres en cœurs de chair.

Pour nous aider à passer de la dureté qui est en nous, celle de notre cœur, de notre foi de notre regard à la miséricorde et à la compassion. Pierre dira : « vous qui n’aviez pas obtenu miséricorde mais qui maintenant avez obtenu miséricorde » !  Vivez de cela !  L’Eglise de Jésus Christ n’a besoin d’aucun objet d’adoration d’aucune personne supérieure aux autres d’aucuns lieux sacrés ou magiques.

L’Eglise de Jésus Christ a besoin de tous et de chacun c’est une communauté où personne ne peut dire : on n’a pas besoin de moi ; car nous sommes tous et chacun des pierres vivantes belles et plaisantes aux yeux de Dieu, qui crient et annoncent l’espérance et l’amour possible en ce monde.

Nous ne sommes pas là pour partager des pierres, mais le repas du Seigneur. Souvenez-vous : « si quelqu’un te demande du pain, quel est celui parmi vous qui lui donnera une pierre » ? (Matthieu 7,9) Le Christ invitant n’est pas pétrifié, il devient pour nous une puissance de partage.


jeudi 1 novembre 2012

Le lien de la mort et de la vie ?

Job 19 :

23 Ah ! si seulement on écrivait mes paroles, si on les gravait en une inscription !
24  Avec un burin de fer et du plomb, si pour toujours dans le roc elles restaient incisées !
25  Je sais bien, moi, que mon rédempteur est vivant, que le dernier, il surgira sur la poussière.
26  Et après qu’on aura détruit cette peau qui est mienne, c’est bien dans ma chair que je contemplerai Dieu.
27  C’est moi qui le contemplerai, oui, moi ! Mes yeux le verront, lui, et il ne sera pas étranger. Mon coeur en brûle au fond de moi.
« Moi je sais que mon Goël « rédempteur » est vivant… »
 
Jean 5, 24 :
 
En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle ; il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie.
 
 Aucune religion n’échappe aux questions et aux réponses concernant l’au-delà, l’après. Comme chacun est concerné, pour lui-même comme avec ses proches, chacun apporte fortement et clairement ou timidement ou même en silence, des éléments de réponses à cette interrogation légitime, celle de l’après.
Au fond ce qui compte c’est l’avant et l’après ; et il faut bien dire que l’on s’est souvent servi de l’après pour justifier pour supporter le présent : les religions en ce sens ont été l’opium des peuples au sens où elles ont permis de justifier tous les malheurs et les crises dans l’espérance de jours meilleurs. La récompense, au futur a été un moteur pas toujours efficace d’ailleurs, de l’histoire. Lorsqu’on choisit la mort comme avec les terrorismes par exemple on espère des récompenses vitales dans le paradis, dans un au-delà. La conception de l’au-delà comme possibilité réparatrice du présent est une projection commode mais stérile ; elle peut être aussi un délire mystique qui ont conduit tous les illuminés chrétiens au martyr pour la bonne cause : comme pour hâter « un plus prés » de toi seigneur !
 
Sans aller parcourir les religions anciennes, il se trouve que dans la société civile il en est de même, l’au-delà s’est échappé du présent, le monde magique celui des sorciers, ou bien les autres mondes galactiques sont des manières relativement nouvelles de parler de l’au-delà.
 En Israël, au temps de Jésus, il y a débat et il y aura toujours débat. Certains croient en la résurrection des morts d’autres non. D’ailleurs peu de textes bibliques pour parler de cela, ce seront des textes tardifs et apocryphes qui s’en chargeront. La question de l’au-delà ne va pas de soi et heurte le réalisme, l’incarnation de l’action de Dieu dans l’histoire et dans la vie des hommes. Le Dieu d’Israël est dans la réalité lorsqu’on attend ou espère en l’avenir on voit plutôt une naissance dont on devient le père  ou la mère ou un bout de terre dont on devient l’acquéreur ou le gestionnaire.  L’avenir est un avenir terrestre pour nous ou pour nos enfants ou nos descendants ou nos alliés.
 
Que dit alors l’Evangile ? Dieu est le Dieu des vivants ; les chrétiens restent    fidèles à l’ancienne compréhension hébraïque ; la vie c’est plus que tout, c’est la valeur et la richesse ultime. Oui en ce sens là il y a résurrection comme un surgissement. Il y a résurrection en chaque vie, en chaque moment de l’existence.
La vie c’est aussi la dépendance totale à l’égard des autres comme de Dieu. Devenir en permanence, humain c’est attester ce primat de la vie donnée et reçue plus grande et plus forte que toutes les forces de la mort.
Ce n’est plus la lutte entre la vie et la mort comme le bien contre le mal ;  c’est une sorte d’affirmation que la vie est toujours là et sera toujours là car il y aura toujours quelqu’un de vivant qui devra s’occuper de la réalité de la mort ; seuls les vivants, au fond, s’occupe bien des morts.
Seuls des vivants s’occupent bien ou plus ou moins bien des lieux et des souvenirs ; c’est ce que l’on voit en ce moment dans les cimetières où le commerce de la fleur d’or témoigne d’une vie bien réelle et où le caractère incorruptible de l’or attesté par le chrysanthème s’oppose au caractère corruptible du corps enseveli.
Les évangiles disent aussi : il n’y a pas continuité entre le monde des hommes et le monde de Dieu : il y a rupture. Ce qui vaut aujourd’hui n’a pas cours dans l’au-delà ; c’est la raison pour laquelle toute description et tout calcul pour maîtriser le monde Dieu n’a aucun sens. L’avenir l’au-delà ne dépend pas de nous c’est bien le monde et la responsabilité de Dieu seul ; au fond nous n’y  pouvons rien, ni assurance ni contrôle ni maîtrise. La vie, l’existence humaine n’est ni un destin, une fatalité mais plutôt la possibilité d’une préoccupation des moments de la quotidienneté et un essai dé-préoccupation de l’au-delà.
Nos calculs et nos pronostics ne sont pas les calculs et les probabilités de Dieu.
Mais en disant cela L’Evangile ne répond pas complètement à la préoccupation métaphysique des humains. Mais est-ce bien utile de répondre ? Il faudra sans doute l’entendre cette préoccupation et trouver des mots pour l’exprimer et l’apaiser parfois.
« Moi je sais que mon Goël rédempteur est vivant… »
« Celui qui écoute ma parole et croit en Celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle… »
  • Job d’abord et Jean ensuite. Job sait de quoi il parle, il sait ce qu’il est en train de vivre. Il est l’humain, l’archétype humain dans sa radicalité. Pour lui, la mort ce n’est pas seulement après c’est bien au cœur de sa vie ; dans son corps, et dans son cœur dans ses oreilles, car il doit subir les bons discours de ses amis, qui expliquent et justifient ce qui lui arrive. Job est assailli de maladies mortelles et il est assailli par toutes sortes de croyances et les religions qui viennent dire leur solution, leur réponse.  
Au fond les traditions bibliques n’exposent pas de façon systématique et organisée ce que serait le dogme à croire à accepter au sujet de l’au-là. Il n’y a pas un condensé un résumé des réalités qu’il faudrait accepter et croire. Les Ecritures comme toujours comme pour nous aider de façon humaine et divine à la fois, nous raconte une histoire ; comme si le récit valait mieux que des articles de foi ; comme si l’histoire disait à sa manière un aspect particulier qu’il est intéressant de recevoir non pour croire dans l’après mais pour espérer pour aujourd’hui et sans doute demain.
 Dans sa souffrance et dans sa mort qui gagne sans cesse, le personnage de Job ne croit pas, il sait ; il sait que Dieu est vivant. Qu’il n’est pas mort, lui. Lui va sans doute mourir mais sa certitude pour l’au-delà c’est encore la présence d’un Vivant. Il sait que son Goël son défenseur, son aide, son avocat : le Nouveau Testament avec Jean dira son Paraclet ; il sait la présence non l’absence ; il sait la réalité d’une personne vivant et non la présence de la mort représentée. Il sait qu’il aura un entretien, une rencontre, il sait qu’il va au devant d’une parole avec sa parole mortelle et souffrante. Il est bientôt sans parole, il va rencontrer une parole non plus explicative et justificative mais une parole présente, une parole de Celui qui est là, Dieu lui-même comme la présence d’une Parole.
·         Jean aussi est là. La vie éternelle est un présent sous la forme d’une parole qu’il s’agit d’écouter et de recevoir et sous la forme d’une foi, d’une confiance en quelqu’un qui a envoyé quelqu’un d’autre. Jésus lui-même n’est pas une fin en soi il n’est pas l’ultime qui réside en celui qui l’a envoyé.
 
Ici nous trouvons l’affirmation centrale celle de la foi en celui qui a un projet pour quelqu’un. Dieu a un projet pour lui comme pour moi comme pour toi. De même qu’il y a toujours un semeur qui sortira pour semer de même il y a toujours quelqu’un qui a un projet pour quelqu’un d’autre. La présence du projet c’est Dieu lui-même qui a un projet pour moi comme il a un projet pour chacun comme il a un projet pour Jésus le Christ.
 La relation entre le Père et le Fils dans l’évangile de Jean va dire de façon continue, que la relation et la dépendance sont essentielles dans la transmission de la vie comme dans la transmission d’une Parole de Vie. L’écoute de la Parole et la relation avec celui qui envoie sans cesse fait passer de la mort à la vie.

Voilà une espérance nouvelle, neuve et simple comme une source d’espérance : il y a toujours quelqu’un pour nous, pour moi comme pour toi. Ces remarques de Jésus dans l’évangile de Jean se situe entre le signe de Cana et la multiplication du pain qui sera appelé le Pain de Vie.  Il y a toujours quelqu’un visible ou invisible qui s’occupe des convives, qui renouvelle les habitudes, qui donne en abondance et qui partage sans modération !
 
 
Notre visite des cimetières peut se faire de manière simple et tranquille ; se souvenir n’est pas un détail de notre vie mais sans doute une réalité essentielle. Si nous nous souvenons nous pouvons croire aussi que Dieu se souvient de nous.
Notre vie comme notre mort sont et seront dans la mémoire de Dieu lui-même ; c’est sans doute aussi l’au-delà. Etre tourné vers et croire en celui qui a un projet pour nous et qui nous adresse une Parole de Vie ; croire qu’il est le Vivant quoiqu’il arrive, reste notre seule et ferme espérance ; tout le reste, tout ce qu’on raconte, tout ce que l’on fabrique, toutes les descriptions des religions ne sont que littérature plus ou moins bonne !
Le pain et le vin de la Cène restent les signes les plus réalistes d’une vie et d’une mort dans lesquelles réside à tout jamais une espérance pour le temps et pour l’éternité.