mardi 18 août 2020

Notes homilétiques

 16 août 2020 Temple de Bergerac et 6 septembre Temple de Villeneuve sur Lot 

3 textes : Esaïe 56, Romains 11 et rencontre avec la cananéenne in Matthieu 15 disent peut-être une même réalité une même nouveauté et une même exigence ; ils donnent comme un écho d’une situation de crise ; ça tombe bien ! Nous aussi, nous pensons et vivons la covid 19, les canicules et leurs conséquences…mais aussi peut être crise plus personnelle, plus familiale ou amicale ou conjugale religieuse ou spirituelle ou même financière…

Je vais parcourir ces textes (principe selon lequel les textes s’interprètent eux-mêmes : les faire jouer, les frotter les uns et les autres !) Et ces moments critiques pour en dégager peut-être pour nous-mêmes, notre Eglise, notre situation, quelques éléments d’espérance, de promesse bref quelques repères de vie possible dans la crise et vers un au-delà de toute crise.

Esaïe ou la fin de l’exclusivité religieuse, spirituelle : Esaïe à partir de ch. 56 : oùtout repenser, tout réécrire, tout espérer de façon nouvelle, où vivre à nouveau sera comme une invention.

Babylone en 538 av JC, c’est le retour possible après un exil, loin de Jérusalem. En exil, ailleurs et loin, on a vu de nouvelles visions du monde, de nouvelles manières de vivre de croire, de nouveaux rites de nouvelles habitudes ; on a été modifié et transformé ; on s’est mis à écrire à récrire notre histoire notre passé au filtre du présent confiné dans un ailleurs ; certes on disait encore « l’an prochain à Jérusalem » mais sans y croire complètement ; ce qui était cru et pensé jusque-là était comme relu avec de nouvelles lunettes adaptées à une nouvelle vision du monde.

Certains ne reviendront jamais et poursuivront leur route leur vie parmi les étranges, les étrangers. D’autres diront « on veut bien revenir mais faire et refaire comme avant ». Notre vie ailleurs était une parenthèse ! On veut désormais se retrouver entre nous, chez nous. On était étranger dans un pays étrange on va désormais établir des barrières pour nous séparer et exclure les étranges les étrangers.

 Esaïe déploie une nouvelle manière et de croire et de vivre ; il fait œuvre de création, et propose une nouvelle idéologie, une nouvelle espérance et nouvelle vision du monde où l’autre devient indispensable ; une nouvelle théologie qui est ouverture essentielle indispensable ou l’exclusion et le rejet sont bannis ou même les minorités sexuelles auront leur place dans cette nouvelle vision ou la religion relit au lieu de séparer et d’exclure. Oser cette nouveauté, oser cette recomposition va devenir l’espérance de certains, va devenir une espérance, au milieu de celles et ceux qui veulent revenir à la grandeur ou plutôt à l’état banal et classique ou les murs et les enfermements les refoulements, les camps, les ghettos qui sont et seront la réalité coutumière. Reconstruire le temple de Jérusalem sera la priorité, jusqu’à ce qu’il soit encore détruit, jusqu’à prier encore même aujourd’hui devant un mur…

Paul ou l’usage bienfaisant de la greffe ;  l’olivier sauvage, Paul dit les païens, ceux qui ne sont pas de la maison sont greffés associés à l’olivier franc (Israël) Paul l’Ulysse de la Bible ouvre des portes, non parce qu’il serait gentil ou ouvert lui-même, non pour appliquer une morale classique et universelle non ; pour lui ce qui s’est passé en Jésus le Christ mort sur une croix comme un paria comme un esclave change la donne, change la foi change la religion change notre vision du monde et ouvre une grande porte vers les plus nombreux, ceux qui croient autrement ou qui ne croient pas dans le monde gréco romain où tout est possible. Serait-il, ceux-là, insensibles au message de Celui qui a dit qu’il était la Porte plutôt ouverte que fermée. Seraient-ils insensibles à un au-delà, non de la vie et de la mort (métaphysique), mais à un au-delà de leur propre espérance ! Au fond, y a-t-il un au-delà possible à ce que je crois, y a-t-il un plus loin possible à ce que j’espère, j’imagine, un plus loin à ce que je sais ; Y a-t-il un au-delà pour moi-même ? Le salut pour Paul, au premier siècle de notre ère, le salut sera celui de l’humanité et non de quelques-uns ; pas de foi sans l’au-delà de la foi ; pas d’Eglise sans greffe sans bouturage ; pas d’Eglise de Jésus Christ sans un au-delà de l’Eglise, pas de christianisme sans un au-delà du christianisme.

Le poète Arthur Rimbaud a dit mystérieusement « Je est un autre » Comme si l’autre ou l’au-delà, ou une question ultime était là tout près de moi ; pour Paul, les chrétiens, ceux de la porte ouverte, seront définis par cette place laissée à l’autre, laissée en quelque sorte vacante pour qu’elle soit occupée par cet autre qui me constitue et me fait être ce que je suis et ce que je serai…

Jadis les exilés de retour vont être confrontés non seulement à ceux qui sont restés confinés sur place et à celles et ceux qui veulent refaire et revivre le passé dépassé…Paul tout au long de sa vie sera aux prises avec les gardiens de la foi des ancêtres pour qui Jésus est, au fond, proche de leurs prophètes du temps passé ; il sera aux prises avec ceux de l’entre-soi : de la loi pour tous des rites pour tous…Paul voudra accueillir dans une alliance nouvelle des nouveaux venus. Faire vivre ensemble les contraires voilà pour lui, l’Evangile de Jésus Christ ; voilà pour nous le nouvel horizon :  côte à côte les deux oliviers. Ici il n’y a pas d’alternative : ce n’est pas et ne sera jamais ou bien l’un ou bien l’autre ; mais l’un et l’autre (il parait même que les arbres sont capables de communiquer avec leur entourage !) jamais l’un sans l’autre jamais l’autre sans l’un !

Ceux qui viennent d’ailleurs sont nécessaires mais ne peuvent en rien se prévaloir de leur statut ni se glorifier d’être nécessaire ; c’est bien la fin des « ego » des « moi d’abord » ! « J ’étais là avant toi et moi je te suis indispensable » ! L’annonce de la bonne nouvelle sera à ce prix fort pour Paul y laissera sa vie contestée de l’intérieur comme à l’extérieur.

Jésus et la cananéenne : Texte célère et violent à la fois ; il va opérer sous la forme d’un dialogue impossible un renversement dans l’autre de la foi de sa compréhension dans son énonciation même c’est-à-dire dans la manière même de la dire (la place des dialogues dans l’Antiquité).

L’Evangile de Matthieu comme celui de Marc, montre Jésus à l’étranger, c’est plutôt rare, et comme le contraire de Paul ; comme si Jésus n’avait pas pris la mesure de l’empire romain ; son message est prévu, programmé pour ceux de l’intérieur de la Galilée à la Judée. Jésus ne prend jamais de bateau mais une barque ! Il est présenté comme l’homme du lac jamais comme celui de la mer ! Or dit le texte « il se retira dans la région de Tyr et de Sidon » ; on dirait aujourd’hui qu’il fait un incursion une excursion au Liban où aura lieu pour lui une sorte de souffle nouveau comme une implosion de tout ce qu’il croyait et pensait avec les siens !

Comparer les gens de là-bas, les gens d’ailleurs, à des chiens est une constante des humains sûrs de leur prérogatives. Au slogan : « je ne suis pas venu pour toi » à la pression de l’entourage : « renvoie-la, elle nous casse les oreilles »

Au silence, celui de l’attente et de l’étonnement, succède le rappel du programme : « pas pour toi » à l’insistance du cri de la plainte du désir d’être-là avec, succède le changement radical du programme : « je suis là pour toi aussi et qu’il t’arrive ce que tu veux que ton désir s’accomplisse » Tu changes ma foi ; tu as l’air de croire en moi ; voici que moi je me mets à croire en toi à ta parole à ta personne à ton désir, à ta plainte ; Ici pas question de l’humeur d’un jour ou du simple agacement compréhensibles ; si ce texte est parvenu jusqu’à nous, s’il n’a pas été biffé et oublié cela signifie qu’il est décisif et important.

Jésus se convertit ; Le Dieu de Jésus Christ peut changer il n’est pas figé dans une doctrine, dans des mots des gestes des religions ni même dans des témoignages ! Voici la présence, le verbe incarné, la parole faite chair qui entend et reçoit une parole qui fait vivre et revivre ; une parole comme un au-delà de la vie ordinaire ; oui les petits chiens et ceux qui croient être leurs maitres mangent où presque à la même table ; ils sont aussi liés, inséparables essentiels pour les uns et les autres ; ils sont des vivants solidaires.

3 textes disent à leur manière dans des contextes très différents des orientations radicales pour nous-mêmes nos Eglises mais aussi pour nos sociétés.

Résumons :

L’expérience difficile de l’Exil du déracinement du confinement conduit à un nouvel exode qui modifie ce que nous croyons et vivons. Le retour en arrière à la situation d’avant n’est plus possible, car l’espérance et l’au-delà sont en avant de nous-mêmes. Au lieu de construire des murs il faudra comme le peuple juif apprendre réapprendre à lire et à écrire de façon nouvelle ; le livre remplacera les murs et le temple par exemple…Repenser nos histoires ecclésiales, nos vies, afin de ne plus vivre comme avant !

La place des autres, des différents, est renouvelée ; nous aurons une place l’un comme l’autre à la

même table…Quelque soient les difficultés et les tensions le repli devient la tentation suprême. Nos sociétés vivent tous les jours des formes de haine et de rejets ; nos Eglises aussi doivent se positionner face aux fanatismes aux agressions antisémites, antimusulmanes et antichrétiennes aussi…

Enfin la reformulation de notre foi est aussi nécessaire ! Ceci n’est pas nouveau ; toujours il a fallu comprendre et croire de façon renouvelée. L’Evangile nous dit que Jésus n’a pas échappé à cette nécessité où la foi est tendue vers un au-delà d’elle-même.

La vie c’est souvent la crise, le moment de vérité parfois. Il s’agit bien de tomber les masques ! ne pas se voiler la face ! pour être nous-mêmes renouvelés vivifiés et plein d’espérance malgré tout pour aujourd’hui et demain. Il y a bien un au-delà de la crise !

 


 

 

 

mercredi 20 mai 2020

Ascension

Devant nous l’Ascension et Pentecôte, derrière nous, Pâques ! L’Eglise vit cet entre-deux avec deux risques à éviter :

Celui de se replier et de s’enfouir, disparaître aux yeux de tous. Bref confinée réellement ! Le Maître n’est plus là, faisons comme lui, devenons une réalité une communauté invisible qui se rassemblera comme se rassemble des initiés qui auront accès aux codes et au mystère du Ciel ; c’est la communauté des purs et des élus qui refusent la relation et la compromission avec les autres comme avec le monde. L’Eglise de Jésus Christ n’a rien à voir avec tout cela car le message du Christ se déploie dans une longue chaîne d’interprétation faite par des hommes et des femmes dans le concret de leur histoire aux prises avec la réalité du monde. L’Eglise de Jésus Christ est une Eglise de la vie, elle ressemble à une communauté historique et précise qui rencontre et accueille mon histoire, ma vie, mon existence toujours mystérieuse mais toujours concrète.

Le deuxième risque est celui qui est contraire au premier et qui a été longtemps parcouru par le christianisme à divers moments de son histoire : non plus le repli mais la présence exubérante qui occupe toute la place. Le Christ n’est plus là peut importe nous sommes là et nous allons le remplacer. C’est l’Eglise qui comble qui remplace qui tient lieu ; ce sont les croyants qui ne font plus de différence entre privé et public entre intérieur et extérieur entre cités des hommes et cité de Dieu pour le dire avec St Augustin. C’est l’Eglise où le Grand Inquisiteur sait de la part de Dieu et mieux que lui, ce qu’il faut faire : en général extirper l’hérésie et les interprétations hétérodoxes.

La communauté chrétienne qui vit sous le signe de l’Ascension est celle qui a derrière elle la croix et la résurrection et devant elle : Pentecôte ; c’est la communauté du souvenir de l’espérance et de l’attente.

Une communauté du souvenir, non pas une communauté qui cultive les manifestations du souvenir de son histoire glorieuse ; mais une communauté de foi qui sait d’où elle vient ce qu’elle doit aux témoins souvent martyrs de la foi qui on transmis contre vents et marées leur espérance, leur compréhension et leur vision du monde et de la vie. Pour nous, le Maître n’est plus là mais ce qu’il a dit ce qu’il a fait va devenir peu à peu important pour chacune et chacun. 

Une communauté et une foi arrimées à une espérance. C’est une manière de dire aussi l’avenir. Nous ne sommes pas à la fin d’une trajectoire fatale. Le Maître n’est plus là, mais tout ne s’achève pas tout ne s’écroule pas car tout ou presque reste encore à vivre. L’espérance c’est la certitude que quoique qu’il arrive, demain aura lieu. On interrogea dit-on un jour M. Luther : si la fin du monde arrivait demain, que ferais-tu ? "Je planterai aujourd’hui un pommier" ! Pas très religieux, mais ferme assurance et foi enracinées dans l’espérance. Celle de la vie, espérance que notre trajet terrestre est conduit et guidé de bout en bout comme celui du Christ.

Enfin une communauté en attente : faire mémoire, être et vivre dans et de l’espérance apportée en Jésus Christ c’est aussi l’attendre. « Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Celui qui vous a été enlevé viendra de la même manière que vous l’avez vu aller vers le ciel ». On sait que de nombreux groupes chrétiens ont tout misé sur ce retour. Nous ne savons pas, nous ne faisons pas de prévision comme pour mieux vivre l’attente qui reste calme et sereine.

Ainsi nous croyons que Dieu conduit et continue de conduire le monde comme notre vie. Il a été là, Il est encore là, et Il sera là. Lui dont nous avons à nous remémorer les gestes et les paroles, nous souvenir pour les rendre vivants et présents. Lui qui place au cœur de notre vie une espérance de vie semblable à sa vie sur la terre des humains. Oui la communauté des croyants est en attente comme le veilleur attend l’aurore, comme l’ami attend l’ami, comme Dieu lui-même attend avec patience et bienveillance.

L’Ascension est un départ, qui laisse des témoins étonnés et joyeux, toujours aux prises avec la tentation de l’enfouissement ou de l’arrogance ; le départ de l’Ascension laisse toute sa place à la foi en Christ qui nous invite à nous souvenir, à espérer sans cesse et à l’attendre avec fidélité.