samedi 22 juin 2013
vendredi 21 juin 2013
Qui est il ? pour moi, pour toi !
Marc 8, 27-35 :
Jésus
s’en alla avec ses disciples vers les villages voisins de Césarée de Philippe.
En chemin, il interrogeait ses disciples : « Qui suis–je, au dire des
hommes ? »
28
Ils lui dirent : « Jean le
Baptiste ; pour d’autres, Elie ; pour d’autres, l’un des
prophètes. »
29
Et lui leur demandait : « Et
vous, qui dites–vous que je suis ? » Prenant la parole, Pierre lui
répond : « Tu es le Christ. »
30
Et il leur commanda sévèrement de ne
parler de lui à personne.
31
Puis il commença à leur enseigner qu’il
fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les
anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit mis à mort et que, trois
jours après, il ressuscite.
32
Il tenait ouvertement ce langage.
Pierre, le tirant à part, se mit à le réprimander.
33
Mais lui, se retournant et voyant ses
disciples, réprimanda Pierre ; il lui dit : « Retire–toi !
Derrière moi, Satan, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des
hommes. »
34
Puis il fit venir la foule avec ses
disciples et il leur dit : « Si quelqu’un veut venir à ma suite,
qu’il se renie lui–même et prenne sa croix, et qu’il me suive.
35
En effet, qui veut sauver sa vie, la
perdra ; mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Evangile, la
sauvera.
« Qui suis-je au dire
des hommes ? Et vous qui dites-vous que je suis ? »
Ces questions retentissent au centre de
l’Evangile : la confession de Pierre : Tu es le Christ de Dieu, fait
charnière ; elle pointe un avant, celui de l’enseignement et du
compagnonnage de Jésus qui aboutit à cette affirmation si forte et un après
où s’inaugure le temps du don de l’ultime et de la passion. Cette même question
a deux destinataires : les foules et vous les disciples : les
réponses données semblent étranges et problématiques : les réponses
données des foules se perdent dans le silence de Jésus celle donnée par Pierre provoque sa
réprobation.
Combien il eût été plus facile, si Jésus
avait dit clairement qui il était. Combien ce serait mieux si c’était
clair ! Si Dieu se manifestait avec éclat et de façon évidente pour tous,
alors il n’y aurait plus de problème.
J’entends souvent ces objections qui
veulent voir et rendre clair la présence de Dieu.
Des gens ont vu et entendu Jésus pendant un, deux ou trois ans, dans un
petit pays, à leur côté et il pense qu’il s’agit de son cousin Jean Baptiste ou
bien un prophète des temps jadis. Ils ont vu Jésus agir tellement de façon
vitale tellement au petit et grand soin à l’égard des autres, qu’ils pensent
qu’il est un ressuscité, d’une sorte de revenant.
Jésus reste une question qui appelle des réponses.
Si Jésus avait dit un jour : voilà ce que je
suis ! On n’en parlerait plus vraiment. Tous ceux qui se sont définis
eux-mêmes sont peu intéressants pour les autres. Mais dit-on vraiment
cela ? Peut-on vraiment se dire soi même ? Notre carte d’identité dit-elle vraiment qui nous
sommes ? Notre réputation bonne et mauvaise à la fois, les rumeurs, les
on-dit décrivent –ils bien la réalité d’une personne ordinaire et complexe.
Ceci fait penser aux enfants à peine nés chez qui
on cherche à tout prix à retrouver les yeux du père, le nez de la grand-mère et
les colères de l’oncle, sans voir qu’on l’enferme un peu vite dans des
ressemblances qui ne disent rien en fait de ce qu’il sera, lui. Et s’il était
autre chose que des petits bouts de tous ceux qui l’ont précédé ? Et si
une personne était toujours plus compliquée qu’une définition ou une
ressemblance, plus difficile à saisir qu’un objet que l’on étiquette ?
Alors, Jésus a peut-être à voir avec ses
illustres prédécesseurs, et pourtant il ne se résume pas à ces références. Il
est autre que le duplicata de ce qui s’est passé dans l’histoire de sa famille
et de son peuple.
Nous ne serons jamais bien placés et qualifiés
pour dire, qui nous sommes. Ce sont
toujours les autres qui, à des moments très particuliers de notre existence,
des moments de relation en particulier, pourront dire sans doute un aspect de
ce que nous sommes pour eux ; non pas ce que nous sommes en vérité, en
soi mais ce que nous sommes pour eux
pour elles. Nous sommes le produit de quelqu’un d’autre ; les autres sont
là grâce à Dieu pour nous dire dans la joie et la reconnaissance comme dans la
douleur et le rejet ce que nous sommes et ce que nous sommes pour eux.
Mystérieusement, il en est
de même pour le Christ comme pour Dieu. Toute définition est une faute car elle nous laisse croire que
nous avons Dieu à notre disposition. Nous sommes appelés à dire sans doute ce
qu’il est au delà des clichés.
Aussi il me paraît utile
de considérer encore ce matin cette distinction que l’on trouve dans
l’Evangile, entre la question de l’identité du Christ adressée aux foules
et la même question adressée aux disciples. Nous sommes à la fois et selon
les moments : comme les autres humains et en même temps comme des
disciples.
Qui suis-je aux dire des hommes ? Depuis le début
de l’histoire du christianisme cette question à reçu toutes sortes de
réponses :
Jésus a été considéré comme un maître de sagesse,
pour celles et ceux qui étaient particulièrement réceptifs à ses paroles de
vie, à ses élans de méditations dans le sermon sur la montagne dans les
béatitudes ou les paraboles. Si l’on veut méditer sur l’existence humaine sur
le sens de la vie et des relations avec les autres il y a sous cet aspect de la
matière.
Jésus a été considéré comme un thérapeute, un
guérisseur, par celles et ceux qui sont attentifs au fait que la plupart de ces
gestes et de ces paroles concernent effectivement le corps et les relations
inter-personnelles.
Jésus a été considéré comme un révolutionnaire
dans son rapport difficile avec le judaïsme de son temps, dans la subversion
qu’il a apporté et manifesté dans le rejet des codes et règlements qui
écrasent ; dans sa recherche et son affirmation d’un idéal de justice et
d’amour dès ici-bas avec sa grande méfiance à l’égard des personnages de
pouvoir civils ou religieux.
Jésus a été considéré comme une figure éminente
dans la longue liste des martyrs des suppliciés injustement condamnés, en
quelque sorte sacrifiés sur l’autel de la raison d’état ou d’une politique
religieuse douteuse.
Jésus a été considéré comme le fondateur de la
laïcité car personne mieux que lui ne l’a définie aussi bien en disant qu’il
fallait rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César.
Je pourrais et vous aussi continuer cette liste
qui, comme celle que lui rapporte les disciples : en l’identifiant à Jean
Baptiste, ou à Elie, ou à un prophète d’autre fois, n’est ni fausse, ni juste. Une liste devant laquelle Jésus ne
s’exprime pas et ne s’explique pas. Comme si c’était un passage nécessaire
comme si il fallait en passer par là au moins pour commencer.
Une liste qui dit la personnalité multiforme de
Jésus vue par d’autres ; une personnalité si riche que rien ne convient
vraiment si ce n’est de venir au devant de nos envies de nos souhaits de nos
goûts comme pour mieux les reconnaître et
sans doute mieux essayer de les vivre. Sous cet angle aussi Jésus n’est
pas un personnage d’abord enfermé dans le cercle étroit de la religion et du
sacré.
Dans la présentation de la
vie de Jésus par les témoins qui ont écrit les évangiles, au fond qu’est-ce
qui nous intéresse ? Est-il un modèle d’identification dont nous
rêvons, que nous souhaitons, que nous attendons ou espérons comme au premier
regard, comme au premier degré ? Sa personnalité vue par d’autres, vient
nous rejoindre, nous rencontrer, hors du temple, hors de la religiosité et du
sacré qui sont pour lui plus un carcan qu’une liberté.
Et vous –disciples- qui dites-vous que je
suis ?
Quelqu’un parle souvent pour les autres c’est la fonction de Pierre. Encore que
d’autres diront des choses autrement, tout au long de leur travail d’annonce de
l’Evangile.
Pierre dit sans comprendre vraiment. Tu es le
Christ le messie, celui qui doit venir et qui est attendu mais tellement
inattendu que ce n’est pas le moment d’en parler. Un Dieu lié à une croix ou de
manière plus symbolique un Dieu qui va rencontrer d’abord celles et ceux qui
sont chargés comme lui d’un poids trop lourd : voilà le messie qui
approche la réalité du Christ de Dieu. Un messie qui ne fait pas rêver à des
lendemains qui chantent, mais un messie qui se présente non sous son meilleur
jour, non en étalant ses réussites mais en venant faire histoire, faire un bout
de chemin avec les chargés et les fatigués de la vie et de l’histoire.
Nous nous présentons sous notre meilleur jour ;
il n’en est pas ainsi pour Jésus le Christ de Dieu, selon Pierre qui est en
train de découvrir cela.. Il n’a pas essayé de combler les vides et nos
insuffisances. Il vient les visiter. La religion de son temps est comprise
voire vécue comme ce qui vient palier à notre faiblesse ; la foi est
censée nous rendre plus fort. Un grand nombre de croyances et de pratiques
spirituelles diverses s’accrochent sur ce penchant naturel de l’être humain à
boucher les trous de son existence. Il n’en est pas ainsi pour Jésus le Christ
de Dieu.
Qui suis-je pour
vous ?
Dans ce texte de
l’Evangile de Marc, à la suite du Christ, le chrétien est appelé à rencontrer
Dieu dans les creux dans les plis de sa vie et non ^pas comme pour combler et
boucher les trous de l’existence !
Et parce que nous savons
qu’il nous nous a déjà sauvés, que nous avons déjà tout gagné, nous n’avons
plus peur de perdre. Nous sommes libres d’être hommes et femmes, vivant avec
nos plénitudes et nos solitudes ; avec nos richesses et nos faiblesses.
Une de nos tâches au cœur
de ce monde, sera de sauvegarder un peu d’espace, un peu d’incertitudes, un peu
d’histoires, un peu de diversité dans les identités de Jésus, pour le respecter
comme il nous respecte ; par exemple en nous invitant à son repas où il
est le maître du repas et l’invité où il est l’hôte – celui qui a plusieurs
places et plusieurs rôles, celui qui invite et qui est invité, comme il peut
devenir maintenant le maître et l’invité de notre vie.
Oui Il est vraiment une
question qui suscite une réponse ; Il est une réponse qui appelle toujours
une question !
mercredi 12 juin 2013
dimanche 9 juin 2013
L'Evangile comme disproportion
Culte à Sabarat (09) le 9 juin
On dit que l’annonce de la bonne nouvelle de Jésus comme Messie comme envoyé a créé un certain désordre dans l’empire gréco-romain, mais aussi dans les habitudes de la religion juive ; désordre et changement aussi à l’intérieur des communautés chrétiennes elles-mêmes dans la mesure où elles n’étaient pas toutes d’accord sur la compréhension, l’évaluation de la démesure annoncée dans la personne de Jésus de Nazareth le Christ de Dieu. Comment vivre cette disproportion entre l’homme Jésus et Christ de Dieu ? Comment mettre ensemble dans un rapport cohérent, un homme et la présence même de Dieu ? Ce qui est annoncé et vécu concerne la vie concrète des personnes et non pas seulement leur espérance future, leurs rêves éveillés, leurs envies fantasmées !
Marc 12
:
Lecture de 1 Rois 17 :
9 « Lève–toi, va à Sarepta qui appartient à
Sidon, tu y habiteras ; j’ai ordonné là–bas à une femme, à une veuve, de
te ravitailler. »
41 Assis en face du tronc, Jésus
regardait comment la foule mettait de l’argent dans le tronc. De nombreux
riches mettaient beaucoup.
42 Vint une veuve pauvre qui mit deux petites
pièces, quelques centimes.
43 Appelant ses disciples, Jésus leur dit : « En
vérité, je vous le déclare, cette veuve pauvre a mis plus que tous ceux qui
mettent dans le tronc.
44 Car tous ont mis en prenant sur leur
superflu ; mais elle, elle a pris sur sa misère pour mettre tout ce
qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »
10 Il se leva, partit pour Sarepta et parvint à
l’entrée de la ville. Il y avait là une femme, une veuve, qui ramassait du
bois. Il l’appela et dit : « Va me chercher, je t’en prie, un peu
d’eau dans la cruche pour que je boive ! »
11 Elle alla en chercher. Il l’appela et
dit : « Va me chercher, je t’en prie, un morceau de pain dans ta main ! »
12 Elle répondit : « Par la vie du
SEIGNEUR, ton Dieu ! Je n’ai rien de prêt, j’ai tout juste une poignée de
farine dans la cruche et un petit peu d’huile dans la jarre ; quand
j’aurai ramassé quelques morceaux de bois, je rentrerai et je préparerai ces
aliments pour moi et pour mon fils ; nous les mangerons et puis nous
mourrons. »
13 Elie lui dit : « Ne crains
pas ! Rentre et fais ce que tu as dit ; seulement, avec ce que tu as,
fais–moi d’abord une petite galette et tu me l’apporteras ; tu en feras
ensuite pour toi et pour ton fils.
14 Car ainsi parle le SEIGNEUR, le Dieu
d’Israël : Cruche de farine ne se videra jarre d’huile ne désemplira
jusqu’au jour où le SEIGNEUR donnera la pluie à la surface du sol. »
15 Elle s’en alla et fit comme Elie avait
dit ; elle mangea, elle, lui et sa famille pendant des jours.
16 La cruche de farine ne tarit pas, et la jarre
d’huile ne désemplit pas, selon la parole que le SEIGNEUR avait dite par
l’intermédiaire d’Elie.
La Bonne nouvelle annoncée dans
le christianisme ressemble bien souvent à une disproportion, voire à une
démesure ou en tous cas à un passage, un rapport, une relation entre un presque
rien et une totalité ou bien encore entre une grandeur une immensité qui
devient infime et ténue. La graine enfouie en terre deviendra un grand arbre
dans lequel viendront se nicher les oiseaux du ciel. Le sel est perdu dans la pâte, comme le trésor dans la terre ; le
plus grand doit devenir le plus petit comme le second ou le dernier se retrouve
premier. Il y a renversement, bouleversement des situations où le riche se fait
pauvre où le pauvre se découvre riche.
On pourrait dire aussi que le
christianisme tel qu’il a été annoncé et vécu après Jésus n’a pas été une
approbation, une stabilité, de ce qui était en place et qui soudain s’est
trouvé déstabilisé. Il a été non seulement interprétation nouvelle du monde
mais aussi transformation du monde ancien pour laisser percer en son sein un
monde différent et neuf. Et cela non pas dans l’au-delà mais déjà ici-bas. On dit que l’annonce de la bonne nouvelle de Jésus comme Messie comme envoyé a créé un certain désordre dans l’empire gréco-romain, mais aussi dans les habitudes de la religion juive ; désordre et changement aussi à l’intérieur des communautés chrétiennes elles-mêmes dans la mesure où elles n’étaient pas toutes d’accord sur la compréhension, l’évaluation de la démesure annoncée dans la personne de Jésus de Nazareth le Christ de Dieu. Comment vivre cette disproportion entre l’homme Jésus et Christ de Dieu ? Comment mettre ensemble dans un rapport cohérent, un homme et la présence même de Dieu ? Ce qui est annoncé et vécu concerne la vie concrète des personnes et non pas seulement leur espérance future, leurs rêves éveillés, leurs envies fantasmées !
Désormais la présence de Dieu au
milieu des humains est une présence nourrissante, où ce qu’il faut pour vivre,
dans la réalité, devient un mot d’ordre impératif, une nécessité religieuse,
une base sur laquelle on peut ensuite développer, interpréter, rêver ; il
faut d’abord nourrir c’est la réalité de la foi qui est contenue là totalement.
Ceci est pour nous bien concret parfois trop concret et n’incite pas beaucoup à
la méditation seulement spirituelle !
Se nourrir d’abord sera le
mot d’ordre de la tradition juive où le repas et les repas ordinaires vont
devenir extraordinaires. Où manger en famille et manger avec la communauté
seront le signe d’une présence divine et l’accomplissement des ordres divins.
Où ce qui est simple et basique va devenir le signe le plus élaboré de la vie
de foi de la relation avec les autres comme de la relation avec Dieu. Certes
les repas sacrés ont existé dans les religions anciennes, mais ici ce qui est
neuf et différent sera précisément le passage du repas ordinaire et banal à une
autre dimension. Ce qui est banal va devenir extraordinaire et riche en
significations. La disproportion va
s’installer : le culinaire va remplacer peu à peu les sacrifices qui
nourrissaient les dieux et les prêtres, vont disparaître au profit du repas
familial ou le père sera le prêtre nouveau où la famille sera figure du
peuple où l’univers deviendra le seul vrai temple ; où le maître et ses
disciples en train de se nourrir seront l’image du nouveau peuple de Dieu.
Ici la pointe de l’interpellation nous atteint
et vient à notre rencontre : la foi en Dieu la foi au Christ
Jésus vient elle rencontrer notre existence concrète et banale ? Ou vient-elle
nous rejoindre ? comme une fidélité au passé, comme une satisfaction
personnelle, comme une habitude….Y a-t-il quelque chose de nourrissant pour
nous ? qui nous aide à vivre et à être en relation avec les autres par
delà une tradition sympathique surtout si nous ne l’avons pas choisie mais
plutôt reçue de nos ancêtres…
« Elle alla faire selon la
parole d’Elie et pendant des jours elle eut de quoi manger, elle et sa maison
ainsi que lui ».
Il s’agit bien d’un rapport étrange entre une parole prononcée et
l’action nourrissante où la pratique de la cuisine peut s’effectuer. Ce n’est
plus de la magie mais une promesse à croire, à recevoir et à vivre ; c’est
la retrouvaille d’une parole cohérente entre ce que je crois ce que je fais ce
que je vis au quotidien. La première demande de la prière de Jésus sera celle
de la quotidienneté et de la réception du pain. « Donne-nous aujourd’hui
notre pain du jour ! » Que je sois nourri de toi ! Et que je
puisse partager ce qui me fait vivre !
Il y aura toujours un écart entre
ce que je vis et ce que je crois. Et cet écart provient de moi-même, de mon
égo, de mon caractère, de ma conscience comme alibi ; bref je ne fais pas
comme le dirait l’apôtre Paul, ce que je voudrais faire et je fais même ce que je
ne voudrais pas faire ; car je m’installe volontiers comme le maître de
moi-même et parfois des autres et rarement comme le serviteur de moi-même et
celui des autres !
La veuve de Sarepta ou celle du
Temple de Jérusalem sont des personnes dépendantes des autres du bon vouloir des
autres ; elles n’ont plus de vrais droits qui les protègent vraiment.
Elles sont comme des personnes qui vivent au jour le jour au gré des rencontres
inattendus, celle d’un prophète étrange comme Elie ou celle de quelqu’un qui ne
lui parle pas mais qui regarde de loin, comme Jésus. La veuve du temple devient
le sujet de formation des disciples, elle devient intéressante, car elle
n’intéresse personne et que cela ne la dérange pas. Elle donne un sens à sa vie
en puisant dans sa vie son bien sa réserve presque vide. Elle ne partage
presque rien. Et cela aux yeux de Jésus devient beaucoup. On passe avec elle du
peu, au plus.
Ces femmes mettent en scène sans
le vouloir, sans le savoir, la disproportion qui existence dès que l’on annonce
l’évangile ; elles sont les témoins de la réalité de l’Eglise et de la
communauté chrétienne qui ne fait pas grand-chose et qui soudain devient
importante pour des personnes qui en ont soudain besoin.
Elles donnent comme l’on dit
d’elles-mêmes ! Elles payent de leur personne comme si elle transmettaient
de la vie, comme si elles faisaient signe au-delà du geste ordinaire de faire
des gâteaux, quand on manque de tout ou de donner quelques pièces de
monnaie, les ultimes, les rares, les
dernières !
On a souvent noté que les textes
bibliques ne nous disent pas qu’il faut les imiter, faire comme elles ont fait.
Elles ne deviennent pas exemplaires, elles ne sont pas des modèles à
reproduire ; elles sont annonciatrices du monde neuf dans un monde vieux.
Elles nous aident à croire pour vivre la
disproportion qu’annonce l’Evangile de Jésus Christ. Elles disent et
expriment dans leur vie une réalité plus forte, plus radicale que la banalité
de l’existence quotidienne ; elles viennent à notre rencontre pour nous
dire que l’extraordinaire, le nouveau, le plus, le mieux est tout proche, est à
noter portée. Elles viennent nous dire une bonne nouvelle dans nos soucis, nos
solitudes, nos lourdeurs et nos petites richesses.
Ce qui nous manque, ce que nous
désirons et souhaitons ce qui nous ferait plaisir dépend aussi de nous et nous
savons pourtant qu’il est possible de le recevoir et de la vivre comme signe de
la présence de Dieu lui-même, dans la banalité de nos vies.
Etre chrétien ce n’est pas se
faire voir ou se faire remarquer c’est laisser à d’autres la possibilité de
voir en nous quelque chose de pas très normal dans nos gestes nos comportements
nos paroles. Ainsi nous laisserons aux autres la possibilité de voir et
d’entendre, une présence celle de l’extraordinaire, celle de la présence de
Dieu comme une nourriture vitale au cœur de nos vies. La nouvelle construction
que Dieu bâtit n’est plus celle du temple à Jérusalem ou ailleurs, c’est bien
celle de nous-mêmes et de la communauté vivante qui annoncent un monde vraiment
nouveau. Etre chrétien c’est sans doute bien après Ezéchiel, découvrir
l’efficacité d’une Parole nourrissante.
"Il me dit : « Fils d’homme, mange le,
mange ce rouleau ; ensuite tu iras parler à la maison d’Israël. »
J’ouvris la bouche et il me fit
manger ce rouleau.
Il me dit : « Fils
d’homme, nourris ton ventre et remplis tes entrailles de ce rouleau que je te
donne. » Je le mangeai : il fut dans ma bouche d’une douceur de miel".
(Ezéchiel 3)
samedi 8 juin 2013
mardi 4 juin 2013
Le beau temps arrive...
Histoire du mauvais temps ....
Art. paru dans Le Monde du 2 juin 2013
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Autrefois porteur de famine, un printemps
capricieux peut éveiller encore en nous le sentiment de notre fragilité
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samedi 1 juin 2013
Le christianisme nourrit-il vraiment ?
Foix (Ariège) le 2 juin
« Il les donnait aux
disciples pour les offrir à la foule »
La
question du jour est assez simple et banale, même si elle demande de grandes
exigences et une grande imagination : le christianisme des chrétiens
est-il une nourriture ? Ou bien encore le message des évangiles, le
message de Jésus est-il nourrissant non seulement pour celles et ceux qui y
croient mais aussi pour le plus grand nombre de nos contemporains ; les foules
que nous croisons et auxquelles nous appartenons parfois !
L’évangile
du jour a souvent pour titre dans les diverses versions et traduction :
multiplication des pains ; c’est sans doute le fait qu’avec peu on peut
être nourrissant pour les autres. Le texte ne connaît pas le mot
multiplication. On trouve aussi plus proche du récit : Jésus rassasie
une foule (TOB). On devrait intituler en vérité : La distribution du pain
(Fr. Bovon) En quoi cela est-il une bonne
nouvelle intéressante et utile pour notre vie et notre foi ?
Je
ferai trois remarques qui essaieront de montrer la pertinence de cette
« distribution » pour nous.
·
Premièrement, la nature
de ce récit.
Est-il un récit de miracle, la narration d’un coup magique capable
d’impressionner les foules et d’en faire des adeptes ? Les diverses
versions du récit dans tous les évangiles ne disent pas que pour autant tous
ces gens nourris, suivirent Jésus et devinrent des disciples à la suite de leur
pique-nique géant comme il en existe aujourd’hui ! Ce récit n’est pas une
création, une invention du premier
siècle de l’ère chrétienne ; Il vient tout droit ou presque de l’ancien
testament avec la Manne et les récits d’Elie et d’Elisée par exemple. On
pourrait dire qu’il concerne une action divine à l’égard de personnes en
danger.
On dit aujourd’hui que ce récit fait partie du
genre « cadeau extraordinaire ». Il s’agit d’offrir des biens
ordinaires naturels des vivres ou des repas. Les gens sur place ne demandent
rien elles sont là pour écouter car « il leur parlait du règne de
Dieu et il guérissait ceux qui en avaient besoin » v.11. La
distribution de pain ne sert pas la cause du leader ou du chef ; elle
n’est pas au service d’une Eglise ou d’un clan ; elle n’est pas encore un
geste liturgique ; elle est une attention gratuite ou presque tournée vers
ceux qui sont là. Un cadeau étonnant à celles et ceux qui sont peu habitués à
en recevoir ; un cadeau sous forme d’un don de vie d’un rallongement d’une
possibilité de vie supplémentaire ; un cadeau pour un jour de plus pour
une nuit supplémentaire, sans se poser plus de question.
Le
christianisme est en marche chaque fois que j’offre un peu de vie
supplémentaire à quelqu’un. Chaque fois que je propose une réalité qui aide et conditionne un peu
plus de vie. Vous avez noté, ici chez Luc,
il ne s’agit pas de pauvres malheureux qui font la manche ou qui
attendent une allocation ; ici il s’agit de vous et de moi. C’est au
milieu des siens et de son entourage habituel que la distribution a lieu. Le
christianisme est une distribution de vie ; un supplément nécessaire pour
vivre.
·
Deuxièmement, les
personnages du récit. On vient de voir la foule qui est là. Cela devrait être notre
préoccupation principale ; non pas seulement nos gens nos fréquentations,
nos habitudes mais celles et ceux qui sont là et qui ne demandent rien et à qui
et vers qui nous devons proposer quelque chose qui nourrit.
Les apôtres viennent raconter tout ce qu’ils ont
fait au point de fatiguer Jésus qui les amène à l’écart prés de la petite ville
de Bethsaïda (la maison des provisions ! selon une traduction possible
cf ; Genèse 42, 25). Les disciples aiment raconter ce qu’ils ont fait
comme pour plaire à leur maître. La relation que l’auteur du récit suggère
entre Jésus et ses disciples, c’est « se retirer à l’écart ». Il y
aura toujours dans le christianisme des disciples de Jésus, cette notion
là : à l’écart, et non sur la place publique ; non pas non plus dans
le secret intransmissible. Mais dans le passage de l’écart à l’accueil de la foule.
Le message de Jésus n’est ni réservé au clan au cercle étroit des disciples, ni
totalement public livré à tous dans une forme comme l’on dit aujourd’hui de
transparence. Ni secret ni transparent : Mais plutôt dans le passage d’un
privé qui devient public ; la bonne nouvelle de l’évangile se réalise en
passant de l’intériorité à l’extérieur. Du dedans au dehors.
La tendance des disciples est de protéger le
Maître, celui-ci veut enseigner les disciples et nourrir la foule. Les disciples attendent du chef une
idée de génie, un miracle, un truc ; le maître attend tout de ses
disciples qui ne le savent pas et qui sont entrain de l’apprendre et de le
découvrir. Le « Donnez-leur
vous-mêmes à manger ! » résonne comme le cœur de l’expérience
chrétienne. Les disciples sont appeler à entendre cela à vérifier
l’impossibilité de le faire pour le réaliser enfin. Jésus ne donne pas à manger
il ne sert pas la foule, il donne à entendre et recevoir une parole qui donne
aux disciples le soin et la fonction de réaliser ce qu’il dit. « Et il les donnait aux disciples pour les
offrir à la foules » Les disciples ne sont pas les bras ou les mains
du Maître, ils deviennent dit le texte des offrants ! Non pas ceux qui
distribuent comme à la banque alimentaire ou aux restos des cœurs, ce qui n’est
pas si mal ; ici, ils deviennent ceux qui offrent comme une offrande
servie livrée proposée.
·
Troisièmement, ce que
nous avons reçu dans la foi, peut devenir une offrande.
Vous voulez rendre
service : apprenez le Don ! Vous voulez que cette Eglise marche,
fonctionne, témoigne, agisse en interne comme à l’extérieur : ne lui
donnez pas ce dont elle a besoin, apprenez
le Don celui qui conduit à la confession de Foi à l’action de grâce ;
ne payez pas parce que vous êtes contents ou satisfaits ou bien parce qu’on
vous a rendu service, parce qu’on va catéchiser vos enfants ou chauffer le
temple : mais apprenez le Don qui dépasse tout cela car tout cela
ne dit pas encore vraiment la confession de Foi et l’action de Grâce car tout
cela est bien utile mais tout cela est encore au niveau de l’échange et non du
Don. Frères et sœurs, nous payons beaucoup en général, mais nous ne donnons
pas assez. Nous atteignons des objectifs, pas toujours d’ailleurs,
mais nous n’exprimons pas assez de confession de la foi et de l’action de
grâce, manifestés par le Don ou l’Offrande.
En arrivant sur une terre
nouvelle l’Israël ancien ne donne pas d’argent et ne rend pas à Dieu ce qu’il a
fait pour eux. Il est bien sûr impossible de rendre ou de payer la Pâques ou de
payer pour tout ce qui s’est passé dans le désert. En arrivant sur une terre
nouvelle c’est le fruit de ses capacités de ses dons au sens de ses
potentialités qui est mis en œuvre et qui est livré comme une offrande.
Ce sont les fruits du présent et non ceux du passé qui sont offerts
comme un Don ; c’est aussi ce que firent les émigrants, les Pilgrims
quittant l’Angleterre au XVIième siècle et s’installant dans le Nouveau monde. Le
don comme offrande c’est le témoignage d’un présent de ce qui me met en route
maintenant et non l’évocation de l’histoire qui elle trouvera sa place ensuite
et ensuite seulement dans la formulation de la confession de foi.
Ma vie voudrait être une confession de foi et une action de grâce c’est le sens que Dieu
lui a donnée et que j’oublie sans cesse. Ma vie est à ses yeux ce qu’il y a de
plus précieux et en elle se trouve la possibilité d’un don, d’une offrande qui
lui donne tout son sens.
La présence du Seigneur est un Don et une offrande c’est ce que
comprirent fugacement les pèlerins d’Emmaüs ; et les Douze en route vers
la maison des provisions, Bethsaïda.
Dans la vie ce qui compte ce sont les restes c’est à dire : ce
qu’il en reste dans nos vies : comme capacités à donner encore ;
comme possibilités d’effectuer un service dans l’Eglise et dans le monde.
Le don véritable nous conduit à la foi cela est véritablement, une
bonne nouvelle. « Donnez-leur vous-mêmes à manger » !
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