jeudi 13 septembre 2012

Qui suis-je au dire des humains ? Et vous qui dites-vous que je suis ?

Lecture de l'évangile selon Marc ch. 8 :



27  Jésus s’en alla avec ses disciples vers les villages voisins de Césarée de Philippe. En chemin, il interrogeait ses disciples : « Qui suis–je, au dire des hommes ? »

28  Ils lui dirent : « Jean le Baptiste ; pour d’autres, Elie ; pour d’autres, l’un des prophètes. »

29  Et lui leur demandait : « Et vous, qui dites–vous que je suis ? » Prenant la parole, Pierre lui répond : « Tu es le Christ. »

30  Et il leur commanda sévèrement de ne parler de lui à personne.

31  Puis il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite.

32  Il tenait ouvertement ce langage. Pierre, le tirant à part, se mit à le réprimander.

33  Mais lui, se retournant et voyant ses disciples, réprimanda Pierre ; il lui dit : « Retire–toi ! Derrière moi, Satan, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

34  Puis il fit venir la foule avec ses disciples et il leur dit : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui–même et prenne sa croix, et qu’il me suive.

35  En effet, qui veut sauver sa vie, la perdra ; mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Evangile, la sauvera.

Qui suis-je au dire des humains ? Et vous qui dites-vous que je suis ?


Ces questions retentissent au centre de l’Evangile : la confession de Pierre : Tu es le Christ de Dieu, fait charnière ; elle pointe un avant, celui de l’enseignement et du compagnonnage de Jésus qui aboutit à cette affirmation si forte et un après où s’inaugure le temps du don de l’ultime et de la passion. Cette même question a deux destinataires : les foules et vous les disciples : les réponses données semblent étranges et problématiques : les réponses données des foules se perdent dans le silence de Jésus  celle donnée par Pierre provoque sa réprobation. 

Combien il eût été plus facile, si Jésus avait dit clairement qui il était. Combien ce serait mieux si c’était clair ! Si Dieu se manifestait avec éclat et de façon évidente pour tous, alors il n’y aurait  plus de problème. J’entends souvent ces objections  qui veulent voir et rendre clair la présence de Dieu.

Des gens ont vu et entendu  Jésus pendant un, deux ou trois ans, dans un petit pays, à leur côté et il pense qu’il s’agit de son cousin Jean Baptiste ou bien un prophète des temps jadis. Ils ont vu Jésus agir tellement de façon vitale tellement au petit et grand soin à l’égard des autres, qu’ils pensent qu’il est un ressuscité, d’une sorte de revenant. Jésus reste une question qui appelle des réponses. Si Jésus avait dit un jour : voilà qui je suis ! On n’en parlerait plus vraiment. Tous ceux qui se sont définis eux-mêmes sont peu intéressants pour les autres. Mais dit-on vraiment cela ? Peut-on vraiment se dire soi même ?  Notre carte d’identité dit-elle vraiment qui nous sommes ? Notre réputation bonne et mauvaise à la fois, les rumeurs, les on-dit décrivent –ils bien la réalité d’une personne ordinaire et complexe.

Ceci fait penser aux enfants à peine nés chez qui on cherche à tout prix à retrouver les yeux du père, le nez de la grand-mère et les colères de l’oncle, sans voir qu’on l’enferme un peu vite dans des ressemblances qui ne disent rien en fait de ce qu’il sera, lui. Et s’il était autre chose que des petits bouts de tous ceux qui l’ont précédé ? Et si une personne était toujours plus compliquée qu’une définition ou une ressemblance, plus difficile à saisir qu’un objet que l’on étiquette ? Alors,  Jésus a peut-être à voir avec ses illustres prédécesseurs, et pourtant il ne se résume pas à ces références. Il est autre que le duplicata de ce qui s’est passé dans l’histoire de sa famille et de son peuple.

Nous ne serons jamais bien placés et qualifiés pour dire, qui nous sommes. Ce sont toujours les autres qui, à des moments très particuliers de notre existence, des moments de relation en particulier, pourront dire sans doute un aspect de ce que nous sommes pour eux ; non pas ce que nous sommes en vérité, en soi  mais ce que nous sommes pour eux pour elles. Nous sommes le produit de quelqu’un d’autre ; les autres sont là grâce à Dieu pour nous dire dans la joie et la reconnaissance comme dans la douleur et le rejet ce que nous sommes et ce que nous sommes pour eux.

Mystérieusement, il en est de même pour le Christ comme pour Dieu. Toute définition  est une faute car elle nous laisse croire que nous avons Dieu à notre disposition. Nous sommes appelés à dire sans doute ce qu’il est au delà des clichés.

Aussi il me paraît utile de considérer encore ce matin cette distinction que l’on trouve dans l’Evangile, entre la question de l’identité du Christ adressée aux foules et la même question adressée aux disciples. Nous sommes à la fois et selon les moments : comme les autres humains et en même temps comme des disciples.

Qui suis-je aux dire des hommes ? Depuis le début de l’histoire du christianisme cette question à reçu toutes sortes de réponses :

Jésus a été considéré comme un maître de sagesse, pour celles et ceux qui étaient particulièrement réceptifs à ses paroles de vie, à ses élans de méditations dans le sermon sur la montagne dans les béatitudes ou les paraboles. Si l’on veut méditer sur l’existence humaine sur le sens de la vie et des relations avec les autres il y a sous cet aspect de la matière.

Jésus a été considéré comme un thérapeute, un guérisseur, par celles et ceux qui sont attentifs au fait que la plupart de ces gestes et de ces paroles concernent effectivement le corps et les relations inter-personnelles.

Jésus a été considéré comme un révolutionnaire dans son rapport difficile avec le judaïsme de son temps, dans la subversion qu’il a apporté et manifesté dans le rejet des codes et règlements qui écrasent ; dans sa recherche et son affirmation d’un idéal de justice et d’amour dès ici-bas avec sa grande méfiance à l’égard des personnages de pouvoir civils ou religieux.

Jésus a été considéré comme une figure éminente dans la longue liste des martyrs des suppliciés injustement condamnés, en quelque sorte sacrifiés sur l’autel de la raison d’état ou d’une politique religieuse douteuse.

Jésus a été considéré comme le fondateur de la laïcité car personne mieux que lui ne l’a définie aussi bien en disant qu’il fallait rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César. 

Je pourrais et vous aussi continuer cette liste qui, comme celle que lui rapporte les disciples : en l’identifiant à Jean Baptiste, ou à Elie, ou à un prophète d’autre fois, n’est ni fausse,  ni juste. Une liste devant laquelle Jésus ne s’exprime pas et ne s’explique pas. Comme si c’était un passage nécessaire comme si il fallait en passer par là au moins pour commencer.

Une liste qui dit la personnalité multiforme de Jésus vue par d’autres ; une personnalité si riche que rien ne convient vraiment si ce n’est de venir au devant de nos envies de nos souhaits de nos goûts comme pour mieux les reconnaître et  sans doute mieux essayer de les vivre. Sous cet angle aussi Jésus n’est pas un personnage d’abord enfermé dans le cercle étroit de la religion et du sacré.

 Dans la présentation de la vie de Jésus par les témoins qui ont écrit les évangiles, au fond qu’est-ce qui nous intéresse ? Est-il un modèle d’identification dont nous rêvons, que nous souhaitons, que nous attendons ou espérons comme au premier regard, comme au premier degré ? Sa personnalité vue par d’autres, vient nous rejoindre, nous rencontrer, hors du temple, hors de la religiosité et du sacré qui sont pour lui plus un carcan qu’une liberté.

Et vous –disciples- qui dites-vous que je suis ? Quelqu’un parle souvent pour les autres c’est la fonction de Pierre. Encore que d’autres diront des choses autrement, tout au long de leur travail d’annonce de l’Evangile.

Pierre dit sans comprendre vraiment. Tu es le Christ le messie, celui qui doit venir et qui est attendu mais tellement inattendu que ce n’est pas le moment d’en parler. Un Dieu lié à une croix ou de manière plus symbolique un Dieu qui va rencontrer d’abord celles et ceux qui sont chargés comme lui d’un poids trop lourd : voilà le messie qui approche la réalité du Christ de Dieu. Un messie qui ne fait pas rêver à des lendemains qui chantent, mais un messie qui se présente non sous son meilleur jour, non en étalant ses réussites mais en venant faire histoire, faire un bout de chemin avec les chargés et les fatigués de la vie et de l’histoire. 

Nous nous présentons sous notre meilleur jour ; il n’en est pas ainsi pour Jésus le Christ de Dieu, selon Pierre qui est en train de découvrir cela.. Il n’a pas essayé de combler les vides et nos insuffisances. Il vient les visiter. La religion de son temps est comprise voire vécue comme ce qui vient palier à notre faiblesse ; la foi est censée nous rendre plus fort. Un grand nombre de croyances et de pratiques spirituelles diverses s’accrochent sur ce penchant naturel de l’être humain à boucher les trous de son existence. Il n’en est pas ainsi pour Jésus le Christ de Dieu.

Qui suis-je pour vous ?

Dans ce texte de l’Evangile de Marc, à la suite du Christ, le chrétien est appelé à rencontrer Dieu dans les creux dans les plis de sa vie et non ^pas comme pour combler et boucher les trous de l’existence !


Et parce que nous savons qu’il nous nous a déjà sauvés, que nous avons déjà tout gagné, nous n’avons plus peur de perdre. Nous sommes libres d’être hommes et femmes, vivant avec nos plénitudes et nos solitudes ; avec nos richesses et nos faiblesses.

Une de nos tâches au cœur de ce monde, sera de sauvegarder un peu d’espace, un peu d’incertitudes, un peu d’histoires, un peu de diversité dans les identités de Jésus, pour le respecter comme il nous respecte ; par exemple en nous invitant à son repas où il est le maître du repas et l’invité où il est l’hôte – celui qui a plusieurs places et plus sieurs rôle, celui qui invite et qui est invité, comme il peut devenir maintenant le maître et l’invité de notre vie. Oui il est vraiment une question qui suscite une réponse ; il est une réponse qui appelle toujours une question.

 BA

mardi 11 septembre 2012

Pensée de la “fin du monde” et apocalyptique : une tension féconde


Le monde grec ne pense pas la fin du monde mais plutôt l’éternité et la stabilité des choses. Au premier siècle de notre ère, l’Empire romain se présente comme le prolongement de cette vision pérenne de la réalité du monde. Dans ce cadre, penser la “fin du monde” apparaît non seulement comme une absurdité mais encore comme une attitude incivique.

1. La Rome impériale ou la foi dans un monde éternel et stable

Dans la Rome “éternelle” du premier siècle de notre ère, rien n’est plus étranger à la mentalité du citoyen que l’idée de “fin du monde”. La période qui s’étend du début à la fin du premier siècle de notre ère, connue sous le nom de Pax Romana — et quoi qu’il en soit des variations locales et conjoncturelles à prendre en compte — cette période peut être qualifiée de nouvelle. Elle se caractérise en effet par une stabilité politique et un essor économique sans précédents dans l’histoire du monde. Rome prolonge l’idéal d’Alexandre le Grand et l’assume avec le pragmatisme qui caractérise la puissance impériale. Le développement des voies de communication, la prospérité économique, le mode de vie du citoyen romain offert aux élites locales conquises, le développement du “culte impérial” comme pensée politique : tout cela constitue en quelque sorte l’aboutissement, dans sa version romaine, de l’idéal d’universalisme et de cosmopolitisme voulu par Alexandre.
Cette période particulière de l’Empire est le premier moment, dans l’histoire du monde, de ce que l’on peut se risquer à appeler une “pensée unique” : aucun autre système ne s’offrant comme alternative à l’administration impériale qui articule à merveille puissance politique et militaire, développement économique et vie culturelle, provoquant l’admiration du plus grand nombre. Les témoignages sont, sur ce point, éloquents. Contentons-nous, à titre d’illustration, d’en citer deux sélectionnés parmi beaucoup d’autres :
- En l’an 9 avant notre ère, un décret pris par l’assemblée des délégués des cités d’Asie témoigne de l’impact de la puissance impériale sur les élites locales conquises à l’idéal romain, impact qui trouve son apogée tout au long du 1er siècle de notre ère :

« Puisque la Providence qui ordonne toute notre vie, dans son attention et dans son zèle, a prévu l’accomplissement le plus parfait de la vie humaine en lui accordant Auguste qu’elle a rempli de vertus pour le plus grand bien du genre humain et qu’elle nous l’a envoyé, à nous et à nos descendants, comme un Sauveur, lui qui a fait cesser la guerre et qui a établi l’ordre partout. Et puisque César Auguste, quand il est apparu, a surpassé toutes les espérances, car non seulement il est allé au-delà des bienfaiteurs antérieurs, mais il n’a même laissé à ceux qui viendront après lui aucun espoir de le surpasser, et puisque la date de naissance du dieu Auguste marque pour le monde le début des bonnes nouvelles (en grec : euangelia), pour ces raisons, il a été décidé par les Grecs d’Asie que le nouvel an commencerait dans toutes les cités le neuvième jour avant les calendes d’octobre, qui est le jour de la naissance d’Auguste. »

- À l’autre extrémité de la période qui nous occupe, au début du second siècle de notre ère, Aelius Aristide, rhéteur de langue grecque, s’exclame :
« L’Univers est devenu une cité unique. Le monde entier est en fête. Il a quitté son équipement de guerre pour s’adonner à la joie de vivre. » .

Et de prononcer un
Eloge de Rome qui, dépassant la simple flatterie, s’extasie devant cet empire cohérent à l’administration parfaite qui, comme une « flûte fraîchement nettoyée, n’émet qu’un seul son » et qui obéit unanimement à l’Empereur, « gouverneur suprême,… pourvoyeur de toutes choses » .

Le caractère très consensuel de ces textes traduit assez précisément, non pas la réalité quotidienne de toutes les populations de l’Empire (réalité évidemment plus aléatoire quand on n’appartient pas aux classes privilégiées de la société) mais celle des témoins et acteurs principaux de cette période, à savoir les élites politiques, économiques ou intellectuelles. On comprend que, dans ce cadre là, penser la “fin du monde” apparaît non seulement comme une absurdité mais encore comme une attitude incivique : Rome est “éternelle” : sa stabilité est établie, sa force incomparable, son avenir assuré !

2. L’apocalyptique et la "fin du monde"

Il faut aller, à l’époque, du côté de l’apocalyptique juive pour trouver une pensée de la fin du monde. L’émergence de la pensée apocalyptique juive est habituellement située autour du règne d’Antiochus Epiphane IV qui aboutit à la crise maccabéenne. La pensée apocalyptique apparaît dans cette période de fortes crises où le désespoir et la souffrance sont à la fois physiques et spirituels pour tout ou partie du peuple d’Israël. À travers la pensée et l’écriture apocalyptiques différents groupes “sectaires” à l’intérieur du Judaïsme peuvent exprimer la conviction qu’ils ont encore une histoire, une espérance, un avenir. Malgré les apparences, malgré les “cieux fermés” parce que terminé le temps des prophètes qui transmettaient la parole de Dieu invitant à la repentance et au changement possible, malgré la situation catastrophique et désespérée, l’Esprit de Dieu s’adresse maintenant à des visionnaires et leur indique que tout n’est pas perdu, qu’un jour prochain, il mettra un terme à l’état présent des choses (i.e. au monde présent) et recréera une humanité nouvelle en punissant les méchants et récompensant les justes. L’apocalytique de présente donc, non seulement comme un mouvement littéraire, mais comme un mouvement social.



Dans sa théologie de l’Ancien Testament, G. Von Rad écrivait :




« Un phénomène littéraire si marquant et si surprenant à tant d’égards (i.e. l’apocalyptique) doit avoir eu ses porteurs, son milieu de vie et sa préhistoire […] En ce concerne les porteurs, les cercles où ces idées étaient cultivées, nous n’avons pu réunir jusqu’à présent aucune information sûre ». Depuis lors, de nombreux travaux ont tenté de circonscrire l’origine de cette littérature, dans son expression juive, à l’intérieur du Judaïsme du second Temple. Il n’est pas certain que l’on soit parvenu à des résultats plus sûrs !

Excursus à propos de l'origine de l'apocalyptique

Deux hypothèses principales sont en présence :



- L’hypothèse ‘classique’, défendue par Paul Hanson en particulier, situe l’apocalyptique dans la ligne du prophétisme, rejetant l’idée d’une origine étrangère (Mésopotamie, perse, hellénisme). Le livre de Daniel n’est-il pas considéré, par la LXX, comme appartenant aux livres prophétiques ? Dans cette hypothèse, Hanson suppose qu’au




« retour de l’exil une tension grandissante oppose les cercles sacerdotaux conservateurs, la hiérarchie sacerdotale responsable de la vie cultuelle de la communauté juive, aux visionnaires utopistes qui entrevoient la glorification de Sion et la conversion des païens. Si les premiers déploient une ‘eschatologie réalisée’ […] les seconds, écartés des cercles du pouvoir, mettent l’accent sur une ‘eschatologie ouverte’ qui vient critiquer toutes les institutions (à commencer par le Temple, “fait de mains d’hommes”) ; c’est parmi ces derniers qu’a pris naissance l’apocalyptique » (Abadie, p. 226). Il est à noter que l’hypothèse n’est pas nouvelle et avait déjà été formulée par Otto Plöger (Theokratie und Eschatologie, Göttingen, 1959) : pour lui aussi l’apocalyptique était enfant de la prophétie en réadaptant à la crise maccabéenne du IIe siècle avant JC des idées et des aspirations plus anciennes. Pour Plöger, les groupes porteurs de cette littérature — en particulier le livre de Daniel — sont les Hassidim. Les Hassidim sont un mouvement “piétiste” de renouveau spirituel qui naît au second siècle avant notre ère.
- À l’inverse, à la suite de Von Rad en particulier, on a pu affirmer que l’apocalyptique dérivait plutôt de la sagesse israélite. Les deux arguments principaux sont les suivants :
« d’une part l’apocalyptique se caractériserait par le déterminisme et la négation de l’histoire comme ouverte sur un changement possible, ce qui est aux antipodes de la pensée prophétique ; d’autre part, on peut y reconnaître une tendance à l’encyclopédisme des connaissances, et Daniel est incontestablement présenté comme un sage, supérieur aux représentant les plus qualifiés des sagesses païennes »
(Vermeylen, p. 322).
Sans doute, l’une et l’autre hypothèse, pris isolément sont-elles réductrices. Faut-il vraiment choisir entre prophétisme et sagesse? Ces deux termes sont-ils les seuls à devoir être considérés ? l’apocalyptique est un phénomène original qui peut avoir plus d’une racine, y compris dans certaines cultures étrangères.
« Nous parvenons plutôt à la conclusion que, complexe dans sa formulation littéraire — parce que ‘genre hybride’ par excellence—, l’apocalyptique ne l’est pas moins dans ses racines, dépendantes à la fois de l’eschatologie prophétique et de la sagesse mantique babylonienne. Comme telle, son écriture est bien plus qu’une continuation des écritures passées, elle est un lieu de rencontre entre l’héritage hébraïque le plus authentique et la sagesse divinatoire issue du monde des nations. Dans sa complexité même, la figure de Daniel, tout à la fois modèle du "Sage" et "visionnaire" prophétique en constitue le paradigme, tout entier tendu dans le double héritage d’Israël et des nations. La résident à la fois la richesse de l’apocalyptique et son rejet par la tradition rabbinique ultérieure »(1).
 











Par delà toutes ses caractéristiques formelles, par delà même les insistances “idéologiques” particulières que l’on pense pouvoir déceler (déterminisme, conception de l’histoire, dualisme) qu’est-ce qui fait l’essence de l’apocalyptique (non seulement comme littérature mais également comme mouvement de pensée) ? Qu’est-ce qui constitue la nature profonde de l’écriture et de la pensée apocalyptiques ? Que cherchent-elles à dire ? Quelle est la visée de l’apocalypticien et quelle est l’attente de son lecteur ?





3. L’essence de l’apocalyptique

On a pu répondre que, théologiquement, la littérature apocalyptique et le mouvement qui lui est lié sont caractérisés par la conviction que le monde ancien est arrivé à son terme et que le monde nouveau est sur le point d’advenir. La ligne de partage entre les deux étant l’intervention eschatologique de Dieu qui jugera les impies et récompensera ses élus traversant la tribulation des derniers temps. Dans le même sens va la proposition de Gérard Rochais
(2) qui, ‘démythologisant’ ce qui est l’expression d’une attente dans les catégories d’une époque, définit l’essence de l’apocalyptique comme « le rapport entre la question sur la possibilité du salut et la réponse donnée ». Dit autrement, peut-on attendre encore quelque chose dans la situation où nous vivons, et si oui quoi ? Cette façon d’envisager l’essence de l’apocalyptique est somme toute cohérente avec ce que nous avons pu déjà comprendre de ce qui motive la naissance de cette écriture et de l’attente des mouvements qui en sont porteurs. Cependant, elle me paraît insatisfaisante sur un point important : elle reste trop en amont et ne s’intéresse pas à la nature de la réponse que va apporter l’apocalypticien à la question qu’il se pose et qui est finalement celle de l’espérance que l’on peut avoir en l’avenir. Dit autrement : quelle conséquence l’auteur tire-t-il de sa conviction qu’un salut est possible ? Ou, pour le dire encore autrement : quelle posture son attente du salut le conduit-il à occuper face à l’histoire et face à son auditoire ? Or, il me semble que, à partir de la définition de Rochais de l’essence de l’apocalyptique, il est possible de mettre en lumière trois types possibles de réponses apportées par les écrivains d’apocalypses, trois types de réponses qui ne s’excluent ni ne se complètent forcément :

3.1. Le type ‘spéculatif’


L’apocalyptique est donc constituée par une interrogation sur le mal et sur le sens de l’histoire. “Il y a un péché de l’homme ; l’homme est souillé et pécheur en Adam, tout en étant responsable et libre ; toutefois à cette liberté de l’homme correspond un déterminisme historique, car l’histoire doit procéder vers le but voulu par Dieu et selon le temps qu’il a déterminé. À côté de l’intérêt pour l’au-delà et l’éon futur, à côté de l’intérêt pour l’histoire (et l’apocalyptique en a eu sans aucun doute une conception originale), il y a dans l’apocalyptique le problème du mal, vu comme conséquence d’une souillure dérivée d’un péché, commis avant l’histoire. On peut même dire que l’élément immuable de la constellation apocalyptique, dès son origine, est seulement celui-ci”.
(3)
“C’est “l’ordre du monde” qui est en cause : la grande préoccupation des apocalypses est de trouver la “cohérence” du monde, cohérence qui réside dans une certaine relation : la relation foncièrement dynamique, qui existe, de par le plan divin, entre les origines, le présent et l’avenir de la dyade univers/humanité”.
(4)
“Le présent est problématique ; dans l’ensemble les méchants prospères tandis que les bons sont dans l’affliction : situation bien humaine qui n’a pas besoin d’être liée à une circonstance particulière d’oppression pour faire problème. L’homme est pécheur, le mal existe. Comment accepter le scandale du monde, sinon en cherchant à le comprendre (par ses “causes”)” et à en discerner l’achèvement dans l’histoire ? Il arrive alors que, dans de nombreux textes apocalyptiques, la recherche des causes et surtout des enchaînements permettant de comprendre le déroulement à venir de l’histoire prennent la place la plus importante. La dimension spéculative est alors un trait majeur d’un texte qui prétend offrir un savoir objectif sur le devenir de l’histoire en reprenant, de façon fictive (par le moyen de la pseudépigraphie), l’histoire depuis les origines et en la déployant jusqu’à sa fin. Quoique l’on puisse penser des lectures d’apocalypses qui, au cours des siècles et encore aujourd’hui, insistent sur cette dimension prédictive, on ne peut donc nier qu’une telle prétention existe. Ainsi, l’attente du salut et la conviction qu’il est sur le point d’advenir constituent le visionnaire en celui supposé posséder la capacité de connaître, un sujet "supposé savoir" en quelque sorte. Le salut est ainsi compris comme l’acquisition d’un savoir sur l’avenir, une ‘connaissance’.

3.2. Le type ‘consolateur’


L’apocalyptique contient une promesse de libération, de salut. “Le salut est-il possible dans la situation corrompue où nous sommes, tant en raison des circonstances extérieures que de la conduite perverse de la plupart des hommes ? Relisant l’histoire, se souvenant des promesses passées encore inaccomplies, les apocalypticiens répondent par l’affirmative : le salut est possible, mais pas en ce monde-ci, dans un autre monde qui viendra à la fin de ce monde-ci, ou après ce monde-ci, ou encore dans un monde céleste alors que ce monde-ci sera anéanti… L’essence de l’apocalyptique, c’est la tension entre le salut promis par Dieu et la situation désespérée dans laquelle vit l’apocalypticien. L’essence de l’apocalyptique est le rapport entre la question sur la possibilité du salut et la réponse donnée. L’apocalypticien se pense à la fin des temps : il est tendu vers l’achèvement de ce monde et la venue du monde nouveau. Il a les yeux fixés sur le monde qui vient. Il l’appelle ; il se le représente, et ceci l’aide à supporter le quotidien. Son espérance se recueille dans les promesses de Dieu faites dans le passé et demeurées inaccomplies… c’est cette tension vers un salut promis, qui adviendra bientôt dans un autre monde, qui constitue l’essence de l’apocalyptique… À la question : à quoi bon des apocalypses dans ces temps de détresse et de manque, la réponse serait : afin de conjurer le présent en l’ouvrant à l’avenir en recueillant le passé. »
(5) Ici, c’est la dimension consolatrice qui est première. Le visionnaire se comprend comme celui a qui est donné une parole de consolation capable de donner à ses auditeurs la force nécessaire pour assumer leur présent. Le salut est audition d’une parole de consolation adressée à ceux qui souffrent.

3.3. Le type ‘prophétique’ ou ‘kérygmatique’


L’apocalyptique est constituée par la proclamation de la justice de Dieu sur le monde et l’attente de l’irruption du monde nouveau. En insistant sur cette dimension, on accorde alors une place centrale à l’idée exprimée plus haut selon laquelle la littérature apocalyptique et le mouvement qui lui est lié sont caractérisés par la conviction que le monde ancien est arrivé à son terme et que le monde nouveau est sur le point d’advenir. La ligne de partage entre les deux est l’intervention eschatologique de Dieu qui jugera les impies et récompensera ses élus traversant la tribulation des derniers temps
(6). Dans cette perspective, l’écriture apocalyptique peut se comprendre comme interpellation radicale adressée aux croyants afin qu’ils se préparent à affronter l’épreuve à venir et à échapper ainsi au jugement de Dieu par la manifestation d’une fidélité sans faille à ses exigences. La dimension est ici, prioritairement, interpellatrice. Le visionnaire se comprend comme le prophète chargé de rappeler à ses auditeurs qu’ils ont a être des veilleurs. Le salut est ‘décision’ pour Dieu en vue d’échapper au jugement qui vient.

Conclusion : Le christianisme primitif comme mouvement apocalyptique d’attente de la fin du monde


Cette compréhension particulière du monde qui est celle de l’apocalyptique est aussi, au départ du moins, celle du christianisme primitif. Affirmer cela ne va pas de soi, tant il est vrai que l’apocalyptique a mauvaise presse dans l’Église, et ce depuis les premiers siècles. Tant à cause des représentations matérialistes du Royaume qu’elle véhicule qu’à cause de l’enthousiasme qu’elle suscite… mais aussi parce que, au cours de l’histoire, elle structura la pensée contestataire au sein du christianisme (montanisme, anabaptisme…). Or, contre ce rejet plus ou moins implicite de l’apoalyptique, certains chercheurs affirment que l’apocalyptique est la « mère de toute théologie chrétienne ».

La théologie chrétienne primitive est structurée autour de la conviction apocalyptique du conflit des deux éons : le monde présent est au pouvoir du mal. La parousie imminente signifiera la venue de l’éon nouveau, irruption du monde nouveau comme contestation du monde ancien et accomplissement du droit de Dieu sur la terre. La foi chrétienne est la proclamation de l’imminence de cette manifestation. Cette compréhension apocalyptique peut évidemment se déployer en dehors du cadre strict de la forme apocalyptique. La question que pose l’apocalyptique est : à qui appartient le monde ? En contexte chrétien, le centre de l’apocalyptique est l’intronisation de Dieu et de son Christ qui est décrite comme démonstration de la justice de Dieu. La justice de Dieu comme manifestation de la revendication de Dieu sur le monde et sur l’individu. Cette double dimension est au cœur d’un débat qui traverse tout le Nouveau Testament et toute la théologie chrétienne : primauté de la dimension sociale sur la dimension individuelle ou réciproquement, du discours socio-politique sur la dimension existentiale et subjective ou réciproquement.

 

Elian Cuvillier

Faculté de théologie
protestante de Montpellier













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Notes —————————————
(1) Ph. ABADIE, "Les racines de l’apocalyptique", Le judaïsme à l’aube de l’ère chrétienne
, Paris : Cerf, 2001, p. 209-245, cf. p. 244-245.
(2)“L’influence de quelques idées-forces de l’apocalyptique sur certains mouvements messianiques et prophétiques populaires juifs du 1er siècle”, dans D. Marguerat - E. Norelli - J.-M. Poffet éds.,
Jésus de Nazareth. Nouvelles approches d’une énigme
, Genève : Labor et Fides, 1998, p. 177-208.
(3) P. SACCHI cité par G. ROCHAIS, op.cit., p. 189
(4) C. KAPPLER, “Introduction générale” in
Apocalypses et voyages dans l’au-delà
, C. KAPPLER, éd., Paris : Cerf, 1987, p. 15-45, cf. p. 3
(5) G. ROCHAIS, op.cit., p. 189-190
(6) Cf. R. E. STURM, “Defining the Word ‘Apocalyptic’ : A Problem in Biblical Criticism” in J. MARCUS - M. L. SOARDS eds,
Apocalyptic and the New Testament, Sheffield : Academic Press, 1989, p. 17-48, cf. spécialement p. 25-37.

(l'article ci-dessus est le texte de la conférence introductive
à la journée biblique du 18 mars 2006 au Foyer de Grenelle à Paris.
la CRAB remercie vivement E. Cuvillier de nous avoir confié ses textes)




vendredi 24 août 2012

Culte à Monflanquin avec le Psaume 8, le 19 août...


1   Psaume de David, pris dans le livre du chef de chorale. Avec la harpe de Gath. (8:2) SEIGNEUR notre Maître, ton nom est magnifique sur toute la terre ! Ta beauté dépasse la beauté du ciel.

2   Par la bouche des enfants, des tout–petits, tu affirmes ta puissance devant tes ennemis. Ainsi, tu fais taire tes adversaires qui sans cesse luttent contre toi.

3 Je regarde le ciel que tes mains ont fait, la lune et les étoiles que tu as fixées.

4  Et je me demande : Qu’est–ce que l’homme pour que tu penses à lui ? Qu’est–ce qu’un être humain pour que tu prennes soin de lui ?

5   Pourtant, tu l’as fait presque l’égal des anges, tu l’as couronné de gloire et d’honneur.

6   Tu lui donnes pouvoir sur tout ce que tu as fait, tu as tout mis à ses pieds :

7   moutons, chèvres et boeufs, tous ensemble, même les bêtes sauvages,

8  les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, et tout ce qui passe sur les routes des mers.

9  SEIGNEUR notre Maître, ton nom est magnifique sur toute la terre !
 
 
Psaume 8, 5-6 : Qu’est-ce qu’un humain pour que tu t’en souviennes, et l’homme pour que tu le visites ? Tu lui fis manquer de peu d’être Dieu … (M/L).
Qu’est donc l’homme pour que tu penses à lui, l’être humain pour que tu t’en soucies ? Tu en as presque fait un Dieu. (TOB).
Qu’est donc l’homme, que tu penses à lui ? Le fils d’Adam pour que tu le protèges ? Pourtant tu l’as fait presque l’égal des êtres divins ? (Rabbinat)
 
 
Jean 19, 5 : Pilate dit devant Jésus couronné d’épines et vêtu de pourpre : Voici l’homme !
 
 
Notre question pour ce dimanche n’est pas apparue dans un séminaire de réflexions composé de penseurs et de philosophes. Elle n’est pas non plus le fruit d’une réflexion inquiète, troublée et angoissée. Elle retentit au centre d’un psaume de louange ; notre question est l’expression d’une prière émerveillée du rapprochement entre le spectacle grandiose de la nature et la réalité singulière et fragile de l’humain. Avec un commentateur (M/L p.59) de ce texte on pourrait raconter la scène suivante que nous avons pu vivre et que nous pourrions vivre encore : Quelqu’un est sorti un soir, a jeté les yeux sur le ciel étoilé en a admiré l’ordonnance, le calme et la beauté, et il s’est découvert là, minuscule et fragile créature incapable d’embrasser d’un seul regard toute l’étendue étoilée. A ce moment là passe un groupe d’enfants qui chante une comptine, notre homme découvre qu’il est simultanément au centre de tout cela, qu’il est le but de la volonté divine, il ne peut empêcher la louange de monter de ses lèvres, une louange à la fois étonnée et remplie de reconnaissance.  
 
Notre question a pour cadre une expérience banale, ordinaire presque quotidienne dans laquelle  va s’exprimer la foi de ce promeneur d’une soirée étoilée. De ce premier aspect lié au cadre retenons ceci : la foi est souvent à la croisée des chemins. Certes elle se manifeste lorsque nous le voulons lorsque nous prions, lorsque nous rencontrons les autres lorsque nous venons au culte, lorsque nous vivons des moments forts ou difficiles mais voici qu’elle surgit presque subitement voici qu’elle envahit notre esprit et notre corps lorsque nous sommes les témoins étonnée comme l’auteur du psaume de l’œuvre de Dieu pour nous. 
Essayons de comprendre quelques aspects de cette foi qui nous arrive comme à l’improviste.
 
1-    Seigneur, notre Seigneur que ton nom est magnifique sur toute la terre. F/S cette foi n’est pas naturelle, elle ne s’exprime pas seulement devant le spectacle parfois grandiose de la nature, cette foi qui nous intéresse n’est pas très romantique ni naturelle elle est toute entière concernée par quelqu’un qui a un nom magnifique et se révèle ; le ciel étoilée, la mer ou la montagne, la nature ne révèlent pas Dieu ils nous aident à en percevoir parfois la présence ; C’est bien de Dieu d’Abraham d’Isaac et de Jacob c’est bien le Dieu de Jésus Christ voilà un nom capable de se répandre sur toute la terre, voilà un nom capable de dépasser ses propres limites et toutes frontières. Voici le nom du Seigneur qui devient notre Seigneur car il s’approche et rassemble son peuple. Le promeneur du soir ne contemple pas seulement la beauté de la création il découvre et c’est sans doute cela la foi, que le créateur a en même temps choisi aussi l’homme pour qu’il en soit le gérant sérieux et attentif. La foi réside peut être aussi en ceci : Le seigneur de l’univers m’a élu moi fils d’Adam, humain parmi les humains pour rendre vivante cette création qui me dépasse sans cesse. En fait le nom du seigneur n’est pas seulement magnifique car il aurait créé les univers mais bien parce qu’en même temps il a créé l’homme il a élu l’homme pour en être le gardien.  Celui qui est le sujet de notre foi est celui qui a un nom et qui peut nous appeler ; il est celui qui nomme et qui crée qui crée une rencontre et une relation avec sa création comme avec sa créature.

2- Qu’est ce que l’homme pour que tu penses à lui pour tu t’en souviennes ? Comment se fait-il que la créature la plus fragile la plus frêle une des plus récente même Comment se fait qu’elle soit à ce point intéressante pour toi ? Dans l’infini des univers frères et sœurs nous sommes personnellement et même tous ensemble, nous sommes infimes ; devant les forces de la nature nous sommes faibles et impuissants. Dans l‘univers l’homme a une place infime et dans le cœur de Dieu cette place est infinie. La foi qui se manifeste à l’occasion de cette question cette foi que nous essayons de capter, elle tourne autour de l’infini et de l’infime. Le Seigneur du psalmiste pratique l’infini et s’intéresse à l’infime ; sa relation avec sa créature est infinie elle qui n’est pas grand chose voici qu’elle a du prix aux yeux de Dieu. Dans l’univers et même avec les techniques spatiales que ne pouvaient pas imaginer l’auteur du psaume, dans l’univers l’homme est perdu et comme oublié ; c’est sans doute la raison pour laquelle Dieu a veillé sur lui, l’a visité ne l’a pas oublié et a pris soin de lui au point d’en faire presque un dieu.
 
3-    Avez vous entendu cette étonnante formule : tu en as presque fait un Dieu Tu lui fis manquer de peu d’être Dieu Tu le couronnas de gloire et d’éclat Tu le fis dominer, Tu plaças tout sous ses pieds. Dieu a pris pour nous le risque incroyable celui de la ressemblance. Et dans notre histoire d’humains cette leçon là les humains l’ont retenue jusqu’au moment où la créature oublie son créateur jusqu’au moment où la créature se prend pour le créateur, jusqu’au moment où la créature juge et supprime le nom du créateur. La foi qui s’exprime ici réside dans la reconnaissance du statut et de la place de chacun. Oui les humains sont formidables ils ont accompli et accomplissent des prouesses d’intelligence et de savoir-faire, presque des miracles dans tous les domaines et cela est bien et cela doit continuer. Nous n’avons pas me semble t-il à craindre en ce domaine ou à être frileux ; nous n’avons pas reproduire les erreurs du passé et à condamner les chercheurs et les savants.  Dieu ne s’oppose pas à la recherche dans tous les domaines : Tu lui fis dominer sur les œuvres de tes mains, Tu plaças tout sous ses pieds. Et en même temps les humains ne sont pas Dieu au sens du Dieu de Jésus Christ, oui les humains ont accompli les pires choses les plus inhumaines et ils continuent de le faire lorsqu’ils se prennent pour les seuls maîtres à bord. Ici prendre la place de Dieu est bien le contraire de la foi en Jésus Christ ici la tentation est grande même dans les petites choses de vouloir supprimer le presque : Tu en as fait presque un Dieu, de vouloir supprimer le peu : Tu lui fis manquer de peu d’être Dieu. Cet humain ce fils d’Adam qui est presque rien peut réaliser presque tout. Le risque est grand qu’il en perde la tête il lui sera bien utile de retrouver et reprendre la conversation interrompue avec son seul Seigneur. L’Eglise est là, les chrétiens sont là peut être uniquement pour ça : non pas juger ou interdire mais rétablir et reprendre la conversation entre la créature et le créateur.
 
4-    Qu’est-ce qu’un humain pour que tu t’en souviennes et l’homme pour que tu le visites que tu t’en soucies ? Qu’est donc l’homme pour que toi aussi Seigneur tu ne te prévales pas de ta condition divine mais que tu deviennes toi aussi un humain ? Il vaut mieux pour nous que Dieu devienne humain en Jésus Christ cela devrait nous inviter à renoncer à devenir des petits dieux. F/S le Psaume 8 a été écrit à l’âge du fer il y 28 siècles il reste d’une jeunesse et d’une clarté pour aujourd’hui comme au premier jour, mieux même il anticipe et voit d’avance les risques de cette folie de Dieu de s’intéresser aux fils d’Adam. Il nous dit aujourd’hui encore la joie d’être là la joie d’être des vivants aux prises avec les risques et l’aventure inouïe de l’existence humaine et notre responsabilité pour la faire s’épanouir pour nous-mêmes et pour nos frères et sœurs en humanité la tâche est immense et à notre portée munie de cette conviction que nous savons répondre finalement à cette question  même si notre réponse est modeste elle est néanmoins sûre  et notre réponse n’est pas dite dans le psaume comme si son auteur voulait que nous la trouvions nous-mêmes.

5-    Qu’est que l’homme pour que tu t’en soucies et prennes soin de lui ? Quelqu’un que tu aimes malgré tout à cause de tout. Le Dieu de l’A.T. n’est pas violent et guerrier il est pudique, ici l’auteur biblique suggère ce qui prendra sens radicalement en Jésus Christ qui est venu habiter parmi nous. Lui en qui la distance entre l’humain et le divin était la plus courte Lui a la ressemblance de son Père. Lui, que le païen lucide Pilate accueillera couronné d’épines et vêtu d’une tunique de couleur pourpre en s’écriant devant une foule haineuse : Voici l’homme ! Qu’est-ce que l’homme ? Voici l’homme. Au cours d’une soirée d’été quelqu’un est sorti a regardé le ciel, les étoiles, s’en est réjoui, s’est senti heureux d’être là en communion avec ce qu’il voyait et avec son Seigneur ; notre Dieu, que ton Nom est magnifique sur toute la terre !

BA.
 

lundi 6 août 2012

Le christianisme comme nourriture ?

Evangile de Luc au ch. 9 :



12 C’est bientôt la fin du jour. Les douze apôtres s’approchent de Jésus et lui disent : « Renvoie les gens dans les villages et les maisons des environs. Là, ils trouveront un lieu pour loger et quelque chose à manger. En effet, ici, nous sommes dans un endroit désert. »
13  Mais Jésus leur répond : « Donnez–leur vous–mêmes à manger. » Les disciples disent : « Nous avons seulement cinq pains et deux poissons. Est–ce que nous devons aller acheter à manger pour tout ce monde ? »
14  Il y a environ 5 000 hommes. Jésus dit à ses disciples : « Faites asseoir les gens par groupes de 50 à peu près. »
15  Ils obéissent et font asseoir tout le monde.
16  Jésus prend les cinq pains et les deux poissons. Il lève les yeux vers le ciel, il dit une prière de bénédiction sur les pains et sur les poissons. Il les partage et les donne aux disciples. Alors les disciples les distribuent à la foule.
17  Tous mangent autant qu’ils veulent, et on emporte dans douze paniers les morceaux qui restent.
Lire aussi : Deutéronome 8, 1-16

« Il les donnait aux disciples pour les offrir à la foule »

La question du jour est assez simple et banale, même si elle demande de grandes exigences et une grande imagination : le christianisme des chrétiens est-il une nourriture ? Ou bien encore le message des évangiles, le message de Jésus est-il nourrissant non seulement pour celles et ceux qui y croient mais aussi pour le plus grand nombre de nos contemporains ; les foules que nous croisons et auxquelles nous appartenons parfois !
 L’évangile du jour a souvent pour titre dans les diverses versions et traduction : multiplication des pains ; c’est sans doute le fait qu’avec peu on peut être nourrissant pour les autres. Le texte ne connaît pas le mot multiplication. On trouve aussi plus proche du récit : Jésus rassasie une foule (TOB). On devrait intituler en vérité : La distribution du pain (Fr. Bovon)  En quoi cela est-il une bonne nouvelle intéressante et utile pour notre vie et notre foi ?
Je ferai trois remarques qui essaieront de montrer la pertinence de cette « distribution » pour nous.

·        Premièrement, la nature de ce récit. Est-il un récit de miracle, la narration d’un coup magique capable d’impressionner les foules et d’en faire des adeptes ? Les diverses versions du récit dans tous les évangiles ne disent pas que pour autant tous ces gens nourris, suivirent Jésus et devinrent des disciples à la suite de leur pique-nique géant comme il en existe aujourd’hui ! Ce récit n’est pas une création, une invention du  premier siècle de l’ère chrétienne ; Il vient tout droit ou presque de l’ancien testament avec la Manne et les récits d’Elie et d’Elisée par exemple. On pourrait dire qu’il concerne une action divine à l’égard de personnes en danger.
On dit aujourd’hui que ce récit fait partie du genre « cadeau extraordinaire ». Il s’agit d’offrir des biens ordinaires naturels des vivres ou des repas. Les gens sur place ne demandent rien elles sont là pour écouter car « il leur parlait  du règne de Dieu  et il guérissait ceux qui en avaient besoin » v.11. La distribution de pain ne sert pas la cause du leader ou du chef ; elle n’est pas au service d’une Eglise ou d’un clan ; elle n’est pas encore un geste liturgique ; elle est une attention gratuite ou presque tournée vers ceux qui sont là. Un cadeau étonnant à celles et ceux qui sont peu habitués à en recevoir ; un cadeau sous forme d’un don de vie d’un rallongement d’une possibilité de vie supplémentaire ; un cadeau pour un jour de plus pour une nuit supplémentaire, sans se poser plus de question.

Le christianisme est en marche chaque fois que j’offre un peu de vie supplémentaire à quelqu’un. Chaque fois que je propose une réalité qui aide et conditionne un peu plus de vie. Vous avez noté, ici chez Luc,  il ne s’agit pas de pauvres malheureux qui font la manche ou qui attendent une allocation ; ici il s’agit de vous et de moi. C’est au milieu des siens et de son entourage habituel que la distribution a lieu. Le christianisme est une distribution de vie ; un supplément nécessaire pour vivre.
·        Deuxièmement, les personnages du récit. On vient de voir la foule qui est là. Cela devrait être notre préoccupation principale ; non pas seulement nos gens nos fréquentations, nos habitudes mais celles et ceux qui sont là et qui ne demandent rien et à qui et vers qui nous devons proposer quelque chose qui nourrit.

Les apôtres viennent raconter tout ce qu’ils ont fait au point de fatiguer Jésus qui les amène à l’écart prés de la petite ville de  Bethsaïda (la maison des provisions ! selon une traduction possible,cf Genèse 42, 25). Les disciples aiment raconter ce qu’ils ont fait comme pour plaire à leur maître. La relation que l’auteur du récit suggère entre Jésus et ses disciples, c’est « se retirer à l’écart ». Il y aura toujours dans le christianisme des disciples de Jésus, cette notion là : à l’écart, et non sur la place publique ; non pas non plus dans le secret intransmissible. Mais dans le passage de l’écart à l’accueil de la foule. Le message de Jésus n’est ni réservé au clan au cercle étroit des disciples, ni totalement public livré à tous dans une forme comme l’on dit aujourd’hui de transparence. Ni secret ni transparent : Mais plutôt dans le passage d’un privé qui devient public ; la bonne nouvelle de l’évangile se réalise en passant de l’intériorité à l’extérieur. Du dedans au dehors.

La tendance des disciples est de protéger le Maître, celui-ci veut enseigner les disciples et nourrir la  foule. Les disciples attendent du chef une idée de génie, un miracle, un truc ; le maître attend tout de ses disciples qui ne le savent pas et qui sont entrain de l’apprendre et de le découvrir. Le « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » résonne comme le cœur de l’expérience chrétienne. Les disciples sont appeler à entendre cela à vérifier l’impossibilité de le faire pour le réaliser enfin. Jésus ne donne pas à manger il ne sert pas la foule, il donne à entendre et recevoir une parole qui donne aux disciples le soin et la fonction de réaliser ce qu’il dit. « Et il les donnait aux disciples pour les offrir à la foules » Les disciples ne sont pas les bras ou les mains du Maître, ils deviennent dit le texte des offrants ! Non pas ceux qui distribuent comme à la banque alimentaire ou aux restos des cœurs, ce qui n’est pas si mal ; ici, ils deviennent ceux qui offrent comme une offrande servie livrée proposée.
·        Troisièmement, ce que nous avons reçu dans la foi, peut devenir une offrande.

Vous voulez rendre service : apprenez le Don ! Vous voulez que cette Eglise marche, fonctionne, témoigne, agisse en interne comme à l’extérieur : ne lui donnez pas ce dont elle a besoin,  apprenez le Don celui qui conduit à la confession de Foi à l’action de grâce ; ne payez pas parce que vous êtes contents ou satisfaits ou bien parce qu’on vous a rendu service, parce qu’on va catéchiser vos enfants ou chauffer le temple : mais apprenez le Don qui dépasse tout cela car tout cela ne dit pas encore vraiment la confession de Foi et l’action de Grâce car tout cela est bien utile mais tout cela est encore au niveau de l’échange et non du Don.  Nous payons beaucoup en général, mais nous ne donnons pas assez. Nous atteignons des objectifs, pas toujours d’ailleurs, mais nous n’exprimons pas assez de confession de la foi et de l’action de grâce, manifestés par le Don ou l’Offrande.
En arrivant sur une terre nouvelle l’Israël ancien ne donne pas d’argent et ne rend pas à Dieu ce qu’il a fait pour eux. Il est bien sûr impossible de rendre ou de payer la Pâques ou de payer pour tout ce qui s’est passé dans le désert. En arrivant sur une terre nouvelle c’est le fruit de ses capacités de ses dons au sens de ses potentialités qui est mis en œuvre et qui est livré comme une offrande.

Ce sont les fruits du présent et non ceux du passé qui sont offerts comme un Don ; c’est aussi ce que firent les émigrants, les Pilgrims quittant l’Angleterre au XVIième siècle et s’installant dans le Nouveau monde. Le don comme offrande c’est le témoignage d’un présent de ce qui me met en route maintenant et non l’évocation de l’histoire qui elle trouvera sa place ensuite et ensuite seulement dans la formulation de la confession de foi.

Ma vie voudrait être une confession de foi et une action de grâce c’est le sens que Dieu lui a donnée et que j’oublie sans cesse. Ma vie est à ses yeux ce qu’il y a de plus précieux et en elle se trouve la possibilité d’un don, d’une offrande qui lui donne tout son sens.
La présence du Seigneur est un Don et une offrande c’est ce que comprirent fugacement les pèlerins d’Emmaüs ; et les Douze en route vers la maison des provisions, Bethsaïda.  Dans la vie ce qui compte ce sont les restes c’est à dire : ce qu’il en reste dans nos vies : comme capacités à donner encore ; comme possibilités d’effectuer un service dans l’Eglise et dans le monde.
Le don véritable nous conduit à la foi cela est véritablement, une bonne nouvelle. « Donnez-leur vous-mêmes à manger » !
 BA