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samedi 24 mars 2012

Rameaux de Palmiers

Evangile selon Jean ch 12 :

    Le lendemain, la grande foule qui était venue pour la fête entendit dire que Jésus venait à Jérusalem ; les gens prirent des branches de palmiers et sortirent au–devant de lui, en criant : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d’Israël. Jésus trouva un ânon et s’assit dessus, selon ce qui est écrit :

        N’aie pas peur, fille de Sion ; ton roi vient, assis sur le petit d’une ânesse.

          Ses disciples ne comprirent pas cela tout d’abord ; mais quand Jésus fut glorifié, alors ils se souvinrent que cela était écrit à son sujet, et qu’ils avaient fait cela pour lui.

La foule qui était avec lui quand il avait appelé Lazare du tombeau pour le réveiller d’entre les morts lui rendait témoignage.

C’est pourquoi la foule vint au–devant de lui : elle avait entendu dire qu’il avait produit ce signe.

 Les pharisiens se dirent donc les uns aux autres : Vous voyez que vous n’y pouvez rien : le monde s’en est allé à sa suite !

Il y avait quelques Grecs parmi les gens qui étaient montés pour adorer pendant la fête.

S’étant approchés de Philippe, qui était de Bethsaïda, en Galilée, ils lui demandaient : Seigneur, nous voudrions voir Jésus...

 

Psaume 92, 13 : « le juste pousse comme un palmier »


 Lectures : Psaume 92 puis  Deut. 34, 1- 6 (Jéricho la ville des Palmiers) et Jean 12, 12- 21

 La fête des rameaux, l’entrée presque triomphale de Jésus dans la capitale est, comme toute manifestation glorieuse, dangereuse et ambiguë. C’est l’unique manifestation triomphale de Jésus décrite dans les évangiles. L’Eglise chrétienne a souvent associé ce jour d’acclamation à la gloire de Pâques. Est-ce bien raisonnable ? Quelle est l’ambition ou quel est le quiproquo des rameaux ? Jésus vient comme roi, mais quel roi ? Comme Seigneur et comme serviteur comme crucifié et comme ressuscité !
Le christianisme  a eu,  depuis toujours,  des liens des relations difficiles avec les pouvoirs : Soit loin du pouvoir avec le risque de la secte ou de la perte d’influence sur les réalités du monde et de l’histoire…Soit collusion ou partage du pouvoir avec un effet de domination et de radicalisation …Soit encore distance et lien en même temps : refus de sacraliser les pouvoirs humains et bienveillance et neutralité si ces pouvoirs accepte le religieux sans le contraindre.  On le sait bien, les protestants français sont heureux de la laïcité !
Ce jour là, tout ce que Jésus avait fait et dit en Galilée, se trouve  rassemblé dans la joie, la reconnaissance et l’espérance éphémère d’un salut non plus seulement personnel mais aussi communautaire ou national. Ainsi va l’humanité et les groupes humains : de la forte espérance à la déception. La foule est versatile, elle peut brûler ce qu’elle a adoré ; elle peut adorer ce qu’elle a méprisé. Toute l’histoire des peuples est faite de ces renversements qui invitent à la prudence et à la retenue manifestée par Jésus, étrangement silencieux le jour des rameaux.
Ce jour de victoire ambiguë, ce jour d’exaltation, est le commencement d’une semaine de tous les dangers et même du danger mortel, avec les mêmes acteurs.
La foule sera déçue par Jésus : au cri de sauve-nous ! de l’envahisseur et de l’occupant : Il restera complètement insensible, jusqu’à entendre bientôt : Crucifie-le ! Aux marques de reconnaissances et d’intronisation royale il préfèrera le dénuement et partager son sort avec des condamnés ordinaires.
Dieu, en Christ est venu donner du sens, du sel, du souffle à la vie des hommes et des femmes et non du pouvoir. Dieu en Christ est venu donner une responsabilité de service des autres et non promettre et décerner la gloire tant attendue des personnes des nations ou des valeurs qui font vivre les hommes. Le chemin choisi par Dieu en Jésus Christ n’est pas notre chemin, il vient en quelque sorte croiser, traverser, parcourir, rattraper le plus souvent le nôtre. Le chemin de Dieu c’est comme une croisée des chemins entre le sien et les nôtres. On peut lire aussi la scène des rameaux, comme une croisée des chemins.
La fête des rameaux c’est aussi une fête d’accueil, une manifestation de joie et d’enthousiasme manifestée et illustrée  par… des branchages ; les évangiles synoptiques diront à la suite de Marc que  certains agitaient des feuillages qu’ils coupaient dans la campagne.
L’Evangile de Jean fait encore dans la grande originalité et dans le surplus de sens qu’il entend faire entendre aux lecteurs de son évangile : Il est le seul  à nous dirent qu’ils prirent des branches de Palmiers. Les rameaux chez lui ne sont ni des rameaux d’oliviers, ni de vulgaires branchages, ni des branches de buis à bénir, mais des branches de Palmiers.  Après la version animalière avec l’âne des Rameaux, voici donc venir la version botanique, qui nous invite à donner du sens à cet épisode afin qu’il concerne notre vie et notre foi.
Le Palmier comme signe et manifestation de la foi comme attente et espérance ; le palmier comme la reconnaissance d’une foi qui plonge ses racines dans le passé du peuple et dans l’histoire de sa relation avec son Dieu. Ce que nous raconte l’Exode c’est l’arrivée du peuple en colère avant les cailles et la manne dans une oasis Elim où il y avait 12 sources et 70 palmiers (Ex.15, 27) c’est le paradis ou le salut ou la plénitude  : 12 et 70 c’est le salut particulier à la dimension de l’universel ; La première reine ou plutôt la première juge en Israël c’est Déborah où croyez-vous qu’elle rende sa justice et ses décisions, sous un Palmier (Juges 4, 5) Puis vint la prise si pittoresque et si problématique de Jéricho que l’on nous décrit comme la ville des Palmiers ; Moïse mourant contemple ce pays promis qu’il ne connaîtra pas et dans sa description que voit-il aussi ? La ville des Palmiers. La Palmeraie par excellence ce n’est pas Jérusalem mais Jéricho tout proche sur la route où se distingua un samaritain qui s’approcha d’un homme au bord de la route.  
« Ils prirent des branches de Palmiers et sortirent à sa rencontre » La fête des rameaux c’est la fête des palmiers agités comme celle de l’attente d’un roi juste : le psalmiste disait déjà que « le juste pousse comme un palmier ». Le roi qui vient n’est pas quelconque et ordinaire puisqu’il est salué par des palmiers agités qui montre et rappelle à Jésus qu’il vient à la suite de nombreux épisodes de l’histoire de son peuple et qu’il incarne à ce moment là une espérance qui ne peut se dire que sous la forme du palmier, non du cèdre, non de l’olivier, non de la vigne. 
Les Rameaux, voyez-vous,  c’est la célébration du voir et non de l’entendre. La foule est venue voir ; elle est venue au spectacle ; elle est curieuse ; tout le monde est curieux de voir ce personnage. La foule des curieux de Lazare ils sont là pour ça ; même les Grecs sont là comme témoin d’une universalité du personnage de Jésus et eux aussi dit Jean veulent voir s’adressant à Philippe : nous voudrions voir Jésus. Les curieux qui montrent à Jésus le fond de leur espérance. En surface ils sont là pour un magicien en profondeur ils disent une demande explicite : Sauve-nous ! Hosanna  et une agitation implicite : les palmiers. Ils viennent voir comme au spectacle et Jésus a sous les yeux des palmiers agités il marche au milieu de deux rangées de palmiers. La foule vient voir Jésus le faiseur de signes étonnants, les disciples ne voient pas grand chose, mais ils se souviendront, quant à Jésus il voit des palmiers qui le reconnaissent qui s’agissent qui disent une nouvelle espérance.
Le palmier c’est l’assurance de la chute des murs ; la ville des palmiers c’est Jéricho, ce sont  les murs effondrés ; c’est la conquête la victoire sans se battre ; le palmier c’est la justice de Déborah c’est la relation juste retrouvée c’est la fin de ce qui sépare les humains entre des catégories qui n’auront plus de sens ; Le palmier est là pour dire une attente implicite et une reconnaissance de ce Dieu fait en Christ de ce que Dieu fait dans le personnage de Jésus lorsque la mort est vaincu que la pierre est ôtée ou que Jésus dit : Enlevez cette pierre !
Le palmier c’est tout le contraire des murs du temple c’est le contraire de la ville fortifiée et de la sacralisation des pierres, c’est tout le contraire de la lourdeur mortelle des pierres, celles des tombeaux et celles qui pèsent en nous. Le palmier c’est précisément le contraire de la pierre. Jésus voit la communauté nouvelle qui ne le sait pas encore ; il voit cette communauté vivante transparente agile qui vit au grand air, que rien ni personne ne peut enfermer dans un tombeau dans un souvenir dans une pierre. Jésus sera condamné dans la semaine à cause de son attitude et de ses propos à l’égard du temple qu’il se propose d’abattre et de faire revivre dans sa personne même. Le jour des rameaux il a la vision de cette communauté rassemblée provisoirement  et idéale qui sans le savoir ressemble plus à une palmeraie qu’à un sanctuaire fermé -  plus à l’ouverture et l’élancement d’un palmier qu’à l’enfermement dans des rites ou dans du sacré à bon marché.
Le rêve ou la vision du Christ le jour des Rameaux c’est une communauté de foi et de vie comme une palmeraie, notre foi et notre vie comme un palmier, qui produit donne du baume au cœur des autres qui donne de la nourriture, qui donne du mouvement et qui atteste que l’aridité la sécheresse est terminée et qu’il est possible désormais  de repartir. La foi comme une oasis ou la rencontre des autres n’a pas besoin de murs ou précisément ce qui est cru et confessé c’est que lui le roi des rameaux est venu abolir ce qui séparait les humains entre eux ; lui le roi des rameaux est venu réconciliait ce qui en nous et entre nous ne l’était pas encore. Pour Jésus le Christ, pour les disciples comme pour nous les rameaux, les palmiers agités est un moment qui fait (dattes) date ! Il sera ce moment nourrissant pour les disciples ils ne l’oublieront pas même si ce jour là ils n’en comprirent pas le sens.  Puisse le Christ de Dieu nous voir encore comme des palmiers reconnaissants.  Puissions-nous entretenir notre foi comme un palmier qui dira la gloire de Dieu et la reconnaissance du Fils.




samedi 18 février 2012

L'Evangile du Oui et/ou du Non





Marc 2, 1-12 :

   Quelques jours après, Jésus rentra à Capharnaüm et l’on apprit qu’il était à la maison.

2  Et tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, pas même devant la porte. Et il leur annonçait la Parole.

3  Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé porté par quatre hommes.

4  Et comme ils ne pouvaient l’amener jusqu’à lui à cause de la foule, ils ont découvert le toit au–dessus de l’endroit où il était et, faisant une ouverture, ils descendent le brancard sur lequel le paralysé était couché.

5  Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. »

6  Quelques scribes étaient assis là et raisonnaient en leurs coeurs :

7  « Pourquoi cet homme parle–t–il ainsi ? Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés sinon Dieu seul ? »

8  Connaissant aussitôt en son esprit qu’ils raisonnaient ainsi en eux–mêmes, Jésus leur dit : « Pourquoi tenez–vous ces raisonnements en vos coeurs ?

9  Qu’y a–t–il de plus facile, de dire au paralysé : Tes péchés sont pardonnés, ou bien de dire : Lève–toi, prends ton brancard et marche ?

10  Eh bien ! afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre… »– il dit au paralysé :

11  « Je te dis : lève–toi, prends ton brancard et va dans ta maison. »

12  L’homme se leva, il prit aussitôt son brancard et il sortit devant tout le monde, si bien que tous étaient bouleversés et rendaient gloire à Dieu en disant : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil ! »

2 Corinthiens 1,  18-22 :

8  Dieu m’en est garant : Notre parole pour vous n’est pas Oui et Non.

19  Car le Fils de Dieu, le Christ Jésus que nous avons proclamé chez vous, moi, Silvain et Timothée, n’a pas été « Oui » et Non, mais il n’a jamais été que Oui !

20  Et toutes les promesses de Dieu ont trouvé leur OUI dans sa personne. Aussi est–ce par lui que nous disons AMEN à Dieu pour sa gloire.

21  Celui qui nous affermit avec vous en Christ et qui nous donne l’onction, c’est Dieu,

22  lui qui nous a marqués de son sceau et a mis dans nos coeurs les arrhes de l’Esprit.






 Prédication à la Fondation John Bost le 19 février 2012

Le récit de la descente du paralytique avec les cordages et le toit ouvert demeurent un passage obligé de l’évangile ; la richesse des détails en fait un texte particulièrement pittoresque, c’est à dire digne d’être peint ou représenté ; les personnages sont des sujets d’identification immédiate et stimulante comme on va le voir et la débrouillardise des 4 brancardiers en fait les premiers spécimens d’un Samu social et spirituel à la fois.

Les trois évangiles synoptiques ont gardé cet épisode en l’aménageant en fonction de leur préoccupation particulière ; Matthieu supprime la descente du paralytique par les 4 et en fait se concentre sur la controverse au sujet du pardon : qui doit pardonner et qui peut manifester ce pardon ? Luc suit assez fidèlement Marc et parle de tuiles découvertes ; il  décrit la maison grecque plutôt que palestinienne ; les docteurs de la loi sont là annoncés dès le début et attendent la possibilité d’accuser le Christ de blasphème.

C’est le premier motif de rédaction d’un tel texte ; Jésus se prend-il pour Dieu ? C’est le premier motif grave d’accusation et de querelle à son égard. Pour certains religieux de son temps Jésus fait figure de caricature de Dieu et cela les rend méchants.

La caricature – nous y voilà- a t-on le droit ou non ? Qu’en est-il de la représentation  et du rôle des images ? Des statuts, des icônes qui peuvent devenir parfois facilement des idoles. Peut-on se représenter Dieu ? Lorsqu’on sait le rôle important des représentations dans tous les paganismes, celui des images et des statuts si communes dans l’empire gréco-romain on comprend que les juifs d’abord et les chrétiens ensuite se soient méfiés des images saintes et pieuses.

 Le tétragramme - les 4 lettres - qui disent le nom de Dieu : n'est pas une image et elles n’incitent pas beaucoup  à en faire des illustrations ; On sait aussi l’existence au sein du christianisme de la querelle iconoclaste entretenue par des chrétiens contre d’autres chrétiens orientaux en particuliers et on sait que tout cela fut difficile au XVI° siècle et que les réformateurs ont été très méfiants même si la catéchèse et la formation des fidèles, depuis l’existence des vitraux, impliquaient des supports visuels qui étaient susceptibles d’être remémorés et reproduits.

Bref méfiance à l’égard des images pieuses ou saintes car le risque est grand de confondre ou de laisser croire que la représentation vaut la chose représentée. Le support -qui n’est que support-  peut devenir aussi et en même temps, objet d’adoration et de culte. 

Pourquoi cet homme pardonne t-il ? Dieu seul peut le faire. Cet homme devient l’image de Dieu. Les êtres humains ne sont ils pas images de Dieu selon le récit de la Genèse ; voici que l’un d’entre eux - un peu moins ordinaire que les autres- endosse les habits, la fonction, le rôle, réservé à Dieu. Jésus a été compris comme celui qui présentait Dieu aux hommes, de façon renouvelée. Il est fils de l’homme et il est fils de Dieu ; pour celles et ceux qui veulent garder à Dieu une réelle solitude et une radicale différence entre lui et les hommes Jésus de Nazareth le Christ apparaît comme une caricature qu’il faudra non pas brûler mais rejeter et clouer sur une croix. Il se prend ou on le prend pour une présence de Dieu, pour Dieu lui même marchant sur le chemin des hommes et des femmes attentifs à leur encontre attentif à leur souffrance.

D’ailleurs dans le récit d’accusation de blasphème tout devient caricature ; comme si tous les personnages entraient dans le jeu de la représentation. Et c’est en cela qu’ils deviennent pour nous aussi motif d’identification.

La foule est la caricature de celles et ceux qui en voulant bien faire s’oppose concrètement à la venue de celui qui n’était pas prévu et qui est transporté par d’autres. En venant écouter Jésus en venant au contact de la Parole elle fait écran elle fait barrière elle ferme le chemin. Comme dirait Paul elle ne dit pas oui entrez ! Tout se passe comme si elle disait  Non c’est complet ; il n’y a plus de place un peu comme dans l’hôtellerie de Noël.

Il peut arriver que les Eglises -les communautés- fassent obstacle ; Il peut arriver que des chrétiens surtout les mieux disposés fassent obstacle à la venue de l’autre, parce qu’il ne nous ressemble pas, parce qu’il ne croit pas comme nous ou parce qu’il n’a pas une bonne image à nos yeux !

Les brancardiers sont aussi une caricature ; ils sont les pompiers de service ; ils vont déployer des trésors d’imagination un peu grotesques selon Matthieu, pour arriver à leur fin ; Une vraie caricature intéressante de la foi ; ils ne disent rien ils font ; ils inventent ; leur foi c’est agir et c’est ce que Jésus reconnaît et apprécie. Pour eux, pourrait-on dire, Dieu ce n’est pas un bouche-trou mais au contraire  Dieu est une trouée, une descente vers ; si certains savent par quel chemin il faut passer pour le retrouver eux, en inventent un ; ils nous disent qu’il ne s’agit de tout attendre et que tout va arriver, sous prétexte que Dieu viendrait à notre rencontre ; eux, ils y vont et ils n’y vont pas seuls mais en transportent un autre ; Rien n’est plus important dans la vie de la foi  ou de l’Eglise que le transport des uns et des autres.  La foi des brancardiers : c’est le geste de mettre quelqu’un d’autre en présence de l’essentiel en présence de Jésus. Le chemin pour aller vers Dieu il est inattendu même saugrenu ; ici pas d’annonce préalable comme pour laisser passer une ambulance ; la foule s’écartera pour laisser partir et non laisser venir celui qui est devenu la caricature intéressante d’une vie où le Oui de Dieu a retenti.

Il arrive que de petits gestes dans l’Eglise ou dans nos vies deviennent importants pour d’autres ; certains peuvent dire je n’ai fait que mon devoir d’homme, de femme, de témoins, d’humains ; peu importe les motivations,  à ce niveau c’est l’évangile c’est l’espérance c’est la vie qui se met en marche.

Le paralysé est une caricature de l’humanité souffrante ; il est même comme un objet ; il n’existe que par les autres qui font tout ; il est complètement passif comme sous le signe d’un Non qui paralyse sa vie. Il n’a jamais entendu un Oui pour lui. Comme toujours l’enseignement de Jésus n’est jamais sacralisé dans ces paroles mais sans cesse vivifié par la présence de l’intrus de celui ou celle qui devrait être ailleurs mais qui est là, car d’autres ont voulu pour et avec lui.

Le paralysé représenté ici,  est la caricature de l’humanité mise en présence de Dieu. Le rôle de celles et ceux qui portent et transportent, c’est de mettre en présence, c’est de rendre présent ; Il est rendu présent à Jésus ; il est rendu présent à lui-même, à sa maladie ; il est rendu présent aux autres qui par lui et ce qui s’est passé, seront bouleversés et pourront reconnaître la gloire du Dieu de Jésus lui qui a rendu présent le Père. Les Eglises comme les croyants ce sont celles et ceux qui portent l’espérance de Dieu au monde et en même temps celles et ceux qui portent ce monde à Dieu.

Il arrive parfois que nous nous sentions pris en charge par les autres ; il arrive aussi que nous souhaitions l’être ; que nous devions l’être même si cela n’est pas simple de le reconnaître ; il arrive que nous ne savons plus reconnaître le Oui de Dieu ou l’Amen de Dieu sur notre vie ; nous sommes alors la caricature bienveillante du paralysé de l’Evangile. Il est possible de se croire et se savoir portés par les autres comme il était possible de porter les autres aux pieds du Seigneur, par des chemins détournés et insoupçonnés : le rôle et le sens de la communauté chrétienne sont là complètement contenus : les portés et les porteurs sont interchangeables. C’est sans doute pour cela que Jésus parle de la foi des uns en adressant un Oui et un Amen sur la vie de l’autre et des autres.

Tantôt foule qui fait barrage, tantôt porteurs actifs, tantôt paralysé de la vie et de la foi, peu importe la caricature nous sommes aussi cela successivement ; nous sommes assurés quoiqu’il arrive de la rencontre possible avec le Seigneur ; lui même a pris le risque de la caricature pour dire Oui sur nos existences sur nos Eglises. Ces témoins Matthieu Marc et Luc mais aussi Jean et Paul et les autres ont pris le risque d’une parole, d’un récit, d’une rencontre pour changer sans doute nos images de Dieu, trop figées, trop statiques, trop conventionnelles ; nos projections de son espérance, de son amour, toujours imparfaites sont rencontrées et renouvelées afin qu’à notre tour,  nous puissions rendre Gloire au Dieu de Jésus Christ car, en lui, dans sa personne et sa vie nous n’avons nous non plus, jamais rien vu, ni cru de la sorte.




vendredi 2 décembre 2011

La nouveauté de l'Evangile de Jésus Christ : temps de l'Avent..

 
La Bonne Nouvelle de Jésus–Christ, Fils de Dieu, commence ici.

Dans le livre du prophète Ésaïe, on lit : « Moi, Dieu, je vais envoyer mon messager devant toi, pour préparer ton chemin.
Quelqu’un crie dans le désert : "Préparez la route du Seigneur ! Faites–lui des chemins bien droits !" »
Ainsi Jean–Baptiste vient dans le désert. Il lance cet appel : « Faites–vous baptiser, pour montrer que vous voulez changer votre vie, et Dieu pardonnera vos péchés. »

Tous les habitants de la région de Judée et de la ville de Jérusalem viennent vers Jean. Ils avouent leurs péchés devant tout le monde, et Jean les baptise dans l’eau du Jourdain.

Jean porte un vêtement en poils de chameau et il a une ceinture de cuir autour de la taille. Il mange des sauterelles et du miel sauvage.

Il annonce : « Celui qui va venir après moi est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de me baisser pour lui enlever ses sandales.
Moi, je vous ai baptisés dans l’eau, mais lui, il vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

Evangile de Marc ch. 1

 

Lectures : Esaïe 40, 1-8 puis 2 Pierre 3, 8-14 et Marc 1, 1-8

 

Voici les temps de changements et de recommencements et dans ces temps troublés, y a t-il une réalité qui demeure, une réalité qui était qui est et qui vient : cette réalité ressemble à une parole, celle de Dieu, une parole comme une espérance. 

Parfois nous disons et croyons qu’avant c’était mieux ; un grand nombre de nos contemporains pensent et croient cela ; comme si nous avions besoin pour affronter les réalités difficiles d’aujourd’hui, d’embellir celles d’hier ou d’avant hier. Il est sans doute nécessaire aux humains de croire en un temps, un âge d’or ! voire en un moment stable positif agréable et heureux qui serait une aide efficace pour vivre les temps présents caractérisés souvent caricaturés parfois comme par exemple, le temps de la crise. Comme si la crise, la grande crise était celle que nous vivons celle de notre société de nos systèmes devait nécessairement s’exprimer dans l’oubli des crises violentes qu’ont vécu nos aïeux.

Nous vivons de changements en changements et peut-être de recommencements en recommencements ; non pas dans un cycle celui par exemple de l’éternel retour, mais dans un rythme parfois saccadé et peu mélodieux où nous avançons sans trop savoir où nous allons ; ces saccades de l’histoire celles de nos existences,  nous constituent.

La liturgie est le retour de ce qui est semblable et chaque fois différent car je ne suis pas le même qu’hier ou que la semaine dernière ; les saisons, les fêtes expriment ces commencements sans cesse à revivre et à recommencer. De temps en temps nous avons envie de vivre les choses autrement ; faire du neuf et du nouveau ; vivre ce temps de préparation et d’attente de Noël d’une façon différente et neuve.

« Vivre Noël autrement » un groupe de chrétiens inter-églises sont concernés par ce genre de projet : il s’agit d’arrêter de consommer pour consommer ; il s’agit de tenir compte de la planète et de se mettre en souci pour nos contemporains proches ou lointains qui eux n’ont rien et sont sans espérance aucune. Il s’agit à ce niveau de ne plus faire seulement la charité mais dans la foi et à cause d’elle de s’enquérir plus que jamais des causes de ce qui empêche des humains d’être des humains. Vivre autrement, avoir d’autres idées, d’autres réflexes, d’autres actions. Comment conjuguer, articuler le neuf ou le nouveau que nous sentons en nous avec l’ancien, la vieille histoire qui est aussi la nôtre ?

Avant ce n’était pas vraiment mieux ; il n’y a pas d’âge d’or de l’humanité. Cela est vrai, en particulier pour les premières générations de chrétiens, nos ancêtres dans la foi qui ont dû affronter des paniques et des crises si fortes qu’elles sont arrivées jusqu’à nous dans les témoignages des Ecritures qu’ils nous ont laissés.

Les textes que nous avons lus aujourd’hui dans la communion de l’Eglise universelle, disent 3 changements d’orientation et au moins 3 paroles qui peuvent nous intéresser et nous stimuler.

Le premier c’est au moment du retour de l’Exil de Babylone. Le deuxième est celui du retour non réalisé du Christ au temps de Paul et de Pierre. Le troisième c’est la fin d’une méthode celle de Jean le baptiste, le solitaire. Dans ces trois étapes ces trois moments difficiles et neufs retentit une Parole ; comme si la transmission d’une Parole résistait et accompagnait même ces grands changements. 

Le prophète Esaïe en annonçant la fin de l’Exil comme une immense nouveauté et un changement d’époque, dit une parole étonnante celle de la consolation : Consolez ! Consolez ! mon peuple dit Dieu ; le consoler de quoi, n’est il pas suffisamment satisfait de cette nouvelle ère qui s’ouvre devant lui ? Le peuple de Dieu a besoin qu’on vienne vers lui ; la consolation, cum-solatio c’est la rencontre d’une solitude. La plus grande nouvelle possible c’est la fin de la solitude triste ou joyeuse. Le peuple va rentrer chez lui et il a besoin d’être rejoint et rencontrer par quelqu’un par son Dieu. Quant tout va mal mais aussi quant tout va bien j’ai besoin d’être consoler, c’est dire que ma solitude soit rejointe par une Parole qui vient vers moi : ce qui est élevé sera abaissé ce qui est abaissé sera élevé. Par delà les vanités et les orgueils humains vient une Parole d’encouragement qui dure et demeure.

Ceci est vrai pour nous aussi, ceci nous entraîne à être les porteurs de ses paroles d’encouragements vers les autres autour de nous.

Le deuxième temps de crise est celui des apôtres eux-mêmes qui comme Jésus lui-même attendaient la fin des temps ; ce qui se passait alors dans le monde était perçu et compris comme l’inauguration de grand retour et de la fin. Il a fallu se rendre à l’évidence : Dieu ne vient pas tout régler ; il manifeste dit l’apôtre Pierre, sa patience  envers nous : « il ne souhaite pas que quelqu’un se perde, mais que tous accède à un changement radical.» Ici la parole qui vient à notre rencontre c’est l’attente et la nécessité d’une vraie conversion de nos mentalités de notre foi de notre vie. Les témoins de la foi attestent que le monde ne se dissout pas ne roule pas inexorablement vers sa perte mais reste dans les mains de Dieu : nous sommes ses témoins. La fin d’un monde ce n’est pas la fin du monde. Il a fallu que ces premiers témoins de la foi abandonne cette idée du retour imminent du Seigneur pour se mettre à vie et à agir dans cette vie dans ce monde qui semblait perdu et condamné. La communauté chrétienne va trouver l’énergie nécessaire pour faire face à un changement radical de doctrine. On croyait à la fin et on se met à croire à la durée au temps qui passe et à retrouver Dieu non pas dans la catastrophe mais dans la fidélité de l’action et de la parole quotidiennes.

La crise du monde nous entraîne à ne pas nous replier sur nous-mêmes en attendant que ça passe mais à voir les choses autrement ; à proposer d’autres manières de vivre peut-être, d’autres manières de croire, d’autres manières à inventer d’être l’Eglise de Jésus Christ dans ce monde.

 Enfin troisième temps celui de Jean le Baptiste. Au début de l’évangile de Marc nous l’avons lu retentit cette affirmation : « Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ fils de Dieu » et très vite survint Jean celui qui baptisait dans le désert. Jean représente la vieille école ; il est l’ancien régime ; il est surprenant par ses habits sa nourriture son action et ses paroles ; il est anachronique. Il ne dit pas : revenez vers l’ancien mode de vie et de croire ! Ou revenez vers les origines et le passé et vous serez sauvés ; il dit plutôt : vient après moi, celui qui est plus que moi ! C’est de l’ancien que vient le neuf ; le commencement est un recommencement. Les prophéties anciennes sont renouvelées ; un temps nouveau est là ; il faudra le saisir et en prendre acte pour en vivre. L’ancien n’est pas un regret ou une nostalgie ; il est ce qui met en route, une réalité nouvelle. La parole ancienne garde toute sa valeur elle est dite dans un langage une forme radicalement nouvelle. On n’ira plus dans le Jourdain pour être baptisé ; on ne reproduira pas les actes anciens on en fera de nouveau. Le Christ lui-même sera une nouvelle compréhension de Dieu. Jean pointe vers Jésus pour passer le flambeau difficile et redoutable.

Nous croyons parfois que ce qui est neuf et nouveau, remplace et condamne même ce qui est ancien et vieux. Nous croyons que la modernité est une critique des temps anciens qui sont souvent les nôtres et ceux que nous connaissons. Il n’en est pas ainsi dans la foi au Dieu ancien et neuf au Dieu de l’ancien testament et du nouveau testament. C’est de l’ancien que naît le neuf. Les difficultés du temps présent comme les joies du temps présent ont pris naissance dans le passé. La réconciliation entre hier et aujourd’hui est une promesse de l’Evangile. La rencontre et la réconciliation entre Jean et ses disciples avec Jésus et ses disciples est le gage de la naissance du neuf dans l’ancien.

Au cœur des crises des commencements et des recommencements nous recevons aujourd’hui des paroles qui durent qui demeurent et qui nous accompagnent :
·  La solitude des hommes et des femmes est visitée ; nous sommes les porteurs d’une parole de consolation.
·  Nous sommes appelés à voir à comprendre le monde, nous-mêmes et Dieu dans un changement radical de mentalités ; nous avons encore besoin de changer et de nous convertir à ce que Dieu attend de nous.
· L’Evangile nous donne l’assurance que ce qui est ancien et vieux chez nous n’est pas rejeté mais sert à montrer à pointer ce qui est neuf et nouveau. Dieu se sert de nous pour attester que le Dieu d’Abraham est aussi celui qui suscite Jésus le Christ pour un grand et vaste renouvellement au service des autres et du monde.

Dieu nous accompagne dans le changement et le renouvellement de notre monde.