samedi 16 mars 2013

Dimanche 17 mars, au temple de Villeneuve sur Lot

Jean 8

1 Et Jésus gagna le mont des Oliviers.

2  Dès le point du jour, il revint au temple et, comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner.

3  Les scribes et les Pharisiens amenèrent alors une femme qu’on avait surprise en adultère et ils la placèrent au milieu du groupe.

4  « Maître, lui dirent–ils, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère.

5  Dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes–là. Et toi, qu’en dis–tu ? »

6  Ils parlaient ainsi dans l’intention de lui tendre un piège, pour avoir de quoi l’accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer du doigt des traits sur le sol.

7  Comme ils continuaient à lui poser des questions, Jésus se redressa et leur dit : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. »

8  Et s’inclinant à nouveau, il se remit à tracer des traits sur le sol.

9  Après avoir entendu ces paroles, ils se retirèrent l’un après l’autre, à commencer par les plus âgés, et Jésus resta seul. Comme la femme était toujours là, au milieu du cercle,

10  Jésus se redressa et lui dit : « Femme, où sont–ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? »

11  Elle répondit : « Personne, Seigneur », et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas : va, et désormais ne pèche plus. »

8, 31-32 :« Jésus donc dit aux Juifs qui avaient cru en lui : « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres. »

 Autres lectures  : Esaïe 43, 16-21 et Philippiens 3, 8-14.

La rencontre avec la femme adultère pourrait être éclairée et même comprise par cette affirmation de l’évangéliste Jean :

«  Si vous demeurez dans ma parole, vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres  v. 31-32 ; ils répliquèrent : nous sommes la descendance d’Abraham et jamais personne ne nous à réduits à la servitude : comment peux-tu prétendre que nous allons devenir des hommes libres ? »

 Vérité et Liberté : quelle relation ? Qu’est ce qui me rend libre ? Les religions révélées peuvent-elles rendre libres ? Celles qui croient que leur révélation est unique sont-elles des espaces et des propositions de liberté ?

 Au fond,  est-ce qu’ « une parole de liberté »  peut rendre libre et libre de quoi et de qui ?
 
Le message d’aujourd’hui est simple et clair : le christianisme, tel qu’on le lit dans les textes bibliques, est une proposition de liberté en vérité ; ou encore le christianisme à la suite de Jésus est une vérité qui rend libre.

Mais peut être direz-vous à l’instar des interlocuteurs de Jésus dans l’évangile de Jean : nous sommes et nous nous sentons libres, alors pourquoi faudrait-il le devenir ?  

Si on interroge en effet nos contemporains et qu’on leur demande d’associer un mot une idée une formule à celle de liberté, ils ne diront jamais le mot religion ni même Dieu ni  encore celui d’Eglise ; ces réalités ont en effet a reçu une connotation négative, plus proche de la soumission de  la dépendance voire même de l’aliénation ;  loin donc de la liberté de la libération ou de l’épanouissement de soi.

Aujourd’hui être libre pour nos voisins nos proches nos contemporains pour nous mêmes parfois c’est ne dépendre de personne, c’est être auto-suffisant, ne rien devoir à personne, être riche et bien portant et pouvoir se déplacer sans entrave.

 Aujourd’hui ce qui est vrai pour nos voisins nos proches nos contemporains et pour nous mêmes parfois, ce qui est vrai c’est ce que l’on ressent, ce que l’on peut éprouver et qui correspond à ce que l’on pense et croit. Ce qui est vrai ce n’est pas une vérité extérieure externe mais plutôt une réalité intérieure ; une vérité n’est pas dictée par une instance, une institution, un parti, un état. Ou alors il faut que cette instance externe cherche en nous ce qu’elle veut nous faire croire comme vrai ; cela s’appelle aussi de la propagande.

 En définitive nous vivons ce que l’on appelle parfois l’ère du sujet ; celle de l’individu et parfois mieux de la personne qui doit décider de tout et vérifier en elle même ce qui juste et bon pour elle c’est à dire alors aussi pour les autres.

 Tout ou presque peut être ainsi justifié. Il m’arrive de penser parfois que ce qui est bon pour moi devrait être bon pour les autres. Je suis devenu le centre non seulement de ma vie mais aussi de celle des autres.

Nous sommes passés d’un extrême à l’autre ; d’un extrémisme à l’autre ; d’une radicalité à une autre radicalité.

Auparavant c’était le groupe, le statut social, l’appartenance sociale et religieuse, c’était l’institution dans laquelle je me trouvais sans le décider, par tradition qui régenter la vie et les modes de vie sans que le sujet, la personne ne soit autorisée  avec quelques exceptions bien sûr, à changer une façon de penser, d’agir ou de croire. D’autres décidaient pour moi, ma famille, mon Eglise, mon rang dans la société.

Dans l’empire gréco-romain, les classes sociales bien avant Marx, existaient de façons radicales ; les citoyens dirigeaient, les hommes libres commerçaient, les esclaves travaillaient. En proposant à des juifs de devenir libres, Jésus ou l’auteur de l’Evangile s’autorise une incongruité : se pourrait-il que des juifs fassent partie de la sphère de l’esclavage ? Eux qui étaient reconnus comme hommes libres et parfois même comme citoyens ?

« Nous sommes de la descendance, de la famille d’Abraham ». Et revoilà la venue de groupe, de  la famille et du clan !  Voilà à nouveau l’introduction du cadre sans lequel il n’y a plus d’existence possible. Changer de cadre c’est changer de vie ce qui est presque impossible.

Le christianisme invente un nouveau cadre ; change le cadre existant et ce n’est pas une catastrophe, c’est seulement difficile à croire et à vivre : on peut être du clan d’Abraham et être esclave de ce cadre. Etre enraciné ne veut pas dire rejeter toute autre racine qui ne serait pas mienne ; être enraciné en Christ veut dire que désormais toute racine est relativisée ; toute situation, tout cadre n’est pas suffisant pour vivre et être en relation avec les autres. 

Mon enracinement dans ma famille, dans mon Eglise, dans mon métier, dans mon pays, dans mes convictions politiques, ne sont pas une garantie de véracité, de vérité. Ce ne sont pas des vérités ultimes et dernières mais seulement provisoires et avant-dernières et la vérité vraie, la vérité ultime avec un grand V se s’épuisera jamais dans ces réalités.

Je suis capable devant et dans tout ce qui me détermine, de dire « Je » ; de dire oui lorsque tout me pousse à dire non ; de dire non lorsque tout me contraint et s’attend à ce que je dise oui.

C’est ici que le texte bizarre à propos de la femme adultère revêt une grande importance ; cette femme est ballottée entre le regard et le jugement du groupe, des autres et le poids personnel d’une conscience coupable et mal à l’aise. L’auteur du texte et probablement Jésus lui-même font la distinction entre l’acte l’action et la personne elle-même ; il y a un écart entre je que je fais et ce que je suis. Je ne suis pas ce seulement ce que je réalise. Cette femme vaut davantage que l’acte qui veut la définir.

Elle doit faire avec Jésus l’expérience de l’entrée dans une Parole de Liberté.

«  Si vous demeurez dans ma parole, vous connaîtrez la vérité qui fera de vous des hommes et des femmes libres » Au fond c’est bien cela qui doit valoir et qui doit être une attestation un témoignage pour les autres pour moi-même comme pour Dieu.

L’Evangile ne dit pas : si vous adhérer à ma personne, si vous votez pour moi,  si vous m’êtes fidèles etc.…il dit : si vous demeurez dans ma parole : si vous venez habiter non pas les mots que j’ai prononcés ; mais la Parole : la parole que je me suis autorisée de dire et de proclamer contre toutes les paroles magiques ou autoritaires et religieuses qui sont prononcés par beaucoup.  Jésus ne dit pas à cette femme : viens et suis-moi ! Elle est libre de le faire ou de ne pas le faire ; il ne lui dit pas ; ta foi t’a sauvée ! Car une foi prisonnière du regard et de l’opinion des autres n’est pas une foi libre. Il lui dit simplement et librement : va t-en   ! Tu es libre de partir désormais c’est pourquoi tu peux dans cette liberté même devenir responsable. Tu peux répondre de tes actes et non plus être identifiée à eux seuls.

Une parole qui vient dire qu’il existe encore d’autres enfants d’Abraham libres et responsables  et d’autres modes d’appartenance. L’Ecriture inconnue de Jésus sur le sol pourrait être l’écriture d’une loi nouvelle et neuve. Une parole qui vient ouvrir l’espérance à celles et ceux qui sont encerclés enfermés en eux-mêmes, comme dans un carcan. Le christianisme qui va accueillir les païens et infidèles coupables et non responsables pour qu’ils deviennent des humains qui vont redécouvrir l’humanité qui est en eux et qui feront confiance  en une Parole de vie et de vérité. 

Une parole qui ouvre la bouche et non la ferme ! Une parole qui dit : Ouvre-toi ; non seulement à Dieu lui-même directement, mais aussi aux autres ;  ouvre-toi enfin à toi-même !

A cet égard le christianisme sera une proposition radicalement nouvelle et étrange pour beaucoup. Au fond cela deviendra une religion non religieuse ; une sorte de religion qui parlera de la sortie de la religion.

A ce niveau, la vérité comme la liberté ne se confondra jamais avec une pratique rituelle et servile ; elle ne se confondra pas avec une appartenance qui ne se discuterait pas.

A ce niveau, celui de la rencontre de Jésus avec une femme prisonnière est le type même de la liberté de la foi entrain de se mettre en route.

La Vérité existe et même si je le la ressens pas, je peux la croire. La Liberté existe pour moi car précisément je ne suis pas indépendant ; mais bien dépendant d’une parole de vérité prononcée par quelqu’un d’autre.

Les chrétiens ne formeront jamais un groupe ou tout le monde devrait croire de la même manière et ils ne formeront jamais un groupe où chacun pense ce qu’il veut. Où chacun se justifie par ses actes en se cachant dans une bonne conscience qui sépare qui isole qui enferme.

La communauté chrétienne  deviendra ce rassemblement provisoire où chacun entendra à sa manière,  une parole de vérité qui le ou la rendra encore plus libre et plus vrai.

 La vérité chrétienne, la parole de vérité ne se confondra jamais avec les vérités que nous nous fabriquons et que l’on nous fabrique sans cesse. Un au-delà des vérités du monde est proposé ; l’objectif à atteindre et promis c’est bien celui d’une liberté vraie et d’une vérité libre.

 

lundi 11 mars 2013

Repas : Cène et Liturgie


Préface
Un jour au milieu de nous

il y eut un homme,

un homme de chair et de sang,

un homme perdu dans la masse des pauvres.

Ton Esprit s’est posé sur lui.

Il se disait le Fils de l’Homme;

Il t’appelait son Père,

on l’appelait Jésus.

Nous apprenons de lui

qu’il a un Nom : “Dieu avec nous”

Dieu dans le monde, Dieu Sauveur.

Parce qu’il a été cette voix dans un corps,

douce et fraternelle à nos oreilles,

parce qu’il a été un ami,

nous montrant ta fidélité envers les petits et les pécheurs,

nous pouvons te bénir et proclamer [ chanter ]:

Saint, Saint, Saint est le Seigneur notre Dieu,

La terre entière est remplie de sa gloire;

Hosanna au plus haut des cieux.

Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.

Hosanna au plus haut des cieux.

Institution

Le soir venu, Jésus se mit à table avec les douze. Pendant le repas, il prit du pain et, après avoir rendu grâces, il le rompit et le leur donna en disant :

"Prenez, mangez, ceci est mon corps."

Ayant aussi pris la coupe et rendu grâces, il la leur donna en disant :

"Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’alliance qui est répandu pour la multitude, pour le pardon des péchés.

Je vous le dis, désormais, je ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, avec vous, dans le Royaume de mon Père."

Prière :

Père, au moment de nous approcher de cette table, nous faisons mémoire des paroles et des gestes de Jésus-Christ, de sa mort, de sa résurrection, et nous attendons son retour.

Nous recevons de toi ce pain de vie destiné à la nourriture du monde.

Nous recevons de toi la coupe d’alliance que tu offres pour la joie du monde.

Tu nous rassembles et nous invites.

Par ton Esprit, renouvelle notre foi afin que ce pain et ce vin soient les signes de la présence de ton Fils parmi nous.

Fais toutes choses nouvelles dans nos cœurs et dans le monde.

Comme Jésus l’a enseigné à ses disciples, nous te disons :

Notre Père qui es aux cieux,

que ton nom soit sanctifié,

que ton règne vienne,

que ta volonté soit faite

sur la terre comme au ciel.

Donne-nous aujourd’hui

notre pain de ce jour.

Pardonne-nous nos offenses

comme nous pardonnons aussi

à ceux qui nous ont offensés,

et ne nous soumets pas à la tentation,

mais délivre-nous du mal,

car c’est à toi qu’appartiennent

le règne, la puissance et la gloire,

pour les siècles des siècles.

Amen.

Invitation à la Cène :

Chacun d'entre nous a pu l'entendre,

Dieu l'a dit:

Jusqu'à l'achèvement des êtres et des choses,

Jusqu'à l'accomplissement,

Avec vous je me tiendrai.

Il est une charpente dans la dispersion de nos jours.

Chacun d’entre nous a pu l'entendre,

Dieu l'a dit:

A n'importe quelle heure, ma porte est ouverte,

Il suffit d'entrer et de vous asseoir près de moi

Il est une nourriture dans la fatigue de nos jours.

Chacun d’entre nous a pu l'entendre,

Dieu l'a dit:

Si vous êtes ensemble à cause de moi,

je suis au milieu de vous.

Il est une présence dans l'isolement de nos jours.

Que Dieu nous accorde de célébrer sa présence dans la joie.

Nous sommes tous invités à cette table par Jésus-Christ.

Il appelle chacun de nous à le rejoindre.

Fraction :

·         Le pain de la vie est le corps de Jésus, le Crucifié.

·         Le vin de la fête est le sang du Christ, le Ressuscité.

 
Communion et Prière :

Père,

nous te remercions pour ce repas .

Tu nous as rendus proches de toi.

Elargis l'espace de notre vie.

Donne-nous de cueillir, d’accueillir, de recueillir

les êtres et les événements

qui surviennent sur nos chemins.

Nous ne pouvons pas faire cela sans toi.

Accorde-nous, Seigneur,  ta force et ton amour.

 

 

dimanche 3 mars 2013

Ne nous soumets pas à la tentation !

Aujourd’hui la tentation ne fait peur à personne. Dans nos sociétés elle est devenue une force de vente, un moyen, une technique objective qui s’enseigne et se déploie sur des panneaux et nos écrans pour nous pousser à acquérir consommer échanger sans crainte ni retenue elle concerne les riches et les pauvres, bref elle est le moteur dynamique du marché ; elle répond aux besoins et en crée de nouveaux, elle fonde stimule la concurrence. Le vieux texte de la Genèse pourrait être utilisé sans peine : une publicité qui décrit et met en valeur un produit bon à manger, séduisant à regarder et précieux pour agir avec clairvoyance est un produit qui va être vendu et acheté.

40 jours avant Pâques, l’Eglise chrétienne a traditionnellement éprouvé le besoin de corriger ou de gérer la tentation comme attraction en qualifiant ce temps particulier de Carême et en le plaçant sous le signe de son contraire celui du renoncement ou de l’effort à la modération de  nos appétits dévorants de publicité et de consommation. Ceci est l’expression d’un bon sentiment qui ne peut nuire à personne. Il peut être compris comme l’expression d’une certaine sagesse face à bien des excès pour les uns et des manques non choisis pour bien d’autres. Mais les textes bibliques que nous avons n’ont probablement pas été écrits pour nous inviter à vivre un temps de Carême !

Je serais tenté de dire –on n’échappe pas à la tentation, même de dire- je serai donc tenté dire que l’épreuve de la tentation est un cheminement de la vie chrétienne qui nous permet de nous libérer de ce qui entrave notre liberté et notre foi. Et cela d’au moins trois manières.

1-Nous libérer d’un poids, d’une lourdeur, d’un destin. Le fameux texte de la Genèse a été compris comme la manifestation de ce qu’on a appelé le péché originel. Au fond si nous sommes ce que nous sommes, en fait nous n’y pouvons pas grand chose, Dieu l’aurait voulu ainsi et nos augustes mythiques ancêtres devant Dieu auraient commis l’irréparable, surtout elle, d’ailleurs ! Et nous pauvres créatures copies conformes, nous ne pouvons que continuer à convoiter et à succomber à la tentation, à toutes les tentations possibles. Une faute indélébile a été commise. Cette vision des choses me paraît débile.

La liberté d’Adam et Eve est à l’épreuve d’une loi qui structure la vie et les relations entre les vivants. Leurs descendants ne sont pas marqués par un destin néfaste mais ils ont à faire eux aussi avec une loi qui structure, celle de la parole d’un tiers et d’un autre ici Dieu qui dit à sa manière : tout est possible mais tout n’est pas bon pour toi et les autres. Si tu écoutes et entends ma voix qui clarifie et distingue tu n’auras plus honte et tu ne te cacheras plus à toi-même ce qui tu es ; tu ne te cacheras plus devant les autres. La tentation est ici de croire qu’il est possible de vivre sans entendre une voix qui clarifie et distingue.

Les traditions bibliques si diverses, sont toutes d’accord et disent toutes la même chose sur ce point - vivre devant Dieu et avec les autres, ou vivre devant les autres et avec Dieu c’est distinguer et non mêler - c’est reconnaître des individus, des personnes et non des masses, c’est établir des alliances et des codes et non vivre comme si tout était possible. Le Dieu d’Adam et Eve donne la possibilité d’établir des relations de confiance. Au commencement était ni la faute ni le péché mais la parole de confiance qui distingue contre une parole qui mélange et qui trouble. Aujourd’hui comme hier la tentation est toujours grande et vivace de repousser la parole claire, décisive qui fait vivre pour préférer celle qui brouille et qui mêle et qui empêche de vivre bien ou mieux.

2. Nous libérer de l’épreuve ou de la tentation, comme accroissement de nous-mêmes. Il faut croître et s’agrandir. Pour de bonnes raisons les chrétiens ont conquis le monde et nous sommes émerveillés et affolés à la fois de lire l’histoire de la chrétienté comme un développement qui rien ni personne ne purent arrêter avec son lot de bonheurs et de grands malheurs aussi. La tentation s’exprime ici lorsque les fins justifient les moyens employés. Connaître ce qui est bien ou mal, espérer ne pas mourir cela vaut bien la transgression de ce qui paraît un interdit dérisoire : tous les fruits, mais pas celui-là. Comment résister à cet irrésistible ? Ce qui est dit n’a pas été cru ni entendu.

Accroissement des richesses, des territoires, des connaissances, de la foi elle-même ; tout cela ne semble pas négatif en vérité et pourtant tout cela devient objet de chute, de scandale, là où l’objectif poursuivit, n’est plus en relation avec la responsabilité et la liberté de l’homme puissant ou ordinaire.

Oui Jésus comme fils de Dieu aurait pu transformer les pierres en pains, il fera des choses au moins aussi extraordinaires mais il dira que le pain partagé est signe de son corps meurtri ; oui il pourrait sauter dans le vide mais sa chute sera de venir habiter parmi nous ; non il n’aurait pas pu se prosterner devant le diable ! Il a préféré laver les pieds de ses disciples. Voici que sa gloire n’est pas en état d’accroissement, où plus exactement son élévation sera celle de la croix. Son enrichissement sera son abaissement, sa vie et sa mort seront pour beaucoup une perspective de vie, sa parole sera une bonne nouvelle, sauver sa vie avec lui sera la perdre toujours avec lui.

Nous avons besoin de croître à tous les niveaux et en même temps nous garder de la tentation de croire que cette croissance est la preuve ou la source de notre fidélité.

3. Nous libérer de la croyance en une faute passée, nous libérer d’une croissance comme preuve et source de salut, nous libérer aussi d’une fausse réalisation de soi-même. La tentation aujourd’hui s’exprime parfois ainsi : soyez vous-mêmes ! Comme pour dire qu’en nous, nous avons ce qu’il faut pour être et vivre de façon autonome et donc en vérité ! Ce qui est remarquable dans les récits de tentation c’est bien la place et le rôle de l’autre qui est concerné. Je ne suis rien sans toi ; je suis démuni sans ta présence ; mon autonomie si chère et si revendiquée n’est qu’un leurre.

Eve implique Adam, le serpent ne peut agir seul, Dieu cherche Adam qui se cache désespérément, comme si Dieu lui-même et l‘homme et la femme ne pouvaient rester seuls. Dans le récit de Matth. Jésus et l’esprit sont reliés comme Jésus est relié à une Ecriture qui devient parole de vie et donc convaincante ; oui nous le savons bien la réalisation de nous-mêmes passe par les autres ;


La foi chrétienne nous annonce que Dieu lui est disponible et présent parmi nous parmi les autres pour nous accompagner, nous précéder, nous suivre. La tentation est ici de croire en nos propres forces ou même en nos propres faiblesses si facilement affirmées. Le salut, le bonheur, la foi n’est pas en nous ils se découvrent dans la parole externe celle des autres celle de Dieu qui nous appellent, qui nous exhortent, qui nous encouragent ou nous consolent ou nous envoient, bref qui nous justifient encore et toujours alors que nos ressources de foi et s’épuisent. M. Luther disait juste et pécheur en même temps ; pardonné est d’espérance sans cesse ayant besoin d’être pardonné par Lui. La réalisation de nous mêmes passe par la reconnaissance des autres et de Dieu.

Au fond, nos petites tentations que nous mettons en pratique ne sont pas très intéressantes, elles relèvent souvent de la morale ordinaire ou du code pénal. La seule  véritable tentation est celle qui concerne notre foi et notre espérance en Dieu lui même. Il nous arrive de ne pas vouloir que Dieu soit Dieu pour nous. Certes il nous arrive de vouloir être Dieu à notre niveau. Il nous arrive de croire en un Dieu que nous nous fabriquons et auquel nous nous habituons. La tentation religieuse ou spirituelle est sans doute la plus grande la plus subtile des tentations.

Le Dieu d’Adam et Eve est un Dieu qui surprend, il fera avec celle et celui qui ont transgressé : il ne les fera pas mourir mais vivre, la sortie du jardin sera non pas une condamnation mais le commencement d’une nouvelle et rude aventure ; le Dieu de la Genèse va accompagner et sera le vis à vis surpris et complice de cette nouvelle étape d’histoires et de vie.

Le Dieu de Jésus Christ renonçant à la toute puissance pourra rencontrer les hommes et les femmes pour qu’ils vivent leur vie et leur mort munis de sa présence et de sa vie : sans juger mais en stimulant, sans condamner, mais ouvrant un espace et un temps pour vivre et re-vivre.

Le Carême n’est pas une privation infligée ; c’est le temps de la réception d’une nouvelle compréhension de Dieu et des autres, c’est le temps d’un regard neuf, c’est le temps d’une foi renouvelée, c’est encore le temps des tentations en présence de Celui qui se tient à côté de nous et qui nous permet de les vivre :  ne crois pas que tu puisses transformer le pain et vin mais crois que tu peux en ma présence, le partager en souvenir de ma vie et de ma mort ; ne crois pas que tu puisses te suffire à toi-même, mais viens à ma rencontre pour avancer encore ; ne crois pas que je sois un Dieu conforme à tes souhaits, mais accepte de croire en la surprenante bonne nouvelle : tu es important pour moi ; Seigneur, ne me soumets pas à la tentation mais renouvelle ma foi et mon regard en ce temps de Carême.

 

jeudi 14 février 2013

L'agonie d'un empire malade....Habile geste pour fuir la crise

Paru dans Le Monde daté du 15/02/2013 page 18.

Des commentateurs et certains ecclésiastiques considèrent que la démission de Benoît XVI est courageuse et moderne dans la mesure où le dirigeant romain reconnaît par cet acte qu'il n'a plus " la force " de gouverner l'Eglise, ce qui est rarissime dans l'histoire du catholicisme. En un mot, le capitaine fait preuve de responsabilité politique en quittant le navire. Notre thèse est opposée : cette démission montre l'agonie d'un vieil empire qui connaît de plein fouet une crise majeure du pouvoir. Il convient d'abord de tirer une leçon politique des trois démissions volontaires antérieures avant d'apprécier la crise contemporaine du pouvoir catholique, puis de proposer trois hypothèses quant à l'avenir de l'Eglise.
 
Première démission, historique s'il en est : celle du pape Pontien au IIIe siècle. En effet, Maximin le Thrace, lorsqu'il se fait acclamer empereur en mars 235, tourne le dos à la tolérance et fait des chefs chrétiens la cible de ses attaques. Arrêté, Pontien est déporté en Sardaigne. Ne pouvant plus gouverner son Eglise, il renonce à sa fonction le 28 septembre 235. Cette démission est la première date de l'histoire pontificale qui est attestée par les historiens du catholicisme.
Deuxième démission, celle du " pape angélique " Célestin V à la fin du XIIIe siècle. En juillet 1294, le moine ermite bénédictin Pierre du mont Morrone est élu au siège de Pierre pour ses qualités spirituelles et personnelles. Mais face à son incompétence, à sa naïveté - le roi de Naples, Charles II, l'instrumentalise -, il ne peut plus gouverner et administrer correctement l'Eglise. Après discussion avec les cardinaux, il donne sa démission le 13 décembre 1294.
Troisième démission et dernière en date avant celle de Benoît XVI : celle de Grégoire XII au début du XVe siècle. Alors que la papauté est divisée entre les papes à Rome et les antipapes avignonnais, trois prétendants peuvent revendiquer le siège pétrinien. Le concile de Constance (1414-1418), après avoir déposé les antipapes Jean XXIII et Benoît XIII, obtient in fine la démission de Grégoire XII pour mettre fin au Grand Schisme d'Occident. Ne pouvant plus gouverner l'Eglise, il se retire en 1415 et décède en 1417.
 
La leçon politique de ces trois démissions volontaires est que l'acte de renonciation est commis à chaque fois en situation de crise majeure du pouvoir catholique romain. Le premier pape est chassé par l'empereur et ne peut plus gouverner l'Eglise depuis la Cité éternelle ; le deuxième se fait manipuler par le roi influent à Rome à l'époque ; le troisième n'arrive plus à gérer les déchirures internes qui touchent le gouvernement de l'Eglise lui-même.
 
Quid alors de la démission de Benoît XVI ? Les raisons de santé avancées sont l'arbre qui cache la forêt : comme les trois précédentes renonciations, elle reflète une crise majeure du pouvoir catholique, mais cette fois-ci, en régime de modernité. Qu'est-ce que le gouvernement catholique ? Le catholicisme est la conjonction paradoxale de deux éléments opposés par nature : une conviction - le décentrement selon l'amour - et un chef suprême dirigeant une institution hiérarchique et centralisée selon un droit unificateur, le droit canonique. Le Dieu des coeurs côtoie une machine à dogme centralisatrice. L'anthropologie catholique, c'est une institution qui essaie de mettre sous son autorité le coeur des hommes, du ventre de la mère jusqu'au ventre de la terre. C'est ainsi que l'Eglise catholique passe tous les âges, non sans opposition, jusqu'à l'entrée des sociétés occidentales dans la modernité. Et là s'arrête brusquement son développement.
 
En effet, alors que l'Eglise se fonde sur une domination du sentiment par l'institution, la modernité reprend les mêmes contenus mais cette fois-ci en les séparant méticuleusement. La modernité peut être considérée comme la séparation des instances : séparation des pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire), séparation des Eglises et de l'Etat, séparation des sphères privée et publique, séparation des familles, séparation des sciences et du théologique... Or, cet " art de séparation " (Michael Walzer) repose sur une séparation cruciale : la séparation des sentiments individuels et des institutions.
Dès lors, un choc anthropologique s'opère sous nos yeux : là où l'institution Eglise tente d'encadrer le sentiment des individus à partir de son centre romain depuis 1 500 ans, la modernité vient briser les chaînons de tout contrôle institutionnel pour faire de l'individu un être libre et souverain aspirant à devenir son propre centre. Aussi le déphasage est-il considérable entre le principe de gouvernement catholique - hétéronome, centralisateur et hiérarchique - et le principe de gouvernement moderne démocratique - autonome, pluraliste et égalitaire.
 
Dès lors, après Benoît XVI, trois hypothèses sont envisageables. Soit l'Eglise s'ajuste à la modernité - plus que ne l'a fait Vatican II - en modifiant son mode centralisé et " moralisant " le contrôle des sentiments des individus, mais peut-elle le faire au point de défigurer ce qui la constitue ? Soit un gestionnaire - italien de préférence - confirme le repli identitaire au sein de foyers catholiques de résistance dans les sociétés modernes et déploie son gouvernement dans les autres sociétés extra-européennes, où les institutions sont encore légitimes à encadrer les consciences individuelles. Soit un personnage doté d'un fort charisme est élu - comme ce fut le cas pour Jean Paul II -, et le navire catholique tanguera selon le conservatisme de sa structure et le charisme de son capitaine qui obtiendra, certes, quelques changements dans l'Eglise, mais sans pour autant changer d'Eglise.
 
 
Olivier Bobineau
 
Auteur de « L’Empire des papes. Une sociologie du pouvoir dans l’Eglise »,
CNRS Editions. (à paraître le 7 mars 2013)
 

mercredi 13 février 2013

La prière ...Qui peut dire ce qu'elle est ?


La prière n’est pas besoin mais désir

               Désir de l’autre

               Désir d’autre chose

               Désir du Tout Autre

La prière c’est d’abord un acte de présence

               Devant Celui qui est ici,

C’est un mouvement de tout mon être

               Vers Celui en qui je crois

C’est un recueillement intérieur qui rassemble

               La vie dispersée – et la ramène à son Centre.

La prière c’est une demande qui appelle

               Un appel qui espère

               Une espérance qui attend.

La prière c’est une écoute

              C’est une antenne qui se déploie

              C’est un radar chercheur qui se tend

La prière c’est le repentir qui crie miséricorde

                L’erreur et le doute qui crient à l’aide

                La faiblesse qui implore la force.

La prière c’est la louange qui chante et s’émerveille

  De la beauté du monde et des bontés de Dieu

  C’est l’action de grâce qui répond à la Grâce

            Et rend grâce et dit merci,

  C’est la joie du salut et d’être dans Sa main

            Et tant aimé de Lui.

La prière c’est le regard qui contemple l’inconnaissable de Dieu

               Le regard sur les hommes comme les voit Dieu,

                Le regard immobile en Dieu.

La prière se déploie ainsi dans toute la vie. Mouvement qui respire et aspire.

Amour qui lie et relie.

Elle monte la garde contre Satan  

Auprès des biens-aimés et des être à nous confiés,

Elle veille dans la nuit de l’épreuve et du malheur

Comme on veille un malade pour l’assister,

Elle combat avec Dieu pied à pied,

Le combat des hommes contre l’Adversaire.

Elle est la science et la joyeuse confiance

D’être enfants de Dieu et donc frères de tout homme,

Elle est la joie d’être collaborateurs au grand Conseil de Dieu

Et serviteurs des hommes,

Elle est l’honneur d’être soldats dans le combat de Dieu

Pour Sa victoire dans le combat des hommes.

Elle est la matrice où mûrit dans l’homme l’action de l’homme,

La maternité qui couve dans le monde l’action de Dieu,

La maternelle patience qui accompagne la foi naissante.

Et que dirais-je encore ?

La prière c’est un grand orgue aux multiples registres

     Qui remplit de ses ondes la grande cathédrale,

      Et dont le souffleur est l’amour.

La foi est une forteresse

       La prière est sa garnison
 
L’espérance est un arbre au printemps

  La prière en est la sève.

L’amour est un feu dévorant

        La prière en est la tendresse

Amen ! En vérité.
 
Antoinette Butte