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jeudi 9 février 2012

Credo comparatif !


Avec tous nos frères et sœurs chrétiens, nous confessons que le Dieu unique est Père - au-delà de tout et de tous - Fils - s'approchant de tout et de tous et Saint-Esprit - au-dedans de tout et de tous. Nous confessons que le Dieu trois fois saint est mystère de transcendance et d'immanence, de communion et de communication, de tendresse et de justice.

Avec nos frères et sœurs en humanité juifs, nous confessons que Dieu est le Créateur de l'univers et qu'il est le saint.
Mais différemment d'eux, nous confessons que le Créateur s'est fait créature et que le saint s'est incarné.

Avec nos frères et sœurs en humanité musulmans, nous confessons que Dieu est le Tout-Puissant, le parfait et l'immortel.
Mais différemment d'eux, nous confessons que le Tout-Puissant a accepté d'être fragile, que le parfait a porté nos imperfections et que l'immortel, par la mort et la résurrection de Jésus, a transfiguré notre mortalité.

Avec nos frères et sœurs en humanité hindous, nous confessons que Dieu est l'Un indescriptible.
Mais différemment d'eux, nous confessons que son unité est multiple et que le monde ne se résorbe pas dans l'un.

Avec nos frères et sœurs en humanité bouddhistes, nous confessons que la réalité ultime est inexprimable.
Mais différemment d'eux, nous confessons que l'inexprimable s'est exprimé, non comme " vide " impersonnel (shûnyatâ) mais comme personnalité qui s'est " vidée " (kénose).

Ainsi avec les religions de l'Orient, nous confessons que Dieu est silence et souffle. Avec les religions juives et musulmanes, que Dieu est Parole.

Mais différemment de toutes, nous confessons que Dieu est tout à la fois silence Parole et souffle (Père, Fils et Esprit), que la source silencieuse s'est faite Parole, que la Parole s'est faite chair et que par le souffle de la Parole toute chair peut devenir une parole animée à la louange du Dieu au-delà de tout.

Avec tous nos frères et sœurs en humanité sans religions et de bonne volonté, nous confessons que les droits de l'homme et de la femme sont inaliénables.
Mais différemment d'eux, nous confessons que l'humain est image du divin.

Avec l'apôtre Paul et tous les chrétiens de tous les temps, nous confessons la divinité, l'incarnation, la mort, la résurrection et l'élévation de Jésus, Fils de Dieu reconnu comme Messie, venu et qui vient.

Et cette confession commune nous réjouit intensément.

Texte de Shafique KESHAVJEE : Paru dans « Vers une symphonie des Eglises » Ed. Ouverture et St Augustin, 1998 et dans Sinfonia, Œcumenica, Célébration avec les Eglises du monde, Basileia Verlag, 1998.

mercredi 25 janvier 2012

Ethique chrétienne ? Ethique Protestante ?

Pour Jacques Ellul, théologien et philosophe français, il n’y a pas de morale chrétienne, la foi est une antimorale, il n’y a aucun système moral dans la Révélation de Dieu en Jésus-Christ ; ce que dit Jésus dans les Évangiles n’est pas de l’ordre moral mais existentiel et procède de la mutation de la racine de l’Être. La proclamation de la grâce, la déclaration de pardon sont le contraire d’une morale, mais suivre Jésus-Christ implique une série de conséquences dans la vie pratique.

Toute éthique est cependant concernée par une triple tâche :

1.         préciser quel est le fondement de l’action réputée bonne et droite ;

2.      dégager les valeurs principales qui découlent de ce fondement ;

3.      traduire ces valeurs en choix et comportements concrets, c’est-à-dire les inscrire dans le vécu quotidien.

L’entreprise réformatrice de Luther, de Calvin, de Zwingli, et d’autres a été très soucieuse du premier niveau : elle a voulu dire comment l’homme chrétien pouvait comprendre et vivre son existence. Ici, on peut parler d’un consensus assez large des Réformateurs et du protestantisme qui les a suivis à son premier niveau, l’éthique protestante est fondée dans le salut par la foi en Jésus-Christ. Dès qu’il s’est agi de dégager de ce fondement les foyers illuminateurs de l’action, les “valeurs”, le protestantisme s’est amplement diversifié. Enfin, au troisième niveau, qui est celui de la morale concrète et problématique, des choix et des actes, la diversité s’est encore accentuée, dans la mesure où cette morale subit les multiples pressions des valeurs culturelles ambiantes, des contextes socio-politiques et des situations personnelles. Il arrive très fréquemment qu’à ce troisième niveau les choix moraux des protestants ne laissent plus guère apercevoir leur source et paraissent, dès lors, fort semblables à d’autres. C’est pourquoi, lorsqu’on veut caractériser l’éthique protestante, il est essentiel de repérer et de préciser les trois niveaux pré-rappelés.

En accord avec toute la tradition chrétienne, Luther est convaincu que la vérité et le sens de la vie humaine sont immédiatement dépendants du juste rapport de l’homme à Dieu. C’est à propos de la description de ce rapport que le moine augustin est devenu un “réformateur” de l’Église. Il refusera, en effet, que la moralité de l’homme, son action, son œuvre, conditionnent ce rapport à Dieu.

En d’autres termes, il refusera la relation causale entre moralité et salut ; l’homme est restauré, renouvelé, sauvé à partir de la seule initiative de Dieu en Jésus-Christ, reçue par la foi, et non à partir de son intelligence ou de ses actes. Il y a, dés l’origine du protestantisme, une vaste suspicion jetée sur les “illusions de la moralité”. S’il s’est trouvé que Luther lui-même, et Calvin plus encore, ont insisté sur le comportement moral de l’homme chrétien, ils ne l’ont fait qu’après l’avoir radicalement trans-valorisé c’est en tant qu’elle découle de la foi et traduit celle-ci dans le quotidien profane que la moralité chrétienne fait l’objet de leur préoccupation. De causale, la relation entre morale et salut est devenue consécutive. La responsabilité du croyant est d’abord de ne pas laisser sa vie s’encombrer de multiples soucis ou besoins au point qu’il ne fasse plus de place ni pour Dieu, ni pour le prochain. Si Calvin met en avant l’action qui découle de la foi, Luther insiste sur la foi, d’où découle l’action. « Le chrétien est l’homme le plus libre ; maître en toutes choses, il n’est assujetti à personne. L’homme chrétien est en toutes choses le plus serviable des serviteurs ; il est assujetti à tous. » (Luther)

Ce qui veut dire, selon Erich Fuchs, professeur d’éthique à la Faculté de théologie de l’Université de Genève (cf. son livre L’éthique protestante - Histoire et enjeux) que « le chrétien, justifié par la seule grâce de Dieu, est entièrement libre à l’égard de tout ce qui prétend, d’une manière ou d’une autre, donner sens à la vie humaine, et donc diriger sa conscience. Mais en même temps (simul) ce même chrétien, qui est encore de nature charnelle soumis aux précarités de l’existence et aux assauts du péché, a besoin de la société dont il est membre ; il accepte donc de se soumettre aux obligations sociales ; mieux, à cause du Christ, il se fait le serviteur de tous ».

À partir de là, on peut comprendre qu’on trouve dans le protestantisme ultérieur à la fois des courants qui relativisent fortement la morale et d’autres qui la réinvestissent tout aussi fortement comme œuvre de la foi. Pour le dire vite, le protestantisme peut couver tour à tour - et parfois simultanément - le puritanisme et l’immoralisme.

Le puritanisme protestant a fait l’objet de caricatures fort connues : homme austère et rigide, chrétien puriste, dépourvu d’humour, acharné au travail, sûr de sa foi, peu soucieux d’autrui, etc. De nombreux romans et films ont popularisé cette figure typiquement anglo-saxonne, héritière de la réforme calviniste.

L’éthique puritaine découle bien de l’héritage fondamental du protestantisme : c’est parce que le croyant sait que son salut ne dépend pas de ses actions qu’il est désormais libre pour les tâches terrestres. Sans plus trembler, il peut et doit agir. Homme de foi, il se voit confier par Dieu l’administration de la nature et de la société. Il se considère comme un “lieutenant” de Dieu. Menant une vie extrêmement sobre et frugale, il apparaît comme un être dont la conscience et la volonté sont constamment tendues vers la perfection. Du coup, sa réussite économique et sociale prendra à ses yeux l’allure d’une récompense et d’une approbation divines ; il y verra les signes incontestables de son élection par Dieu.

Pour Calvin on cherchera dans l’Écriture, non pas des réponses toutes prêtes aux questions éthiques, mais une inspiration pour les traiter « selon l’équité » ; il faut donc lire beaucoup et souvent l’Écriture pour qu’elle nourrisse notre conscience et notre responsabilité, qu’elle devienne la référence spontanée devant une question éthique. Le risque de littéralisme existe, sauf si la connaissance de l’ensemble des textes bibliques constitue un aliment naturel qui inspirera les choix à opérer plutôt qu’un ensemble de règles formelles.

Pour Luther, il faut toujours revenir à la foi, au risque de devenir indifférent aux engagements éthiques et de se replier sur une forme de piétisme intérieur ; pour Calvin, il faut sans cesse se demander à quoi la foi nous engage, au risque de retomber dans un certain moralisme.

Tandis que le puritain strict se définit par rapport au salut de Dieu et pratique une lecture assidue de la Bible, le protestant rationaliste apparaît, dès le XVIIIe siècle, comme un produit de la sécularisation. Ici, la vraie religion consiste dans la moralité vécue « Il nous paraît nécessaire d’accorder à l’élément moral le primat sur l’élément dogmatique ou même mystique. » (J. Bois)

Le protestant rationaliste insistera dès lors davantage sur la raison et la conscience que sur la foi et la piété. Mais, au plan des comportements concrets, il restera dans l’univers du puritanisme, c’est-à-dire qu’il prônera une moralité exigeante, soucieuse de respecter les impératifs de la conscience, parce que celle-ci est la voix intérieure de Dieu.

On ne trouverait certainement pas de véritable immoralisme (un refus de toute morale) dans le protestantisme. Cependant, il faut noter qu’une de ses accentuations originaires pointe dans cette direction c’est celle qui suspecte et dévalue la moralité en tant qu’œuvre de l’impuissance humaine. Ce courant éthique s’est développé principalement dans l’orbite du luthéranisme. Il y a pris la forme du piétisme. c’est-à-dire d’une spiritualité qui porte toute son attention sur l’expérience religieuse intime. Les piétistes ont réagi à la fois contre les dessèchements doctrinaux et contre les rigorismes moraux. Ils ont voulu réhabiliter la dimension émotionnelle de la foi. En fait. il leur est arrivé souvent de professer un vif mépris à l’égard des dissolutions mondaines et de rejoindre par là l’austérité puritaine.

Mais leur accent propre était différent l’âme et ses états primaient l’action. Le piétisme s’est toujours obstinément détourné des tâches politiques pour reporter son attention sur la constitution de groupes chaleureux et purs. La morale cédait le pas à la mystique en même temps qu’elle consentait à une certaine spontanéité. Par ailleurs, les piétistes ont souvent professé un grand souci pour la paix et l’amour fraternel. Ils ont été des apôtres de la tolérance religieuse et de la charité sociale. Par là, ils ont influencé de larges pans de la morale protestante contemporaine. notamment le “christianisme social”.

Au XXe siècle, c’est dans ce courant qualifié sommairement d’immoraliste qu’il faut situer un courant typique de l’éthique protestante : l’éthique de situation. Celle-ci se caractérise par un refus de tout légalisme, qu’il trouve ses références dans la Bible, dans la conscience ou dans la loi naturelle, et par le primat accordé à l’amour :
« Le situationniste suit une loi morale ou la viole selon les besoins de l’amour. » (J. Fletcher)

C’est au plan des situations concrètes, des rencontres, des variations constantes du vécu qu’il s’agit de mettre en œuvre l’impératif “improgrammable” de l’amour. Cette veine, qui n’est pas sans accointances avec la philosophie existentielle et qui compte aussi de nombreux tenants dans le catholicisme, apparaît comme un spontanéisme moral dont la seule référence est l’amour, en tant que reflet et répercussion du comportement de Dieu lui-même à l’égard des hommes.

On doit réserver une place séparée au vaste mouvement qui, à ses débuts, s’est nommé “christianisme social” ou “Évangile social”. Ce n’est pas tant par son fondement que par son champ d’attention qu’il se distingue des précédents. En fait, dès l’origine, l’éthique protestante s’est souciée de l’impact social et politique de la foi. Et on pourrait relever cette veine au fil des courants évoqués ci-dessus, en sorte que chacun de ceux-ci a fourni au “christianisme social” quelque apport.

Mais le souci d’une traduction socio-politique de l’Évangile s’est principalement imposé à la fin du XIXe siècle et au cours du XXe, c’est-à-dire conjointement à la montée et à la percée des socialismes. Le propre du christianisme social consiste à dépasser le plan de la charité à l’égard des mal lotis pour considérer les dimensions structurelles des faits sociaux. « Le christianisme d’hier s’est montré impuissant à supprimer la guerre et la misère ; par là même, il est jugé. » (W. Monod)

La prédication des prophètes de l’Ancien Testament fut fréquemment réactivée de même que de larges segments de celle de Jésus. Ici, le vecteur n’est plus l’édification d’Églises pures ou de croyants fervents, mais plutôt le changement social dans une perspective évangélique. Les diverses nuances que connaît le mouvement vont des équipes d’entraide à la “théologie de la révolution”. On sait qu’il fut un des deux courants dominants de l’entreprise œcuménique qui marque notre siècle, et qu’il reste jusqu’à nos jours un terrain d’entente privilégié entre protestants et catholiques.

Il est évident qu’il existe un lien étroit entre protestantisme et modernité. Depuis Max Weber, nombreuses Sont les thèses qui ont développé le lien entre protestantisme, succès économique et esprit d’entreprise surtout lorsqu’on compare les niveaux de vie dans les pays anglo-saxons et les pays latins.

Et aujourd’hui ? Aucune des orientations évoquées ci-dessus ne peut être considérée comme révolue. Si chacune d’elles a subi, au cours de l’histoire, divers infléchissements, Si elles se sont aussi largement conjuguées, on peut connaître sans peine des individus ou des groupes protestants qui s’y réfèrent ou s’en réclament. Cette situation contribue bien évidement à conférer à l’éthique protestante le vaste éventail de diversités qu’on a souvent relevé.

Citons encore E. Fuchs « Sommes-nous dès lors condamnés soit à nous aligner sur une société dans laquelle nous perdons peu à peu notre spécificité - ce qui pourrait signifier que le protestantisme a fait son temps et qu’il a rempli son rôle historique - soit à nous replier sur une position de défense et de résistance ? ... Nous ne pouvons rompre le lien entre protestantisme et modernité sans atteindre le cœur même de la spiritualité et de l’éthique protestante. Revenir en deçà de la démocratie, en deçà de la libre critique, de la liberté de jugement et de conscience, de la prise au sérieux, pour des raisons spirituelles, de la réalité concrète sous toutes ses formes, tout cela n’est pas possible, sinon à cesser d’être protestant, et je dirais même à cesser d’être chrétien !...
Nous sommes persuadés qu’il peut y avoir une place dans notre société sécularisée pour une morale fondée sur une conviction, que cela est même nécessaire pour l’avenir même de notre culture laïque et pluraliste. Et c’est probablement une des vocations de l’éthique protestante que de démontrer qu’il est possible de respecter la laïcité et le pluralisme tout en affirmant avec force une conviction théologique. Encore une fois, nous ne sommes pas contraints au choix entre sectarisme et dissolution... »

Mais c’est finalement au plan des choix et comportements concrets que l’éventail des positions protestantes se laisse le plus aisément discerner. Ainsi, par exemple, si l’on considère le problème des armements, les options seront amplement différenciées, selon qu’on se situera dans la ligne de la domination de l’homme sur les forces chaotiques (puritanisme), dans celle de l’accentuation privilégiée de la piété du cœur (piétisme) ou dans celle des analyses des rapports de forces économiques et politiques (christianisme social).

Autre exemple, l’avortement : certains protestants professeront une position voisine de celle du magistère catholique en soulignant le rôle des autorités dans le combat contre “le crime” (puritanisme), d’autres se reconnaîtront proches des analyses sociologiques et psychologiques humanistes (rationalisme), d’autres encore refuseront toute orientation prescriptive au nom du primat inconditionnel de l’amour (éthique de situation), d’autres enfin considéreront les dimensions sociales et politiques de la question (christianisme social).

Les déclarations d’Églises protestantes sur des problèmes tels que ceux-là s’efforcent fréquemment de maintenir en équilibre ou en continuité la fécondité propre à chacun de ces apports, ce qui a pour effet de conférer à leur texte un caractère composite aisément discernable. Mais tel est sans doute le lot inévitable d’Églises au sein desquelles l’éthique protestante n’existe qu’au pluriel.








lundi 16 janvier 2012

La foi, une affaire de confiance et de rencontre

Jadis –parfois encore aujourd’hui ? -  on parlait encore de fiançailles et de fiancés ; ils étaient promis l’un à l’autre et ils s’étaient promis de rester ensemble, ils se fréquentaient, ils se découvraient, ils étaient en quelque sorte en apprentissage, en découverte qui devait les conduire à la réalité du mariage en bonne et due forme. Parfois la confiance, la fiance était rompue et il fallait tout reprendre, refaire le cheminement avec un autre avec une autre. Ici on ne peut choisir : avoir la foi en quelqu’un : l’autre qui est là et que je connais pas bien, mais avec qui j’ai l’impression de vivre vraiment. Mais je suis aussi le sujet de cet acte de croire, de cette foi. J’ai du plaisir et de la joie à être la personne aimée. Dans la foi comme confiance et rencontre, être et avoir se mêlent, il n’est plus nécessaire de choisir. Ici la foi comme mouvement de confiance vers l’autre et de l’autre vers moi, sont un plus pour nos vies ; c’est une valeur ajoutée, une qualité de vie ; il est préférable de vivre dans la confiance plutôt que dans la méfiance. La foi c’est une valeur fiduciaire, comme si la confiance donnait du prix aux personnes et aux réalités qu’elles habitent.  

La foi c’est une marche sur un chemin. C’est curieux mais les fiancés –romantiques peut être - aiment bien marcher sur les chemins ! Comme si le chemin parcouru était signe du chemin de leur vie à parcourir.

La foi c’est comme une marche, un déplacement régulier et irrégulier. Il y a le déroulement ordinaire des jours et puis il y a des jours plus forts plus joyeux plus étonnants que d’autres plus ennuyeux et plus tristes. La foi ici c’est croire que la démarche le cheminement conduit vers un lieu ou vers une personne connue et inconnue. Demain aura lieu plein de surprises ce sera mon aujourd’hui et quelqu’un sera là pour moi, avec moi et je serai là pour lui pour elle ! Croire cela c’est vivre et vivre c’est croire.
La foi c’est aussi le contenu de cette démarche. Marcher et se déplacer c’est accumuler des objets, des paroles, des signes, des paysages, c’est cueillir pour se souvenir et se recueillir même. Comme si la foi c’était toujours aller vers, cueillir et ramasser ce que d’autres m’offrent, me laissent me proposent, m’imposent parfois. Il faudra faire le tri comme dans la cueillette des champignons. Il faudra sans doute aller consulter un pharmacien ou un vieux mycologue ! Sinon les risques peuvent être mortels ! La foi comme contenu c’est un vrai bric à brac ; il y a des contenus futiles et d’autres plus importants c’est selon les rencontres et les chemins parcourus. Avoir la foi ou être dans la confiance de la foi c’est sans doute ne pas tout attraper c’est avoir le discernement et les connaissances nécessaires pour faire le ménage, et ranger tout cela car les contenus de la foi peuvent être encombrants s’ils deviennent trop sacrés trop exclusifs ; les déposer, les oublier c’est agréable pour la foi elle-même. Il faut douter parfois des contenus de la foi pour la rendre plus vivante encore et plus alerte pour découvrir des chemins nouveaux.

Mais Dieu dans tout ça ? La foi concerne la vie de tout être humain. Certes les contenus sont différents, les rencontres, les paysages aussi.
Les contenus des traditions judéo-chrétiennes se trouvent dans les textes de la Bible. Elle est un livre de foi. Un livre d’histoire de foi, c’est à dire de confiance donnée, reçue et perdue parfois. Elle est un livre de chemins : du Nord au Sud de l’Est vers l’Ouest. Elle est un livre de rencontres avec des personnages plus ou moins connus qui cherchent rencontrent et trouvent quelqu’un appelé Dieu ou Christ ou Jésus qui n’est jamais là où on l’attend et qui sans cesse part à la rencontre des humains. On pourrait dire d’après les histoires de la Bible que c’est aussi Dieu et Jésus comme Christ, qui ont la foi, qui font confiance et qui marche sur le chemin pour cueillir et recueillir des hommes et des femmes et constituer avec eux une grande famille.

Une curiosité stimulante : le génitif : en grammaire c’est le cas de la subordination réciproque, la dépendance ou l’appartenance entre deux noms :
    
L’amour de Dieu : c’est à la fois l’amour que je porte à Dieu et celui qu’il me donne.
La foi en Dieu ou la foi en/par Christ peut aussi être traduite : la foi de Dieu ou la foi de Christ. L’apôtre Paul aime jouer sur ces deux registres. Lire par exemple :
    
Romains 3, 22 : « c’est la justice de Dieu par la foi en/ou de Jésus Christ pour tous ceux qui croient … » et v. 26 : « celui qui vit de la foi en/ ou de Jésus ». Ici on peut bien comprendre que vivre en Christ c’est vivre de la foi de la confiance manifestée sans cesse par Jésus.
    
Galates 2, 16 : la Tob traduit ainsi : Nous savons cependant que l’homme n’est pas justifié par les œuvres de la loi, mais seulement par la foi de Jésus Christ…. »
    
Ma foi est toujours dépendante de la foi de quelqu’un. Ma foi est stimulée par la foi de Jésus Christ. C’est aussi cela croire en lui.










vendredi 9 décembre 2011

Le christianisme est-il original ?

Les suiveurs de Jésus ont-ils voulu rompre avec la synagogue et la tradition juive, ou ont-ils essayé de la comprendre et de l’interpréter de façon nouvelle en proposant la personne du Christ à tous ?

Il n’est pas simple d’être à la fois fidèle au passé et d’en être libéré pour vivre au présent. Ce qui est nouveau est bien souvent une version modifiée, améliorée de ce qui a déjà été vu et entendu. Tous les réformateurs sont aux prises avec ce dilemme.

Parmi eux, le personnage de Paul tient une place originale parmi tous les auteurs bibliques. Renégat pour les uns : les juifs et les judéo-chrétiens (Matthieu) il est pour d’autres, le véritable inventeur du christianisme (Luc). Il promeut, par l’annonce de son Evangile, l’expansion du christianisme. Il mêle en lui l’ancien et le nouveau, parfois dans l’allégresse, parfois dans la douleur. Un petit livre : Saint Paul (Que Sais-je ? n° 3662. E. Trocmé.) pourrait  utilement accompagner nos moments de calme, de repos et alimenter nos réflexions et nos énergies. 

Souvent brocardé (trop autoritaire, anti-féministe) et souvent mis en valeur unilatéralement par les Eglises protestantes, le grand voyageur du premier siècle, devient étrangement moderne et contemporain : envie de partager ses difficultés et ses joies aux prises avec une mondialisation et la concentration des pouvoirs ; une réelle soif de liberté, un goût des rencontres et des débats, un croyant et un citoyen enraciné et déraciné, il nous invite à regarder notre vie comme lui regarde la sienne dans le miroir de l’Evangile de Jésus Christ.

 On sera heureusement surpris ainsi, que des écrits et des remarques de circonstances bien particulières adressées à d’autres il y a longtemps, soudain sont là, pour nous. Une invitation à lire une biographie et à relire une correspondance : les lettres de Paul. Ne boudons pas notre plaisir de découvrir l’originalité de Paul serviteur de l’originalité de l’Evangile.

mardi 15 novembre 2011

Il faut "y" croire !

Sur le mode de : il faut bien « y » aller ! Alors, allons –y ! Quel est le sens de ce « y » ? C’est bien sûr un adverbe de lieu, du latin ibi : là, dans cet endroit.

Il faut bien se rendre en ce lieu ; croire, est ici un déplacement vers un lieu. Je suis là, avec mes convictions, mes habitudes, mes traditions anciennes ou récentes et puis une rencontre surprenante et aimante, m’invite au déplacement, au changement.  En quelque sorte il devient nécessaire et parfois urgent que j’aille voir ailleurs en restant dans non cadre, dans ma famille, dans mon église. Il m’est alors donné de changer mon regard sur les êtres et les choses. Il devient évident que mes images toutes faites, mes clichés, mon prêt-à-penser et à croire, se trouvent bousculés et une nouvelle fraîcheur comme un nouveau regard, s’impose. Il faut bien y croire à ce grand déplacement, quand je me crois bien à l’abri, ou quand je suis malade, ou lorsque j’écoute des hommes et des femmes politiques en train de me convaincre. Il faut bien y croire que ce qui est vécu aujourd’hui sera autre demain ; que le monde va changer en pire si nous ne faisons rien et en mieux sans doute,  si nous agissons aujourd’hui.

Quel est le sens de ce « y » : Il faut bien y croire ? C’est bien sûr aussi, une sorte de pronom personnel. Il faut bien le croire lui, elle. Croire est ici une réalité vivante. Une personnalité : il faut bien « y » croire en celle ou celui qui me parle, m’interpelle, m’aime, m’entraîne. C’est aussi ma réalité et tout ce qui me fait vivre : ma manière de croire de vivre et le sens que je donne à toute ma vie.

Cette alternative d’une lettre, cette ambivalence du « y » est intéressante pour notre vie et notre foi. Dieu en Jésus Christ a effectué un vaste déplacement. Ce qui était Temple est devenu Livre par exemple. Nos images de Dieu doivent être modifiées et changées. Ce qui était loin, puissant et éternel est devenu proche, faible et mortel. Dieu en Jésus Christ est devenu personnel, quelqu’un. Non pas Personne mais un être humain digne de foi et capable de me donner confiance. En Lui, tout cela existe et prend corps.


Oui c’est sûr, il faut « y » croire et cela change vraiment : de l’inerte on passe au mouvement, du quelconque on va vers quelqu’un. On y va vraiment, comme dans la crise, comme vers un monde par delà la crise, où les relations et les horizons seraient nouveaux, inattendus, inouïs. Allons-y !


B. A.