lundi 30 octobre 2017

A Utrecht

Dimanche 29 octobre 2017 : Culte de la  Réformation

Lectures : Deutéronome 6, 1-9 puis Matthieu 22, 34-40 :

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… de toute ta pensée…et ton prochain comme toi-même"
Le christianisme ne dit pas « Dieu est grand ou le plus grand » ! Il affirme, plus volontiers : « Dieu est Amour » !
L’amour de Dieu et non la crainte de Dieu, associé à l’amour du prochain sont le résumé, le centre, le moteur et la finalité de la foi chrétienne. Ils sont même une reprise, une suite, une conséquence de l’ancienne foi hébraïque toujours actuelle qui retentit dans la célèbre formule : « ECOUTE Israël le Seigneur est notre Dieu le Seigneur est UN » dont le premier et le dernier mot sont écrits en majuscule -ce sont les seuls- dans toute la Thora ! On peut dire que la foi, l’expression de la foi sa confession privée, personnelle ou publique est suivie de la démonstration de sa pratique de sa mise en forme dans l’expression ou dans le commandement de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain.
Faut-il dire commandement d’amour ? On sait bien que l’on n’aime pas sur commande et que les sentiments, si aimer est de cet ordre, cela ne se commande pas dit-on encore. Alors si ce n’est pas un commandement cela pourrait être une fin, une finalité, le but ultime de l’existence humaine : au fond, nous sommes là pour ça ! pour aimer quoiqu’il en coûte ; pour aimer ce qui nous dépasse infiniment ; il s’agit alors d’aimer un au-delà de soi-même ; de faire accéder l’amour à un ultime que rien ni personne ne pourrait enfermer ; et en même temps aimer l’autre comme créature et création de cet infini. La vie humaine est alors comprise entre l’amour infini de Dieu et l’amour fini des autres comme de soi -même.
Aujourd’hui ou dans le monde et en Europe plus particulièrement nous nous souvenons du début de la Réforme et du geste et de la parole de Luther,  je voudrais simplement aborder un aspect très particulier de ce qui est décrit comme l’amour de Dieu. Je voudrais aborder un point de cette dimension verticale qui est la première étape de la relation d’amour qui est la colonne vertébrale de notre vie.
Cet amour de Dieu est repris, on l’aura compris, du premier testament. Il faut s’en persuader toujours mieux : l’amour divin ne caractérise pas le second testament et la venue de Jésus Christ. Il est bien présent et à l’œuvre dans la Bible juive. Il est décrit et énoncé comme suit dans le Deutéronome

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur de tout ton être, de toute ta force ».
Le cœur est mobilisé non comme dans notre culture comme siège des sentiments mais plutôt comme centre de notre volonté consciente ; pour aimer Dieu encore faut-il le vouloir.
L’être est mobilisé aussi, on traduit parfois « de toute ton âme » (Rabbinat) il s’agit ici de ce qui rend vivant, comme le souffle de vie, comme ce qui me lie comme créature au créateur. Il s’agit de mobiliser toute sa capacité à être ce que l’on est, et qui nous a été donné. Ma réalité : corps et esprit est concernée vers ce retour à Dieu qui lui dit ma reconnaissance, ma confiance, mon espérance.
De tout ton cœur de toute ta vie de tout ton être mais aussi « de toute ta force ». Trad. du Rabbinat : « de tout ton pouvoir » Le troisième aspect de cette mobilisation vers l’amour de Dieu concerne ce que l’on appelle aujourd’hui, les énergies. Nous sommes constitués par des forces et des énergies variables, inégales, étonnantes parfois et que nous ne connaissons pas très bien. On dit aujourd’hui dans le langage courant « il faut mobiliser nos énergies » au sens de nos capacités à faire à produire à créer.
Voilà en quelques mots d’où part notre aptitude à aimer Dieu ; voilà les zones de nos personnalités qui sont mobilisées pour cet amour libre et gratuit qui donne un sens et une valeur à nos existences. Notre volonté, notre esprit et notre énergie. 
Ecoutons maintenant le Nouveau testament et en particulier, l’évangile selon Matthieu au ch. 22 et au v. 36 : « un homme de loi lui dit pour lui tendre un piège : Maître quel est le plus grand commandement dans la Thora : Jésus lui déclara : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée ; c’est la premier le grand commandement ». Jésus fait-il une citation de mémoire ? Il connaît très bien la Thora, la loi. Veut-il dire la même chose que nous avons déjà dite ou veut-il ajouter et préciser un point particulier ?
Avec le Nouveau Testament avec les évangiles, apparaît très curieusement soit une quatrième dimension soit une re-formulation de la troisième. Dans les évangiles est mentionnée ce qui n’était pas dans l’ancien texte : « de toute ta pensée ». Matthieu remplace « de toute ta force » par « de toute ta pensée ». Luc ajoute la pensée aux trois dimensions classiques.
Voici donc l’apparition claire et nette de la pensée - de la réflexion-  de l’intelligence- au service non pas d’elle-même, mais de l’amour de Dieu et du prochain.
Il n’est pas question de dire que cette intelligence de la foi et de l’amour n’existait pas avant la venue du Christ ; il s’agit de constater qu’avec lui et les nouvelles générations de chrétiens qui vont semer et annoncer qui vont reprendre et diffuser ce qu’ils ont reçu, cette dimension de l’amour à savoir l’intelligence, la pensée, la réflexion, sera essentielle.

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ta pensée, de toute ton intelligence ».
L’amour de Dieu réclame et procure de la pensée et de l’intelligence. Il n’y a pas et ne devrait pas y avoir des chrétiens sans intelligence. Nous opposons bien souvent les gestes, les actes ou les émotions qui seraient plus vrais et plus chaleureux, à une réflexion personnelle ou communautaire qui serait plus distante et plus froide, plus sèche même disons-nous parfois.
Aujourd’hui les groupes chaleureux et émotionnels attirent plus que les groupes de réflexions. Cette opposition a toujours existé et en même temps le christianisme comme le judaïsme a toujours maintenu que la réflexion et la pensée avait une place irremplaçable dans notre relation aux autres bien sûr, mais aussi dans notre relation à Dieu, dans l’amour même que nous lui portons.
Il vaut mieux que le culte soit chaleureux et vivant, il vaut mieux que nos relations soient fraternelles et vraies mais la dimension cultuelle requiert réclame aussi la pensée et la réflexion sans quoi notre fidélité et notre amour de Dieu seraient boiteux !
La Réforme a été au 16ième siècle un immense effort jamais terminé, pour donner à croire de façon différente, mais aussi un immense effort pour donner à penser et à comprendre de façon différente. 
Les Réformateurs vont s’épuiser à écrire et commenter les textes bibliques, ils vont participer à des débats, des disputes théologiques ou sociales où il s’agissait, non pas de prouver qu’on était sincère mais de montrer et de démontrer par des arguments qu’on était dans la vérité. La Diète de Worms en particulier en 1529 on apparaitra pour la première fois le terme « protestant » : dire sa foi en face, devant …la proposer la penser pour qu’il soit claire audible intelligible !
Ce qui compte aujourd’hui essentiellement c’est au fond la sincérité. Si quelqu’un à la télévision, a l’air sincère et vrai on va dire plus facilement, qu’il a raison contre celui qui donne des arguments et qui n’a pas l’air d’y croire. La conviction n’est plus celle de l’argument, mais de l’émotion que cette conviction est susceptible de provoquer. Aujourd’hui la folie terroriste remplace même l’émotion et toute pensée rationnelle !
Retrouver l’intelligence de la foi, celle de l’amour de Dieu ; apprendre l’intelligence de la foi en Dieu ; remettre sans cesse sur le métier cet effort de penser et de croire en même temps, dans le même mouvement, voilà me semble-t-il une bonne nouvelle pour nous ! Penser par soi-même, ne pas attendre du spécialiste le point ultime et final de la réflexion ; ne pas renoncer à cette intelligence de la foi qui va se transformer en amour de Dieu et des autres voilà me semble-t-il un bon et vrai programme pour nos vies.
Nous sommes des êtres fragiles mais des créatures de Dieu avec un cœur un esprit des énergies et une intelligence ; il s’agit bien de mobiliser tout cela ensemble pour que notre service et le sens que nous donnerons à notre vie en soit revivifié. Alors il sera intéressant et utile de nous tourner résolument vers le prochain qui comme nous est pourvu de cette pensée et de cette intelligence qui nous permettra de nous rencontrer en vérité.
Oui c’est bien pour vivre et servir que tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur de toute ton âme de toute ta force et de toute ton intelligence et ton prochain comme toi-même.








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