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jeudi 26 avril 2012

Le Bon Berger !

« Le Seigneur est mon berger »  Psaume 23

« Je suis le bon berger : le bon berger se dessaisit de sa vie pour ses brebis » Jean 10, 11

« Je suis le bon berger ». Parmi les formules, les affirmations évangéliques simples et claires, celle-là en est une bien connue, bien célèbre, elle a été le thème constant de l’iconographie chrétienne :  tableaux, vitraux, livres etc... Parmi tous les modèles d’identification, c’est celui du Berger qui a prévalu, face à d’autres qui ont écarté : par ex. celui du charpentier, du pêcheur, du guérisseur, du rabbin, du maître de sagesse et bien d’autres encore.

Ce choix est d’abord celui de l’évangéliste Jean qui en quelque sorte tente de répondre aux trois autres, Matthieu, Marc, Luc, qui ne cessent de poser la question de l’identité et de l’être même de Jésus. Qui dit-on que je suis ?

Qui dites-vous que je suis ? Si les 3 premiers évangiles poussent les interlocuteurs du Christ à confesser leur foi en lui, le 4° évangile, Jean affirme et atteste la singularité du Maître qu’il s’agit de suivre et de reconnaître comme Celui qui est : la lumière, le chemin, la vérité, la vie, la porte, la résurrection, la vraie vigne et aujourd’hui le vrai Berger. Oui il s’agit bien d’une affirmation solennelle qui va mêler le divin à l’humain qui va faire le lien avec la compréhension du Dieu de la première alliance comme celui qui est et qui sera.
A nos questions, à toutes nos questions, à toute notre foi, à toutes les manifestations de notre foi, à nos hésitations et tous  nos engagements, il y a une réponse, il y a un socle, une fondation : quelqu’un dit : je suis… pour toi. Dans un monde qu’on voudrait nous faire apparaître comme virtuel, dans ce monde on l’on veut nous faire rêver en consommant toujours plus, dans ce monde ou les certitudes passent comme des modes, dans le spectacle du monde, quelqu’un dit : pour toi, je suis… là pour toi, comme une boussole, comme un chemin sur lequel tu peux t’aventurer, comme une porte que tu peux franchir, comme une vérité donnée à recevoir, comme une vie à partager, comme une vigne dont on attend des fruits. L’être de Dieu s’exprime par un je suis.. qui nous précède comme si au commencement il y avait quelqu’un d’autre que nous mêmes. Un je suis qui appelle, qui entraîne, qui met et remet en route, un je suis là comme une parole dans le silence ou dans le bruit.

Je vous propose ce matin dans ce premier temps d’entendre et de recevoir  l’affirmation du : Je suis aussi pour toi Celui qui entend et qui te rencontre sans condition ; ce qui me fait être dit Dieu c’est cela que je te transmets. Tu peux être à ton tour car moi, je suis. Dans la banque de données de l’existence humaine, voici qu’il y a une réserve d’être, une source d’être ; lorsque nous croyons que tout s’épuise, voici encore de la ressource, de l’être à vivre, du don à donner et recevoir, de la présence à rencontrer, de la parole à échanger et à prier. Dieu c’est une réserve d’être qui se manifeste dans sa parole ; le Christ en disant rarement mais fortement : Je suis se révèle comme une possibilité toujours là, d’être celui qui est disponible pour donner vigueur et sens à notre existence, pour transmettre de l’être dans nos vies qui en manque bien souvent.

Cette présence s’affiche et s’affirme dans une réalité bien précise : Je suis le bon, le vrai le seul Berger. Seule profession commune en ce temps et banale à la fois accolée à la présence divine. Dieu dans la Bible n’est pas un horloger, il n’est pas une force, une vapeur, un code inconnu, un être supérieur, il est celui qui parle de l’être qui met à disposition de l’être sous la forme sous les apparences d’un Berger. Jésus lui-même est confessé comme le Dieu d’Israël sous la forme du Berger. Même si nos civilisations ont marginalisé cette fonction – elle parle encore, sous nos latitudes à nos mentalités rurales. L’humain et le divin se mêlent sans cesse. C’est David en Israël qui est l’image du Berger, que l’on va chercher de derrière son troupeau, pour être reconnu comme roi, comme chef et c’est lui qui installera Dieu comme véritable Berger d’Israël. A la fonction guerrière souvent exercée pourtant va se substituer prioritairement la fonction caritative, la fonction soignante et l’attention bienveillante portée à ceux qui sont gardés soignés accompagnés vers si possible de verts pâturages ; l’image et le symbole seront forts en un temps ou la rudesse, la ruse et le trafic des bergers s’exerçait et où ils n’avaient pas toujours bonne réputation. Ce  sont eux les bergers qui entendront et verront dans la nuit l’annonce d’une bonne nouvelle pour tout le peuple, lors de la naissance de Jésus selon l’évangile de Luc. Comme si les bergers allaient reconnaître dans le petit enfant naissant, l’un des leurs.
Les prophètes en Israël fustigeront les mauvais bergers, les conducteurs du peuple qui renonçent à leur fonction d’accompagnement au profit de leurs propres intérêts. Le bon berger est celui qui renonce à lui-même dans l’intérêt des autres et dont il a la garde provisoire. Sa fonction est d’être là, de faire face, de parler pour dire sa présence et d’éloigner le mal ou le loup toujours présent. Sa fonction c’est bien de permettre l’éclosion et la durée de la vie c’est bien de transmettre l’être qu’il a à ceux qui en manquent. Le premier berger de la Bible c’est Abel tué par son frère Caïn le cultivateur. Le nomadisme du Berger est insupportable au sédentaire. Non seulement le Berger, le bon et le vrai manifeste son attention bienveillante à son troupeau, mais il bouge et se déplace vers tous les lieux de vie propices à ses brebis. La fonction de Berger c’est aussi la tension voire l’opposition entre le déplacement et la stabilité. Cette tension court tout au long de l’Ecriture ; mais c’est toujours le nomadisme qui gagne.

L’Etre, la vie, c’est le déplacement ; notre vie dans la foi, notre foi orientée vers le bon Berger, c’est une foi en marche accompagnée de Celui qui marche en avant ou en arrière, avec nous. Notre foi notre espérance et l’exhortation à la bienveillance envers les autres se manifestent dans le déplacement : dans tous les sens, vers là où se tient la nourriture…. Il n’y aurait pas d’Eglise, pas de communautés croyantes si les premiers témoins ne s’étaient pas déplacés munis de la certitude que quelqu’un d’essentiel se déplaçait aussi avec eux. La stabilité de la foi est une incohérence ou alors il faut dire et croire que la stabilité même se déplace sans cesse ; non pour le plaisir de se déplacer mais par nécessité pour que la vie et l’être, pour que l’annonce de la parole s’effectuent, se manifestent.

Dire aujourd’hui comme hier, le Seigneur est mon Berger ou bien regarder et confesser le Christ en train de dire, je suis le bon Berger, c’est entrer dans un vaste déplacement : non seulement regarder autour de nous pour transmettre une espérance vitale, mais nous déplacer dans notre foi même : ce que nous avons l’habitude de dire et faire reçoit la force de s’exprimer et de se manifester autrement encore. Nous ne sommes pas arrêter dans notre manière de vivre cette foi et cette espérance ; nos traditions ne seront vivantes et utiles aux autres que si nous faisons mouvement vers eux en écoutant et recevant des autres leurs attentes, leurs questions leurs situations, leurs souhaits leurs désirs, en les accompagnant à partir de leurs réalités sans les contraindre ni les pousser impérativement vers où nous voudrions qu’ils aillent. Faire partager notre foi et notre espérance c’est accompagner les autres vers des lieux encore inconnus pour nous.

Le bon Berger lui, s'est déplacé vers des lieux inconnus, étrangers et étranges, il a mangé avec ceux qui n’avaient pas bonne réputation, il a rencontré celles et ceux qui ne lui ressemblaient pas, il a renoncé bien souvent à la doctrine de ses pères pour en dire une nouvelle, il a osé des mots et des gestes que personne n’avait osé dire ou faire ; bref il ne s’est pas prévalu de ce qu’il était, il a accepté de fondre le "Je suis" dans l’ensemble de la réalité, il ne s’est pas prévalu de sa condition divine, il y a renoncé pour donner de l’être et de la vie à d’autres, c’est pour cela dira l’apôtre Paul que Dieu l’a souverainement élevé.       

Etre l’Eglise du Bon Berger, c’est non seulement entendre sa voie et suivre son exemple, c’est aussi reconnaître le nomadisme de Dieu pour devenir des nomades dans la foi. C’est parfois renoncer à nous identifier à un troupeau pour devenir à notre tour les bergers les uns des autres, acceptant de livrer l’être qui nous constitue car dans cet abandon et cette livraison nous découvrirons la présence et l’accompagnement du seul vrai Berger qui ne retient pas qui ne garde pas, mais qui donne ce qu’il est Etre l’Eglise du bon Berger c’est savoir l’existence d’une réserve d’être d’une solidité qui assure et rasure nos existences bien légères…





dimanche 8 avril 2012

Jour de Pâques !

     « Rappelez-vous comment il vous a parlé quand il était en Galilée ; alors elles se rappelèrent ses paroles, elle revinrent du tombeau et rapportèrent tout cela au Onze et à tous les autres ; C’étaient Marie de Magdala et Jeanne et Marie de Jacques ; Les autres compagnes le disaient aussi aux apôtres. »



La fête de Pâques est un exode, c’est un exil ; c’est un passage et une sortie ; c’est une libération, c’est une sortie de prison ; c’est une naissance comme éblouissement ; la fête de Pâques ce sont toutes les forces de vie qui entourent et font diminuer toutes les forces de mort.

Pâques c’est la foi en une création qui fait vivre et qui s’exprime par la rencontre vitale de tous les autres ; c’est la célébration du premier jour ; dans le déroulement inexorable des semaines et des jours, Voici l’arrêt et l’étonnement au cœur de ce premier jour de ce temps nouveau, neuf, comme une nouvelle étape de vie pour des témoins surpris. Tout ne se déroule pas sans fin, tout ne coule pas comme le disaient les Grecs ; il y a des jours et des moments usés et des jours et des moments neufs ; il y a des temps qui inaugurent, il y a des temps de ressaisissement, de recueillement et de récupération.

Après et avec l’échec et la capitulation voici venu le temps de la récapitulation, avec et après le temps de la mort voici venu celui de la vie.

Les auteurs évangéliques et Luc en particulier, en écrivant dans la foi, les récits de Pâques ont été confrontés à une grande difficulté fondatrice du christianisme et de la foi elle-même : il fallait montrer et dire la bonne nouvelle de la vie, la bonne nouvelle de Jésus le Christ vivant en tenant compte à la fois de la réalité, de l’objectivité et d’un certain réalisme : il fallait qu’il n’y ait pas de doute : le Vivant le ressuscité, c’était bien Jésus de Nazareth, le crucifié ; et c’est alors l’insistance dans les textes des mentions de mort, celles des aromates celles des bandelettes, celle de la pierre, celle du corps et du tombeau. A ce niveau là il fallait affirmer que l’action de Dieu et son projet concernent bien Jésus mort : on parlait bien du même. Mais en même temps, il fallait exprimer et annoncer que la résurrection et Pâques ne ressemblaient en rien, n’avaient rien à voir, avec un joyeux happy end, une fin heureuse, une bonne conclusion à un épisode de la vie mouvementée et tragique.

Le jour de Pâques il fallait, il faudra et il faut annoncer que la foi qui prend naissance le premier jour de la semaine n’est pas fondée sur la régénération d’un cadavre qui aurait un jour à nouveau mourir. On ne nous raconte pas la sortie victorieuse et en gloire du tombeau. Tous les évangélistes ont pris soins d’éloigner les apparitions du ressuscité du tombeau lui-même. On ne décrit pas la sortie on ne raconte pas la résurrection, on ne détaille pas le comment, on affirme  et c’est la marque de l’Evangile de Luc, la disparition de Jésus, il n’est plus là. La victoire de Dieu sera dite par et dans l’absence : ce que les femmes étaient venues rencontrer, le corps de Jésus, elles ne le trouvèrent pas et en furent très décontenancées, dit le texte.

La foi de Pâques tient en ces deux perspectives : réalisme de la mort et du tombeau et en même temps béance, vacuité de ce tombeau désormais sans objet, sans corps. Absence et vide qui laissent place à des mots  à des paroles qui vont atténuer le choc et la brutalité de cette disparition qui vont orienter la foi et l’espérance en train de naître. Le corps mort de Jésus n’est pas objet de foi ni d’adoration, seul le corps absent seules les paroles vivantes fondent la foi de Pâques.  

En ce premier jour de la semaine nous sommes invités à nous mettre à l’écoute de cette foi de cette confiance en train de naître : la foi de Pâques, l’espérance vitale et dynamique qu’elle contient a pour cadre le réalisme de l’existence humaine qui s’exprime par le vide la béance et l’absence dans un tombeau désormais inutile car il ne répond plus à sa fonction.

 Dieu intervient dans le cadre et non hors du cadre de l’existence humaine et son intervention peut s’opérer sous le signe du vide et de l’absence habités par des paroles vivantes pour des personnes en train de vivre et de revivre.

Ce sont bien des personnages de chair et de sang des êtres qui nous ressemblent ; ce sont des hommes, mais surtout des femmes apeurées et meurtris qui vont découvrir l’efficacité de Dieu l’efficacité de sa parole, la réalisation de ses promesses sur le lieu même de l’absence et du vide. Jésus n’est plus là mais finalement qu’importe, les marques, les traces, l’écho, le souvenir de son passage, de sa vie de ses actions sont ce jour-là tellement là, que sa disparition son éloignement va se transformer en dynamisme nouveau, en responsabilité nouvelle, en nouvelle marche, nouvelle parole en semaine nouvelle, en création nouvelle. Il n’ est plus là ! mais qu’importe, nous sommes là ;  les disciples sont là,  porteurs de son espérance, porteurs de ses réalisations à vivre, annonciateurs de son projet de vie. Le premier jour de la semaine, le jour de Pâques, soudain les disciples déconcertés et affolés, découvrent qu’ils deviennent utiles et nécessaires, qu’ils sont les agents préférentiels et agréés de la vie de Jésus.

 Le miracle incompréhensible de Pâques réside là tout entier. L’action souveraine de Dieu est à jamais inséparable de la vie de  ses témoins. Pâques n’aurait aucun sens et nous ne serions pas là pour le célébrer encore, si les témoins du premier jour de la semaine ne s’étaient pas mis à l’œuvre pour annoncer de grand bouleversement de grand déplacement :

-         Le tombeau de Jésus n’est pas le bon lieu, il nous est inconnu il échappe à toutes nos tentations et nos envies de figer dans l’espace et le temps la réalité de Pâques.

-         – On ne parlera plus ce jour là de Jérusalem et de la Judée lieux des pouvoirs et de la gloire fragile. – On ne parle plus du temple, lieu du sacré et de pèlerinage

-         – Le jour de Pâques seule la Galilée compte, lieu de la mouvance et des déplacements de Jésus, lieu des rencontres avec celles et ceux qui en manquaient. Là où Jésus avait rencontré les paralysés de l’existence, là où il avait enseigné. Cet espace et ces moments historiques acquièrent soudain une dimension universelle et éternelle. Ce qui était un coin de terre devient figure du monde entier. Dans l’évangile de Luc la Galilée devient l’espace de la résurrection. (actualité) Rappelez-vous comment il vous a parlé en Galilée. Ce qui s’y était passé et dit devient ce qui se passera toujours et partout.

La foi de Pâques prend figure de l’épopée galiléenne. Le passé soudain devient présent qui est orienté vers un avenir à vivre, non à répéter mais à reconstruire, nos vies, nos histoires nos espaces. Les frontières sont repoussées. La fête de Pâques grâce à Dieu c’est l’élargissement de tous les lieux étriqués, même ceux que Jésus avaient parcouru. Celui qui est vivant vivifie les espaces les tempos et les moments il vivifie celles et ceux qui désormais auront pour raison de vivre l’annonce de cet élargissement possible et indispensable.

Des femmes d’abord  qui reçoivent une mission une identité elles qui découvrent l’impossibilité de rencontrer Jésus rencontrent deux hommes vivants parlant disant le sens et la perspective nouvelle. Celui qui est mort n’est plus là, mais faites de la vie en Galilée l’affaire de votre vie, allez le dire et le faire. La peur la crainte le visage de la tristesse se transforment peu à peu en message porteur de vie et d’espérance tellement porteur de vie et de simplicité que les hommes y voient de  la folie.

Des hommes ensuite. Deux hommes ont pris la ^place du corps mort de Jésus. Seul Luc a  cette audace, les autres parlent d’anges ! . Le premier jour de la semaine ce que Jésus auraient pu dire des hommes découvrent qu’ils peuvent le dire et le faire, ils comprennent que le Vivant c’est bien pour des vivants. Ils comprennent que la Galilée c était important, tout y était contenu : la croix, les rencontres les signes, la vie. Désormais il faudra vivre de tout cela. Les Onze et les autres et Pierre en particulier reçoivent de la part de Dieu, par des femmes et des hommes neufs leur ultime enseignement. Certes ils iront, Pierre ira vérifier la béance et la vacuité du tombeau, mais il faudra repartir avec le souvenir puissant de la Galilée et de la vie.

 Pâques n’est pas une théorie c’est la rencontre d’une possibilité de vivre autrement et vraiment. En ce premier jour d’une semaine nouvelle nous sommes appelés à nous mettre à l’écoute des témoins de Pâques : ouverture d’un tombeau, disparité, parole et souvenir, découverte que sans témoins e train de se mettre en marche Pâques risque d’être une pseudo réalité magique. ; le Vivant ne joue pas avec la mort il dit le primat de la vie, il propose dans l’étonnement une parole et une action pour des hommes et des femmes celles de devenir des disciples des annonciateurs des témoins d’un monde transformé et transfiguré pour leur propre vie pour la vie des hommes et des femmes autour de nous.


On ne peut pas vivre et croire Pâques en restant immobile dans nos vies nos conceptions nos orientations nos projets. Seuls des hommes et des femmes ressuscités et grâce à Dieu en train de le devenir reçoivent pleinement l’annonce, la force et la joie de ce jour. Ressusciter c’est faire mémoire ,c’est être rendu capable de faire mémoire des gestes et des paroles de Jésus lorsqu’il était en Galilée. Nous avons tous des Galilées personnelles, nos vies et nos habitudes à revisiter, la rencontre avec la Galilée de Jésus va élargir nos espaces et les parcourir d’espérances à vivre.

Alors, rappelez-vous comment il vous a parlé lorsqu’il était en Galilée ! 

Le pain multiplié et le vin en abondance comme à Cana, sont partagés ; ils  sont le souvenir vivant de cette vie et de cette mort transfigurées, à recevoir et à annoncer. En les partageant puissions-nous là où nous sommes et comme nous sommes, découvrir des signes de résurrection. Grâce à Dieu Il est Vivant pour que nous vivions.

Amen ! 

Culte de Pâques à Libourne le 8 avril 2012

samedi 3 mars 2012

Les chemins de la métamorphose : Ecoutez-le !

Evangile selon Marc ch : 9

2  Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène seuls à l’écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux,

3  et ses vêtements devinrent éblouissants, si blancs qu’aucun foulon sur terre ne saurait blanchir ainsi.

4  Elie leur apparut avec Moïse ; ils s’entretenaient avec Jésus.

5  Intervenant, Pierre dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, une pour Elie. »

6  Il ne savait que dire car ils étaient saisis de crainte.

7  Une nuée vint les recouvrir et il y eut une voix venant de la nuée : « Celui–ci est mon Fils bien–aimé. Ecoutez–le ! »

8  Aussitôt, regardant autour d’eux, ils ne virent plus personne d’autre que Jésus, seul avec eux.

9  Comme ils descendaient de la montagne, il leur recommanda de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, jusqu’à ce que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts.

10  Ils observèrent cet ordre, tout en se demandant entre eux ce qu’il entendait par « ressusciter d’entre les morts ».

Lire aussi livre de la Genèse ch. 9, 1-29 et Romains 8, 31-39

Les évangiles synoptiques nous racontent tous, un texte de transfiguration. Après le baptême de Jésus où est signifié sa qualification et sa reconnaissance de Fils ; avant la résurrection où sera signifiée sa présence en tous lieux et en tout temps : voici, au centre des évangiles, le texte de la métamorphose, celui du changement de la transformation tournée vers une exhortation : Ecoutez-le !
Chaque évangéliste raconte bien sûr avec sa spécificité et son intérêt particulier ; Matthieu souligne l’effroi des disciples médusés par une telle apparition et l’apaisement de Jésus : soyez sans crainte ; Luc place cet épisode dans le cadre qui lui est familier celui de la prière de Jésus. Matthieu et Luc parlent non seulement du vêtement mais aussi du visage de Jésus qui est transfiguré-métamorphosé et qui brille comme le soleil dira même Matthieu ; ce détail visuel deviendra le support de la foi vivante dans la contemplation du visage du Christ dans la tradition orthodoxe de l’icône.
En cliquant le terme « métamorphoses » sur un moteur de recherche informatique célèbre, deux lignes de compréhension apparaissent :
    La première est classique et savante : le champion des transformations ou des métamorphoses c’est le poète latin Ovide qui raconte longuement au début de l’ère chrétienne les métamorphoses ou transformations des dieux et des héros afin  de rendre compte de l’état de la création du monde et des forces qui le régissent ; pour s’amuser et dominer les puissants se métamorphosent ou sont transformés pour arriver à leur fin. Le tout culmine dans la métamorphose suprême racontée par Ovide, du divin Jules-César en une étoile céleste.
    La deuxième ligne concerne un nouveau métier : si vous chercher du travail passez par les services d’un re-looking ; laissez-vous transformer car votre allure, votre coiffure, vos vêtements ne sont pas conformes aux désirs aux besoins aux standards d’un employeur qui veut plaire à sa clientèle. Soyez métamorphosés selon les images et les goûts du jour pour être au top ! au mieux de votre forme et de votre allure.

La transfiguration de Jésus racontée par les évangélistes n’est pas une comédie plaisante ; elle n’est pas une trouvaille d’un dieu en mal d’existence ; elle n’est pas un truc, une illusion, un faire-semblant, un faire-valoir pour mieux plaire.
 A quoi sert donc cet étrange récit et comment peut-il nous aider à vivre notre vie et notre foi ?
Ce récit, me semble-t-il, éclaire plusieurs niveaux, plusieurs chemins, plusieurs manières de croire et de comprendre ce qui se passe lorsque Dieu intervient. La transfiguration ressemble bien à un cheminement, une catéchèse et un parcours qui nous invitent, et nous attendent.
 
1-  Alors que le baptême et la tentation étaient des moments personnels vécus par Jésus et ensuite racontés ; la transfiguration est une expérience religieuse ou spirituelle vécue à plusieurs.  Mais ou les uns et les autres vivent des choses et entendent des réalités différentes et diverses. Dans un cas Marc les disciples présents ne savent pas que dire car ils avaient peur ; mais en même temps, Pierre dérape complètement et veut s’installer là avec tout le monde ; ils s’entendent dire qu’il ne faut rien dire à personne et sont perplexes lorsqu’on leur parle de résurrection des morts.
La foi chrétienne nous propose une vie communautaire non seulement pour nous aider les uns les autres mais aussi pour nous interroger ensemble et partager des questions ou des évidences vite dites.
2- On pourrait dire que les disciples présents Pierre Jacques et Jean sont à leur tour transformés métamorphosés devant le changement qui s’opère sous leurs yeux. La foi, Dieu en action suscite non pas la révélation publique mais la préparation la catéchèse l ‘apprentissage de quelques-uns  sur qui, reposera le témoignage futur.
3- Dans l’ensemble de ce qu’ils voient et entendent : la voix la nuée, la blancheur éblouissante ce qui demeure et ce qui est le plus sûr et le plus clair si j’ose dire c’est le réel sur lequel il faudra s’appuyer : v.8 : aussitôt regardant autour d’eux, ils ne virent plus personne d’autre que Jésus seul avec eux. » Jésus seul avec eux ! Le Solus Christus des réformateurs. Oui nous ne voulons connaître que Jésus Seul, seul avec nous : c’est bien désormais ce qui reste, ce qui demeure, ce qui est solide lorsqu’on a tout cru, tout imaginé, tout rêvé, tout vécu : Jésus seul ; toutes les autres scories des religions, toutes les expériences collectives et personnelles s’effondrent devant ce seul résultat : Jésus seul.
La foi chrétienne est intéressante et nouvelle en ceci qu’elle va dépouiller, simplifié, se servir des images et des signes religieux, pour nous indiquer ce qui est nécessaire et ce qui superflu.
           4-  Le cadre est décisif. La montagne. On connaissait celle du sermon chez Matthieu, ou celle d’Abraham qui montera et descendra avec son fils, après que son Dieu soit métamorphosé en un Dieu qui ne demande plus de sacrifice humain ; mais aussi bien sûr, le Sinaï de Moïse ou l’Horeb d’Elie - les montagnards de l’ancien testament -  qui se retrouvent ici avec les montagnards de l’évangile. Les évangiles diront aussi celle des Oliviers.
 
C’est sur la montagne que se passe l’essentiel où en tous cas les dieux se manifestent volontiers comme sur l’Olympe en Grèce. C’est bien le lieu de la présence et en même temps de la difficulté. Abraham sur le lieu du sacrifice inutile. Moïse c’est la Loi et le Veau d’or dans la montagne, c’est l’Horeb ou Dieu passe et où Elie massacre les faux prophètes, c’est Golgotha le lieu de la passion et de la révélation totale et radicale. C’est cette ambivalence de la montagne qui fait lien entre terre et ciel qui fascine et qu’il va falloir maintenant quitter.
C’est dans la plaine que Luc fixera le grand discours de Jésus situé sur la montagne ailleurs. C’est bien sur la montagne que l’on voulait faire son nid avec Dieu. « Dressons trois tentes !» balbutiera Pierre ; mais c’est en descendant de la montagne que Jésus leur dit ce qu’il fallait faire et ne pas faire. L’évangile de Jean plus tard dira Jésus est venu habiter chez les siens : il est venu littéralement planter sa tente non sur la montagne mais là où vivent la plupart des humains. Le lieu de la présence de Dieu est à son tour métamorphosé.
La foi chrétienne n’a pas de lieu élevé : ni sur cette montagne ni à Sion ni sur la Garizim ni sur une autre ; ni d’espace sacré. La foi chrétienne dit qu’il faut toujours sortir toujours descendre à la rencontre de Dieu et des hommes. La descente plus que la montée est le lieu d’une présence ; l’Evangile ne monte pas, il descend jusqu’à nous. Certes nous avons toujours envie de monter d’être au top mais Dieu vient nous rencontrer en tête-à-tête sur le chemin qui descend.
Certes il nous faut prendre des forces de l’énergie, certes nous souhaitons des interventions lumineuses, et elles arrivent ici ou là sur ce que nous croyons être bien souvent une montagne infranchissable, impossible et pourtant  cette montagne ce qui nous bloque, ces problèmes qui nous empêchent contiennent un chemin qui descend et nous rejoint ou une parole qui nous interpelle et qui dit : viens et suis-moi,  arrête de grimper : descendons ensemble !
    La foi chrétienne est une transformation, une métamorphose de nos habitudes de penser, de croire et de vivre. Cette transformation est l’œuvre de Dieu en nous comme elle fut l’œuvre de Dieu dans la personne du Christ et de ses témoins passés présents et futurs sur toutes les montagnes de la vie.
Cette transformation est récapitulée elle est en quelque sorte recentrée sur une parole, une interpellation ancienne déjà bien connue et qui soudain, devient une parole neuve.
Dans le concert des propositions religieuses, dans le foisonnement des expériences de toutes sortes, dans les illuminations, les rêves et les délires, ce qui tiendra toujours la route et qui sera toujours un repère sur le chemin de la montée et de la descente, c’est bien l'ordre : Ecoutez-le ! Ecoutez-le, lui ! Regardez à lui et à lui seul et cela suffira pour votre vie et votre route cela vous permettra affronter tout le reste, sans être comme les disciples, trop assoupis, sans avoir peur et guéris de tout fanatisme : car lui et lui seul vous offre non pas un destin mais une palette de possibilités renouvelantes et créatives pour votre vie et votre foi.
Amen.
 


vendredi 6 janvier 2012

Epiphanie c'est à dire : une manifestation !

Evangile selon Matthieu ch. 2, 1-12 :


1   Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem


2  et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à l’Orient et nous sommes venus lui rendre hommage. »


3  A cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui.


4  Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et s’enquit auprès d’eux du lieu où le Messie devait naître.


5  « A Bethléem de Judée, lui dirent–ils, car c’est ce qui est écrit par le prophète :


6  Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le plus petit des chefs–lieux de Juda : car c’est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël, mon peuple. »


7  Alors Hérode fit appeler secrètement les mages, se fit préciser par eux l’époque à laquelle l’astre apparaissait,


8  et les envoya à Bethléem en disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant ; et, quand vous l’aurez trouvé, avertissez–moi pour que, moi aussi, j’aille lui rendre hommage. »


9   Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route ; et voici que l’astre, qu’ils avaient vu à l’Orient, avançait devant eux jusqu’à ce qu’il vînt s’arrêter au–dessus de l’endroit où était l’enfant.


10  A la vue de l’astre, ils éprouvèrent une très grande joie.


11  Entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage ; ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe.


12  Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner auprès d’Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin.

Lire aussi : Esaïe 60, 1-6





« A la vue de l’astre, ils éprouvèrent une très grande joie… ils lui rendirent hommage et … se retirèrent par un autre chemin »
C’est l'Epiphanie, c’est à dire en français une manifestation, qui a pour fonction de se faire voir. Les dieux et les déesses dans l’Antiquité restent le plus souvent dans le monde des dieux et des déesses mais de temps en temps ils s’offrent une manifestation sur un autre terrain celui des humains par exemple. Ils se font voir et admirer. Aujourd’hui ce ne sont plus les dieux mais bien des humains de chair et de sang qui se font voir, et se manifestent !
Un roi grec régnant sur la Judée ancienne se fit appeler Antiochus IV Epiphane (175-164 av JC); il se révéla un persécuteur des juifs qui se révoltèrent et furent persécutés ; il se vit voir, se manifesta en dédiant le temple de Jérusalem à Zeus Olympien, ce fut la désolation de la désolation.
C’est l’Epiphanie de Jésus ; il se révèle sans rien demander à personne, il n’envahit personne et  se fait voir à ceux et celles qui le veulent bien. Il nous en reste des traces, visuelles et gustatives, celles des rois mages avec la galette des rois qui se manifeste comme une couronne et qui suscite par la fève trouvée la possibilité d’être à notre tour des rois et des reines éphémères qui peuvent venir à leur tour rendre leurs hommages : on a perdu seulement la fin de l’histoire et sa signification relative à l’enfant de la crèche.
Le texte de l’Epiphanie de Jésus dans la description de la venue des rois mages vient nous interpeller dans plusieurs directions.
1- La mondialisation d’abord. Elle n’est  pas une nouveauté ; le monde gréco-romain s’identifiait au monde ; certes on savait qu’il y avait de la périphérie mais au-delà du périphérique ! C’était bien des barbares. Ici avec Matthieu apparaît concernant la place et le rôle de Jésus la venue d’un autre monde positif, cultivé, savant, riche, et laudatif. Dés le début de son évangile, Matthieu qui avait institué la venue du Christ au cœur du peuple d’Israël, voici que l’universalité du personnage de la crèche est reconnue par un ailleurs qui vient de loin et qui n’est plus menaçant. 
Désormais et selon lui, il faudra se méfier du centre et de l’intérieur représenté par Hérode et voir d’un autre œil ceux qui viennent de loin et qui savent aussi et qui croient aussi.
La personne de Jésus, ses actes et ses paroles, sa destinée même de la crèche à la croix et pour la foi de ses témoins de la croix à la crèche, tout cela doit être accessible à tous, doit revêtir une forme d’universalité.
La foi chrétienne est peu sensible à la mondialisation dans ce que cela peut signifier de concentration de connivence et d’absence de pluralité. La foi chrétienne est sensible surtout le jour de l’Epiphanie à l’universel. C’est à dire à l’événement particulier qui a lieu une fois pour toute, dans un cadre bien précis et qui s’ouvre et qui est accessible au plus lointain. Le message du Christ est pour tous. L’universel et le lointain sont participants de l’événement spécifique. Quelqu’un a dit que l’universel « c’est le particulier moins les murs » !
Tous les évangiles vont être sensibles à ces deux dimensions qui se rejoignent : le lointain et le proche, le public et le privé, le politique et le religieux, l’intérieur et l’extérieur, le particulier et l’universel. L’évangéliste Luc remplacera les mages par les bergers comme pour dire qu’on reste avec lui à l’intérieur du cadre mais que l’on va chercher dans cet intérieur les plus ordinaires et les plus frustes des personnages de l’histoire. Le plus juif des évangiles celui de Matthieu a besoin d’air et d’élargissement avec les Mages. Lui qui ne croit qu’en l’Ecriture et la parole de Dieu, il va donner droit à une autre culture qui va lire non pas son Ecriture juive mais l’écriture du ciel celle du parcours de l’astre, qui les remplit de joie.
Tout cela nous concerne, frères et sœurs. Et tout cela revêt pour les Eglises chrétiennes une grande importance aujourd’hui. On pourrait dire qu’il y va de notre crédibilité et de notre fidélité au message premier de l’Evangile de Jésus le Christ.
2- Si l’Epiphanie c’est bien une manifestation universelle de Jésus comme Christ, faut-il dire que ce christianisme est universel et qu’il concerne toutes les cultures et tous peuples ? C’est bien comme cela qu’il s’est répandu qu’il a gagné en audience et qu’il est allé avec souffrances parfois de Jérusalem à Rome en passant par Athènes et Constantinople. C’est selon cette stratégie de l’universel qu’il a été dominant et dominateur, absorbant tout apport étranger et rejetant surtout toute discordance au nom d’une d’unité qui se voulait universelle.
Nous n’en sommes plus là. Nous disons aujourd’hui : chacun sa zone d’influence ; si vous appartenez à telle culture par ex. l’indonésienne vous serez plutôt musulman, si vous êtes Indien vous serez indou, si vous êtes occidental vous serez chrétien… Les chrétiens ont renoncé à convertir le monde. Il se trouve que d’autres religions ont des tendances universalistes très fortes aussi  ne sont-elles pas prêtes à renoncer au prosélytisme et à la conquête.
Il arrive qu’aujourd’hui au nom du respect de chacun, nous renoncions à la proclamation à l’annonce ou en ce jour à l’Epiphanie du Christ nous renoncions à affirmer sa pertinence non seulement sur ma vie mais aussi sur la vie de monde entier tel qu’il est.
Nous savons bien quelles erreurs et tragédies peuvent conduire des aveuglements et des fanatismes chrétiens. Aujourd’hui il arrive que ce ne sont plus les chrétiens qui imposent ou persécutent ; mais il arrive qu’ils soient persécutés et qu’ils n’arrivent plus ni à dire leur foi ni même à exister comme chrétiens ou comme Eglises du Christ.
Y-a-t-il une autre voie entre une indifférence trop respectueuse et une domination roulant comme un rouleau compresseur !
3- Il me semble que cette autre voie se décline par l’engagement personnel de chaque chrétien. Cette autre voie renonce définitivement à passer par l’intermédiaire des pouvoirs humains pour dire la foi chrétienne. A cet égard, le texte de l’Epiphanie est subtil. La relation avec le roi Hérode s’établit à l’arrivée ; après la rencontre de l’enfant de la crèche, elle est délibérément rejetée. « Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin ».
Nous sommes appelés à découvrir à inventer et à parcourir cet autre chemin. L’Epiphanie nous entraîne non sur des chemins trop connus, ceux que l’histoire a bien souvent parcourus ; mais sur un ou des chemins nouveaux, ceux sur lesquels notre foi dans une version non timide mais assurée, ira à la rencontre de tous et de chacun quelque soit son passé, son enracinement, quelque soit sa culture. La foi chrétienne n’est peut être pas la seule foi possible mais nous croyons que c’est sans doute la moins pire.
Certes chacun peut exprimer sa religion sa foi ses croyances dans le respect des autres différents ; la foi chrétienne ne renonce pas à être transmise et annoncée pour que d’autres la rencontre et se mette à en vivre. La foi chrétienne qui rencontre l’universel le jour de l’Epiphanie n’abdique pas et ne s’enferme pas dans des murs et des églises ; elle ne s’enferme pas dans des consciences individuelles mais elle est résolument tournée vers les autres différents ; la foi chrétienne née à l’intérieur et ne vit que dans une extériorité celles des autres différents.
Il se pourrait que les chrétiens soient trop timides par respect des autres. Il se pourrait que notre foi soit trop timide car trop limitée à nous-mêmes, trop enfermée dans notre for intérieur.
      Le jour de l’Epiphanie, cette foi ose la rencontre et ose se dire à d’autres afin qu’ils connaissent aussi comme les mages en Judée et comme les chrétiens, une vraie et grande joie.
     Comme le disait déjà le prophète Esaïe :  « Mets–toi debout et deviens lumière, car elle arrive, ta lumière : la gloire du SEIGNEUR sur toi s’est levée ».





samedi 17 décembre 2011

Noël : une histoire de naissance et de paternité d'abord puis de maternité bien sûr !!

Evangile selon Matthieu  ch 1 :

18 Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ. Marie, sa mère, était accordée en mariage à Joseph ; or, avant qu’ils aient habité ensemble, elle se trouva enceinte par le fait de l’Esprit Saint.

19  Joseph, son époux, qui était un homme juste et ne voulait pas la diffamer publiquement, résolut de la répudier secrètement.

20  Il avait formé ce projet, et voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint,

21  et elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

22  Tout cela arriva pour que s’accomplisse ce que le Seigneur avait dit par le prophète :

23  Voici que la vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : « Dieu avec nous ».

24  A son réveil, Joseph fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse,

25  mais il ne la connut pas jusqu’à ce qu’elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus.


       Moi, ce que j'aime bien dans l'histoire de Noël vue par Matthieu, c'est qu'elle est surprenante par rapport à ce que l'on entend d'habitude.

Ici, pas de crèche, encore moins d'âne et de bœuf, pas de bergers ; le héros de l'histoire, ce n'est pas vraiment Jésus, vu qu'il n'est même pas encore né, et encore moins Marie, que l'on évoque à peine. Ici, le héros, c'est Joseph.

Alors en cette avant-veille de Noël, je vais vous parler de Joseph. Le père. Enfin, un des pères. Ou plutôt, un père possible. Ou encore, une sorte de père... parce que le moins que l'on puisse dire, c'est que son histoire ne ressemble pas vraiment à celle d'un père "classique". D'abord, il n'est pas encore marié à sa femme et donc (en tout cas à l'époque) il n'aurait jamais dû être père ; et ensuite, il se demande si sa femme (future) ne l'a pas trompé avec un autre, et il en a la confirmation (biologiquement parlant en tout cas, il n'est pas le père de l'enfant à naître).

Si je résume la situation, cela donne : Joseph est le père de l'enfant d'une femme qui n'est pas la sienne, enfant qu'il n'a pas conçu et à qui il donne un nom qu'il n'a pas choisi. Sympa, enviable, comme position, non ? !
             Je ne lui en voudrais pas d'être en crise après une histoire comme ça et de se demander qu'est-ce que ça veut dire au juste d'être le père de cet enfant. Je le trouve très actuel et je me dis qu'aujourd'hui il pourrait être le père absent de beaucoup de familles dites "monoparentales", ou le père dépossédé des relations avec son enfant de certains divorces, ou simplement ce "nouveau père" qui se cherche, ne pouvant pas reproduire ce qu'a fait son propre père avec lui, parce que les temps, et surtout les femmes, ont changé.

Dur dur ! d'être Papa aujourd'hui ; père en colère, père malheureux, ou père obligé de se poser des questions sans qu'il l'ait vraiment désiré. Pas très facile tout ça ! Assez proche de l'histoire de Joseph. Lui aussi aurait pu se mettre en colère. Lui aussi a sûrement été malheureux de voir toutes ses ambitions familiales s'écrouler. Lui aussi est bien obligé de se poser des questions.

Cette histoire, c'est un peu comme quand on jette un caillou dans l'eau : on ne voit plus le caillou, alors qu'on distingue encore très bien les vagues qu'il a provoquées. La naissance de Jésus, nous n'en savons pas grand chose, surtout par la bouche de Matthieu ; c'est au détour de l'histoire de Joseph qu'elle est mentionnée : "Joseph fit ce que l'ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse mais il ne la connut pas jusqu'à ce qu'elle eût enfanté un fils auquel il donna le nom de Jésus". C'est plutôt laconique comme description, et ne cherchez pas de plus amples détails, il n'y en a pas ! Par contre, Matthieu s'attarde sur les vagues provoquées dans la vie de Joseph par cette naissance.
Aujourd'hui, nous allons parler de Joseph. Ou plus exactement, de ce que l'histoire de Joseph nous dit de notre propre histoire avec Dieu.

On a rarement de rencontre directe avec le Seigneur. Par contre, il peut arriver d'être touché par une de ces vagues qui témoigne qu'il s'est passé quelque chose. Ces vagues, j'en vois au moins trois que je voudrais partager avec vous.

1. La première, c'est que cette naissance, pour Joseph en tout cas, ne se passe pas comme elle aurait dû. Les choses étaient prévues autrement ! Et d'ailleurs, tout, dans les lois et les usages de son époque, lui donne le droit de refuser cette naissance "hors norme". Sans d'ailleurs que l'on puisse vraiment le lui reprocher : on le comprendrait même assez bien de ne pas se laisser embarquer dans cette histoire !

C'est un juste, Joseph. Un de ceux qui a les pieds sur terre et du bon sens. Alors il voit tout de suite que, même s'il ne veut pas de faire de mal à Marie, ou le moins possible, cette histoire inhabituelle est risquée pour lui. Elle n'est pas "raisonnable" ; tout lui conseille de prendre ses jambes à son cou et de s'en aller.

Voilà, c'est comme ça que le Dieu de Jésus-Christ vient à notre rencontre : de façon imprévue et inhabituelle. J'irais même jusqu'à dire : de façon choquante pour les bonnes mœurs. Non, ce Dieu-là n'est pas "raisonnable".

Voilà qu'il bouleverse nos plans les plus sages et les plus légitimes.
Dieu ne ressemble pas à ce que nous avons prévu et imaginé. Il bouscule les règles établies, quelles qu'elles soient, même les règles religieuses. Il n'emprunte pas les autoroutes et ne se trouve pas aux rendez-vous que nous lui avons fixés d'avance. C'est peut-être dans les situations où tout nous dicte que nous devrions nous méfier le plus, qu'il vient à notre rencontre.

2. La seconde vague qui nous atteint dans cette histoire de Joseph, c'est la vague d'une certaine passivité de sa part. Il se trouve dans la position de celui qui subit.

Il n'est pas le géniteur de l'enfant à naître. Il ne décide pas de son nom. Et même quand Dieu lui parle, non seulement il ne lui avait rien demandé, mais en plus il lui parle pendant qu'il dort ; c'est presque à son insu que cette Parole se fait une place dans sa tête. Vraiment, Joseph n'y est pour rien dans cette histoire ! Il ne maîtrise rien de ce qui se passe, et se trouve être l'objet de quelque chose qui le dépasse et le concerne pourtant directement.

Voilà que sa vie va être irrémédiablement infléchie sans qu'il l'ait souhaité, et sans même qu'il ait un tant soit peu participé à ces évolutions. Le fait d'être père lui tombe dessus sans prévenir, alors qu'il aurait dû être le premier à "collaborer". Joseph doit faire le deuil d'être pour quelque chose dans la naissance de son fils. Le voici contraint à la distance et à l'humilité, il doit commencer à laisser tomber ce qui semble évident dans la paternité : pour lui, rien ne va de soi.

Qu'est-ce qu'être père ?
      Pas moyen pour lui de se raccrocher à une explication naturelle ou biologique. Pas de possibilité de rentrer non plus dans la définition légale qui s'impose dans le cadre du mariage. Pour Joseph, être père, c'est d'abord se laisser approcher sans trop résister par un événement qui lui échappe. C'est lâcher prise. C'est entrer dans une aventure qu'il n'a pas choisie et dont il n'a pas pris l'initiative. C'est commencer par accepter un mystère plutôt que de vouloir à tout prix tout maîtriser et comprendre. C'est accepter de donner à l'enfant un nom qu'il n'a pas choisi et qui dit le projet d'un autre pour cette vie à venir : Jésus, c'est-à-dire "le Seigneur sauve". Joseph doit même renoncer à réaliser ses rêves et ses désirs à travers son enfant ; accepter qu'il soit lui, et pas celui qu'il aurait rêvé qu'il soit. A Noël, Dieu vient à nous en Jésus-Christ de la même manière : comme une aventure qui s'offre à nous. Nous voici bien obligés de reconnaître qu'il y a là fondamentalement quelque chose qui nous échappe et sur lequel nous n'avons aucune prise. Ce n'est pas nous qui prenons l'initiative. Il nous faut même commencer par faire le deuil d'y être pour quelque chose, laisser tomber nos prétentions à être artisans de ce qui nous touche pourtant profondément.

Cela va complètement à l'encontre de nos manières habituelles d'envisager nos existences : nous sommes plutôt du genre "aide-toi, et le ciel t'aidera !". Ici, c'est le ciel qui vient toucher et rejoindre la terre, et nous n'y sommes pour rien. En tout cas, au point de départ.

Parce qu'ensuite, Joseph n'est plus du tout passif, il est même appelé à remplir une mission d'importance. C'est la troisième vague qui nous atteint dans cette histoire.

3. Sans Joseph, le plan de Dieu ne peut pas se réaliser. Voici que c'est à lui qu'il est demandé de donner une famille à cet enfant qui va naître. Dieu demande à Joseph d'adopter cet enfant : de lui donner une famille (en particulier une mère qui soit aussi sa femme), de l'inscrire dans une histoire en lui donnant un nom, c'est-à-dire de lui donner à la fois des racines (fils de David) et un avenir (il sera Jésus).

Dieu décide d'avoir besoin de Joseph, il a besoin que celui-ci entre dans son plan, fasse sienne cette histoire qui lui est tombée dessus sans prévenir. Il décide de ne pas se passer de lui, et même de lui donner un rôle capital pour la suite des événements, s'il l'accepte.

Voici donc qu'à Noël, Dieu offre à chacun la possibilité de faire sienne une aventure qu'il n'a pas choisie. Voici qu'il met devant nous un choix à faire, un oui à dire pour entrer dans son plan.

Non, nous ne choisissons pas grand-chose des circonstances de la rencontre avec ce Dieu qui vient vers nous et nous surprend, nous déroute et en même temps nous sollicite. Mais il nous appartient d'accepter ou non d'entrer dans cette aventure qui s'offre à nous.

La naissance de Jésus, il faut bien l'avouer, aura fait dans la vie de Joseph l'effet d'un pavé jeté dans la mare de son existence rangée :

— il pensait savoir ce qu'aimer voulait dire : désirer une femme, se marier avec elle, fonder une famille ; mais Dieu lui dit : non, aimer, ce n'est pas prévoir et organiser, c'est entrer dans une aventure ;

— il pensait savoir ce qu'être père voulait dire : transmettre des valeurs et des convictions ; mais Dieu lui dit : être père, c'est accompagner ton enfant tout en le laissant inventer sa propre histoire ;

— il pensait savoir ce que Dieu attendait de lui : qu'il soit un homme juste et conforme à ses commandements. Et Dieu lui dit : j'ai besoin de toi en tant qu'homme, avec tes limites et tes faiblesses, avec tes espérances et avec tes questions ;

— oui, Joseph, jusqu'à Noël, pensait savoir ce que vivre voulait dire : ranger sa vie au plus près de l'idéal qu'il s'était choisi. Mais Dieu lui dit : vivre, c'est plonger dans l'aventure, c'est lâcher prise pour se laisser rencontrer. Allez, vas-y, plonge ! Et n'aie pas peur : je serai avec toi, car celui qui vient s'appelle Emmanuel, "Dieu avec toi".

N'aie pas peur d'aimer Marie, je serai à tes côtés.
N'aie pas peur d'aimer l'enfant qui naît, Joseph, je serai père à tes côtés.
N'aie pas peur d'avancer, Joseph, je serai en marche à tes côtés.

En Jésus-Christ, Dieu jette un pavé dans la mare de nos propres existences plus ou moins bien arrangées. Aujourd'hui avant Noël comme à Noël, c'est à nous qu'il dit : vivre, c'est plonger. N'ayez pas peur des vagues : je suis toujours à tes côtés, hier comme aujoud'hui et demain.